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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Katoucha Niaine, la Princesse Peule qui brisa le silence

 

Elle était l'une des premières tops models noires à conquérir les podiums mondiaux. Mais c'est dans un combat bien plus courageux qu'elle a gravé son nom dans l'histoire : celui contre l'excision. Katoucha Niane, la « Princesse Peule », a payé de sa vie son audace de dire la vérité.

Une enfance volée, un corps meurtri

Katoucha Tamsir Niane naît le 23 octobre 1960 à Conakry, en Guinée, dans une famille d'intellectuels peuls. Son père, Djibril Tamsir Niane, est historien et écrivain de renom, sa mère une intellectuelle formée en France. Une naissance sous le signe de l'intelligence et de la culture. Et pourtant, dès l'enfance, la tradition s'impose avec toute sa violence silencieuse.

À neuf ans, Katoucha est excisée pour se conformer à la coutume. Ce n'est pas une anecdote. C'est une blessure profonde, physique et psychologique, que la petite fille portera toute sa vie dans sa chair — mot qu'elle choisira d'ailleurs, des décennies plus tard, comme titre de son livre-témoignage.

Pour fuir la dictature d'Ahmed Sékou Touré, elle s'expatrie à dix ans au Mali chez un oncle, qui abuse sexuellement d'elle. Deux traumatismes fondateurs, deux crimes que la société de l'époque enveloppe dans le silence. À dix-sept ans enceinte, on la marie de force à la sortie de l'hôpital. Elle s'enfuit alors à Paris, où elle s'installe en 1980 avec sa fille Amy.

La Princesse des podiums

De cette femme brisée par l'Afrique des traditions, Paris va faire une icône. L'allure majestueuse et gracieuse, Katoucha est surnommée dans le milieu de la mode la « Princesse Peule ». Elle devient l'égérie d'Yves Saint Laurent, l'une des premières tops models noires à arpenter les podiums célèbres. Elle défile également pour Paco Rabanne et Christian Lacroix.

Mais derrière les paillettes et les flashs des photographes, Katoucha porte un secret qui la ronge. Un secret que le monde de la mode — monde de l'apparence par excellence — n'est pas prêt à entendre.

En 1994, elle quitte les podiums pour s'occuper de ses enfants et créer sa propre ligne de vêtements. Elle lance également l'initiative « Ebène Top Model » afin d'assurer une plus grande représentativité des mannequins noires et de donner des chances aux jeunes filles noires et métisses d'embrasser une carrière de top model. Avant-gardiste jusque dans sa retraite des podiums.

Dans ma chair — quand la parole devient acte révolutionnaire

En septembre 2007, elle publie Dans ma chair, coécrit avec Sylvia Deutsch, récit de sa vie et témoignage de son excision. Un livre courage. Un acte politique. Dans une communauté où le silence sur ces pratiques est souvent perçu comme une forme de loyauté, parler constitue une trahison pour certains, une libération pour d'autres.

Elle s'engage alors dans un combat contre cette mutilation génitale féminine en créant l'association KPLCE — Katoucha pour la lutte contre l'excision — afin de soutenir les victimes. Ce combat lui vaudra des menaces de mort dans son pays. 

Elle n'en a cure. Katoucha avance. Elle parle dans les médias, arpente les conférences, interpelle les consciences. Elle donne un visage — le sien, beau et célèbre — à une réalité que beaucoup préfèrent ignorer.

La nuit du 1er au 2 février 2008 — une disparition troublante

Dans la nuit du 1er au 2 février 2008, la Princesse Peule est portée disparue alors qu'elle regagne son domicile : une péniche amarrée sur les bords de la Seine, près du pont Alexandre III. Après un dîner au restaurant de l'hôtel Costes à Paris, Katoucha se fait raccompagner vers 2 heures du matin par un ami au pied de la passerelle de La Petite Vitesse.  C'est la dernière fois qu'elle est vue vivante.

Le 28 février, son corps est découvert dans la Seine, près du pont du Garigliano, dans le XVe arrondissement de Paris. C'est un passant, intrigué par le corps flottant près des quais, qui alerte la police. 

L'autopsie conclut à une mort par « submersion rapide sans traces de violences ».  Accident, selon les enquêteurs. Mais la famille, elle, ne croit pas à cette version.

Une mort qui pose questions

La famille de Katoucha dépose plainte pour homicide volontaire le 7 mars 2008, représentée par Maître Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand. 

Des indices troublants alimentent les doutes : le corps de Katoucha n'est pas tuméfié ni gonflé, alors qu'il aurait passé quatre semaines dans l'eau — il est étonnamment intact. Son sac à main est retrouvé entièrement sec avec ses effets personnels, alors qu'il aurait dû être trempé. Katoucha n'avait pas de raisons connues de se suicider ; elle était pleine de projets et de vie. 

Elle avait notamment monté une académie de haute couture à Dakar, rêvant de faire de la capitale sénégalaise un carrefour international de la mode. 

L'affaire est finalement classée, la thèse de l'accident retenue. La famille réfute catégoriquement cette conclusion. Pour ses avocats, « justice n'a pas été rendue ». Aujourd'hui encore, les soupçons subsistent. 

La Princesse Peule est inhumée à Conakry, dans son pays natal, le 14 mars 2008.

Son héritage : une voix qui ne meurt pas

Katoucha Niane était une femme qui avait survécu à tout : l'excision, les violences sexuelles de l'enfance, le mariage forcé, l'exil. Elle avait transformé chaque blessure en arme de résistance. Son livre, son association, sa voix publique — autant de boucliers pour les femmes et les filles qui viendront après elle.

Sa mort prématurée à 47 ans n'a pas éteint ce combat. Elle l'a rendu plus urgent encore.

Là où des femmes brisent le silence sur les mutilations génitales, là où des petites filles sont protégées d'une lame qui n'aurait jamais dû les toucher, là vit encore Katoucha.

La Seine garde peut-être ses secrets. Mais la mémoire, elle, ne se noie pas.