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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Mayotte enfin sous la protection de la Charte sociale européenne

Des millions de citoyens français vivant dans les territoires d'outre-mer étaient, jusqu'à présent, exclus des protections sociales fondamentales garanties par le Conseil de l'Europe. En mars, la France a corrigé cette anomalie historique. Mais les mots ne valent que par les actes.

Une injustice structurelle vieille de plusieurs décennies

Il aura fallu des années de pression des organisations de la société civile pour que la France se décide à franchir ce pas pourtant élémentaire. En mars, Paris a notifié au Conseil de l'Europe l'extension à ses territoires d'outre-mer des obligations découlant de la Charte sociale européenne — le traité du Conseil de l'Europe qui garantit les droits sociaux et économiques fondamentaux à ses signataires.

Jusqu'ici, la France faisait figure d'exception peu glorieuse sur la scène européenne. Des pays comme les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne ou le Royaume-Uni avaient déjà étendu, au moins en partie, ces protections à leurs propres territoires d'outre-mer. La France, elle, maintenait des millions de ses propres citoyens dans un vide juridique — hors du champ de la « constitution sociale » de l'Europe, comme est communément désignée la Charte, qui complète la Convention européenne des droits de l'homme.

Cette exclusion n'était pas neutre. Elle était le prolongement silencieux d'un héritage colonial qui a toujours traité les territoires ultramarins comme des espaces à part — administrés depuis Paris, mais protégés différemment. Moins.

Mayotte : le visage d'une inégalité criante

Nul territoire n'illustre cette injustice de manière plus saisissante que Mayotte. Département français depuis 2011, île de l'océan Indien balayée par les crises sociales, Mayotte est aussi la région la plus pauvre de France : plus de 75 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté. Des chiffres qui, dans un pays du G7, devraient susciter un scandale national permanent. Ils suscitent, le plus souvent, un silence assourdissant.

Human Rights Watch a documenté en détail les conséquences de ces inégalités structurelles pour les plus jeunes. Plus de 15 000 enfants ne sont pas scolarisés à Mayotte. Des milliers d'autres le sont, certes — mais dans des écoles surchargées où leurs droits les plus élémentaires ne sont pas respectés : accès à l'eau potable, installations sanitaires dignes, alimentation suffisante, environnement d'apprentissage sécurisé. Des conditions que l'on n'oserait pas tolérer dans un département de métropole.

Les plus touchés sont, comme souvent, ceux qui cumulent les vulnérabilités : les enfants des quartiers informels, ceux issus de familles migrantes, les enfants en situation de handicap. Ce n'est pas un hasard. C'est un système.

Ce que l'extension de la Charte change — concrètement

L'extension de la Charte sociale européenne aux territoires d'outre-mer ouvre deux voies nouvelles et concrètes de redevabilité.

D'abord, la France sera désormais tenue de rendre compte, devant le Comité européen des droits sociaux, de la mise en œuvre effective des droits garantis par la Charte dans ces territoires. Un regard extérieur, institutionnel, sur ce que Paris fait — ou ne fait pas — pour ses citoyens ultramarins.

Ensuite, et c'est peut-être le levier le plus puissant, les organisations de la société civile pourront désormais introduire des réclamations collectives en cas de violations constatées. Les associations, les collectifs, les ONG pourront actionner ce mécanisme pour forcer l'État français à rendre des comptes. Un outil juridique nouveau, directement entre les mains de ceux qui sont sur le terrain.

Les mots ne suffisent pas

Saluons cette avancée — sans naïveté. Car l'extension d'un traité ne suffit pas à scolariser un enfant, ni à construire une salle de classe, ni à ouvrir un robinet d'eau potable.

En France, l'éducation est obligatoire pour tous les enfants de 3 à 16 ans. C'est la loi. Et pourtant, des milliers d'enfants à Mayotte en sont exclus chaque jour. Cette situation ne découle pas d'un vide juridique que la Charte viendrait combler : elle est le produit de défaillances concrètes, tangibles — un sous-financement chronique, une mise en œuvre insuffisante, un accompagnement inexistant. Des choix politiques, en somme.

L'État français a désormais moins d'excuses et plus d'obligations. L'horloge tourne pour une génération d'enfants dont l'avenir a déjà été compromis par des décennies d'abandon institutionnel. Chaque année scolaire supprimée, chaque classe sans eau, chaque enfant laissé au bord du chemin est une dette que la République contracte envers les siens.

Un nouveau rapport de force

Ce qui change, fondamentalement, c'est l'équilibre des forces. Les enfants de Mayotte — et avec eux les associations qui les défendent — disposent désormais d'un nouvel outil pour interpeller, documenter, et contraindre. La France ne pourra plus se soustraire au regard de l'Europe sur ce qu'elle fait de ses territoires les plus fragiles.

L'égalité n'est pas une faveur que l'on accorde. C'est un droit que l'on exige.

Il était temps.