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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Paludisme : la Chine veut exporter son modèle sanitaire en Afrique

L’Afrique demeure l’épicentre mondial du paludisme. Mais face à ce fléau qui continue de peser lourdement sur les systèmes de santé africains, un acteur inattendu tente d’imposer son savoir-faire : la Chine. Depuis que Organisation mondiale de la santé a officiellement certifié l’élimination du paludisme sur son territoire en 2021, Chine cherche à transformer cette réussite sanitaire en levier de coopération internationale, notamment avec les pays africains.

Au-delà de la santé publique, cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large d’influence et de partenariats Sud-Sud. Entre diplomatie sanitaire, transfert de technologies et expérimentation de nouveaux modèles de coopération, Pékin tente désormais de démontrer que son expérience peut contribuer à réduire l’un des fardeaux sanitaires les plus persistants du continent africain.

Un continent toujours au cœur de la crise mondiale

Malgré les progrès réalisés depuis le début du XXIᵉ siècle, le paludisme reste l’une des principales causes de mortalité sur le continent africain. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé, l’Afrique subsaharienne concentre environ 95 % des décès liés à cette maladie parasitaire transmise par les moustiques du genre Anopheles.

Les symptômes — fièvre élevée, frissons, fatigue intense, céphalées ou vomissements — peuvent rapidement évoluer vers des formes graves si le traitement n’est pas administré rapidement. Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes figurent parmi les populations les plus vulnérables.

Plusieurs facteurs expliquent cette persistance : conditions climatiques favorables à la prolifération des moustiques, accès inégal aux infrastructures sanitaires, insuffisance des systèmes de surveillance épidémiologique ou encore difficultés logistiques dans certaines zones rurales. À ces contraintes s’ajoutent des défis financiers majeurs, la lutte contre le paludisme reposant en grande partie sur des programmes internationaux dont les financements restent fluctuants.

Une victoire sanitaire construite sur plusieurs décennies

Le contraste est frappant avec l’expérience chinoise. Dans les années 1940, la Chine enregistrait près de 30 millions de cas de paludisme par an. La maladie constituait alors un problème majeur de santé publique dans de nombreuses provinces.

La stratégie mise en place par les autorités chinoises a reposé sur une approche multidimensionnelle : campagnes de lutte contre les moustiques, amélioration des systèmes de diagnostic, accès élargi aux traitements et mobilisation massive des structures sanitaires locales.

Un jalon scientifique majeur est franchi à la fin des années 1960 avec la découverte de l’artémisinine, molécule issue d’une plante médicinale utilisée dans la pharmacopée traditionnelle chinoise. Aujourd’hui encore, les thérapies combinées à base d’artémisinine constituent le traitement de référence recommandé par l’Organisation mondiale de la santé.

Au fil des décennies, Pékin a également perfectionné ses mécanismes de surveillance. L’un des piliers du dispositif est la stratégie dite « 1-3-7 » : signalement d’un cas dans les 24 heures, investigation épidémiologique sous trois jours, puis intervention ciblée dans la zone concernée sous sept jours. Ce système de réaction rapide a permis de rompre progressivement la chaîne de transmission.

La transmission locale du paludisme a été interrompue en Chine en 2017, avant que l’Organisation mondiale de la santé ne certifie officiellement l’élimination de la maladie en 2021.

La diplomatie sanitaire chinoise en Afrique

Depuis cette certification, Pékin cherche à partager son expérience avec plusieurs pays africains. Cette coopération sanitaire s’inscrit dans un cadre plus large de relations sino-africaines, marqué par des investissements dans les infrastructures, l’énergie ou les transports.

Dans le domaine de la santé, la Chine privilégie des programmes concrets et opérationnels : projets pilotes de surveillance épidémiologique, formations de personnels médicaux, fourniture de tests de diagnostic rapide et distribution de traitements antipaludiques.

En Tanzanie, par exemple, des programmes inspirés du modèle chinois ont été expérimentés dans certaines régions. Ils combinent dépistage ciblé, suivi numérique des cas et interventions rapides dans les zones identifiées comme foyers de transmission.

Ces initiatives reposent également sur la diffusion d’outils éprouvés : moustiquaires imprégnées d’insecticide, traitements à base d’artémisinine et dispositifs de lutte anti-vectorielle destinés à réduire la présence des moustiques.

L’enjeu stratégique de la production locale

Au-delà de la mise en œuvre de programmes pilotes, un autre objectif émerge progressivement : renforcer les capacités de production pharmaceutique sur le continent africain.

La pandémie de Covid-19 a mis en évidence la dépendance de nombreux pays africains vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement internationales pour les médicaments et les équipements médicaux. Dans ce contexte, plusieurs initiatives soutenues par la Chine visent à développer des capacités locales de production de tests diagnostiques, de traitements antipaludiques ou de matériel de prévention.

Pour Pékin, cette stratégie présente un double avantage : elle renforce l’efficacité des programmes de santé publique tout en consolidant sa présence industrielle et technologique sur le continent.

Former les acteurs de terrain

La coopération sino-africaine ne se limite pas aux technologies. Elle repose aussi sur un transfert de compétences destiné à renforcer les systèmes de santé locaux.

Des échanges universitaires, des missions d’experts et des programmes de formation ciblant les agents de santé communautaires ont été mis en place dans plusieurs pays. Ces acteurs jouent un rôle central dans les zones rurales, où ils assurent souvent les premières étapes du diagnostic et de la prévention.

L’approche évolue également vers un modèle plus participatif. Les priorités de recherche et les besoins opérationnels sont de plus en plus définis par les autorités sanitaires africaines elles-mêmes, qui orientent ensuite les programmes de coopération et d’innovation.

Entre coopération et réalités structurelles

Malgré des résultats encourageants dans certaines zones pilotes, la généralisation de ces stratégies reste complexe. La lutte contre le paludisme nécessite des investissements constants, une coordination étroite entre institutions nationales et partenaires internationaux, ainsi qu’une adaptation aux contextes locaux.

Les réalités écologiques, démographiques et sanitaires varient fortement d’un pays africain à l’autre. Une stratégie efficace dans une région peut s’avérer difficile à reproduire ailleurs sans ajustements importants.

Dans ce paysage complexe, l’expérience chinoise constitue néanmoins un exemple marquant : celui d’un pays qui est parvenu, en l’espace de plusieurs décennies, à éliminer une maladie autrefois largement répandue sur son territoire.

Pour les pays africains, l’enjeu consiste désormais à transformer ces initiatives ponctuelles en politiques publiques durables, capables de réduire progressivement l’un des plus anciens fléaux du continent.