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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Stevie Wonder : célébrer le génie encore vivant

Pourquoi Stevie Wonder est aussi une figure de la culture reggae

Il est encore là. À 75 ans, Stevland Hardaway Morris — que le monde entier connaît sous le nom de Stevie Wonder — est vivant, créatif, engagé. Dernier colosse debout de l'épopée Motown, il incarne à lui seul un demi-siècle de musique populaire américaine, de combat pour la justice et d'humanisme universel. Homme de la soul jusqu'au bout des doigts, il est aussi l'un des rares artistes de sa génération à avoir célébré le reggae avec une sincérité absolue — au point de lier son nom pour toujours à celui de Bob Marley. Alors qu'il est encore parmi nous, il serait criminel de ne pas lui rendre l'hommage qu'il mérite.

Un enfant de rien, devenu tout

Il naît le 13 mai 1950 à Saginaw, Michigan, dans la misère et dans le noir. Stevland Judkins arrive au monde six semaines avant terme, et l'excès d'oxygène dans l'incubateur lui brûle la rétine de façon irréversible. Il ne verra jamais rien. Sa mère, Lula Mae Hardaway, élève seule ses enfants dans une pauvreté extrême, dans un foyer marqué par les violences d'un père alcoolique. La famille finit par fuir vers Detroit, ville noire, ville de l'acier, ville de la musique.

C'est dans ce terreau difficile qu'éclot le prodige. Avant même ses dix ans, le petit Stevie enseigne lui-même à ses doigts à danser sur le piano, l'harmonica et les percussions. La radio est son école, les chants d'église son conservatoire. Il forme un duo de rue avec son ami John Glover, qui le présente à Ronnie White des Miracles. White est soufflé. Il emmène l'enfant directement chez Berry Gordy, fondateur de la Motown Records.

Nous sommes en 1961. Stevie a onze ans. Sa vie vient de basculer dans la légende.

La Motown, le berceau du génie

Berry Gordy le rebaptise « Little Stevie Wonder » — le petit prodige — et lui assigne le producteur Clarence Paul. En 1962, sort The Jazz Soul of Little Stevie, un disque instrumental où l'enfant aveugle joue batterie, clavier et harmonica sans jamais chanter. Puis en 1963, enregistré en public au théâtre Regal de Chicago, "Recorded Live: The 12 Year Old Genius" explose dans les charts. Il devient, à treize ans, le plus jeune artiste à atteindre la première place du Billboard avec « Fingertips ». Le monde entier apprend son prénom.

Mais la Motown est une machine, et les machines peuvent broyer. Quand la voix de Stevie mue, quand ses ventes fléchissent à la fin des années 1960, Berry Gordy hésite à renouveler son contrat. C'est la compositrice Sylvia Moy qui plaide sa cause et lui permet de rester. Et Stevie revient avec « Uptight (Everything's Alright) » en 1966, puis avec « I Was Made to Love Her » en 1967, qui le révèle en Europe.

Pendant toute cette décennie, il enregistre, tourne, collabore — avec Marvin Gaye, Smokey Robinson, les Jackson 5, dans les caravanes de la « Motortown Revue ». Il absorbe tout. Il écoute tout. Il apprend tout.

La liberté arrachée : l'âge d'or (1972–1980)

Le tournant est brutal et magnifique. En 1971, à sa majorité, Stevie Wonder refuse de renouveler son contrat aux conditions de la Motown. Il a 21 ans, il a économisé son argent, et il réclame quelque chose d'inouï pour l'époque : une liberté artistique totale. Après de longues négociations, Berry Gordy cède. Stevie produit lui-même, compose lui-même, joue presque tous les instruments lui-même. Il s'est équipé de synthétiseurs Moog et ARP, ces machines futuristes que peu de musiciens de soul osent encore toucher.

Ce qui suit est l'une des séquences créatrices les plus vertigineuses de l'histoire de la musique populaire.

1972 : Music of My Mind — Il joue tout, ou presque. Un homme-orchestre en studio.

1972 : Talking Book — Il inaugure une couleur électronique nouvelle, entre funk et soul planante. Jeff Beck joue sur « Superstition », mais Stevie avait promis le titre à Beck qui le publie finalement le premier. La version de Stevie sort ensuite et explose les charts. « Superstition » mérite qu'on s'y arrête un instant d'un point de vue purement sonique : le riff principal est joué sur un Clavinet Hohner C, cet instrument hybride entre clavier et guitare électrique dont les cordes métalliques frappées donnent cet attaque sèche, percussive, immédiatement reconnaissable. Stevie Wonder en fera sa signature sur plusieurs titres de la décennie — « Higher Ground », « I Wish » — popularisant l'instrument auprès d'une génération entière de musiciens funk et soul. Parallèlement, son usage pionnier des synthétiseurs Moog et ARP — programmés à la main, note par note, à une époque où ces machines n'ont encore aucun mode d'emploi établi — redéfinit ce que peut être le son d'un disque de soul. Il n'est pas seulement musicien : il est ingénieur du son, architecte tonal, chercheur.

1973 : Innervisions — Un chef-d'œuvre politique. « Living for the City » dépeint le destin d'un jeune Noir broyé par la machine américaine. « Higher Ground » est une méditation spirituelle sur la réincarnation. « Don't You Worry 'Bout a Thing » balance avec une joie irrésistible. L'album remporte trois Grammy Awards en 1974 : Album of the Year, Best Male Pop Vocal Performance et Best R&B Song.

Le 6 août 1973, alors qu'il rentre d'une tournée avec les Rolling Stones, Stevie Wonder est grièvement blessé dans un accident de la route en Caroline du Nord. Un rondin de bois projeté par un camion traverse le pare-brise et le frappe à la tête. Il tombe dans le coma. Pendant plusieurs jours, son entourage craint le pire. Des proches lui chantent des chansons à l'oreille pour tester sa conscience — la musique comme dernier fil entre lui et le monde. Stevie sort du coma. Il récupère. La musique, peut-être, l'a ramené.

1974 : Fulfillingness' First Finale— Introspectif, mystique, lumineux. « You Haven't Done Nothin' » (avec les Jackson 5 aux chœurs) atteint la première place.

Puis vient le silence. Un an et demi de travail clandestin. Des centaines d'heures en studio. Une composition monumentale qui prend forme lentement, patiemment.

1976 : Songs in the Key of Life — Peut-être le plus grand album de l'histoire de la soul. Double vinyle, plus un EP bonus. Premier album d'un artiste américain à débuter directement à la première place du Billboard 200, où il restera quatorze semaines. « I Wish », « Sir Duke », « As », « Isn't She Lovely », « Pastime Paradise » — chaque titre est une déclaration d'amour à la vie, à la musique, à l'humanité. Stevie joue de tout, chante de tout, embrasse tout — le jazz, le funk, la soul, le classique, la samba, le gospel. En quelques semaines, il remporte quatre Grammy Awards supplémentaires, dont Album de l'année pour la troisième fois consécutive. Personne n'a jamais fait ça. Personne ne l'a refait depuis.

Master Blaster : l'âme soul embrasse le reggae

1975. À Kingston, Jamaïque, un concert de bienfaisance est organisé au stade national au profit de l'Institut jamaïcain pour les aveugles. Les deux têtes d'affiche sont Stevie Wonder et Bob Marley & The Wailers. C'est leur première rencontre. La dernière, d'ailleurs, que Marley ferait avec l'ensemble des Wailers originaux. Ce soir-là, dans la touffeur caribéenne, deux géants se découvrent. La chimie est immédiate, totale. Deux artistes portés par la même conviction que la musique peut changer le monde, que les mots peuvent libérer les hommes, que le rythme peut guérir les blessures.

Les années suivantes, ils se retrouvent. En 1979, lors d'un événement de la Black Music Association à Philadelphie, Marley aperçoit Wonder dans la foule et l'invite spontanément à le rejoindre sur scène pour une jam session improvisée. Ce moment est le dernier acte de cette amitié musicale, car le cancer ronge déjà Marley de l'intérieur.

À l'automne 1979, Stevie Wonder assure les premières parties des concerts américains de Bob Marley. Il voit son ami amaigri, souffrant, mais toujours incandescent sur scène. Touché jusqu'au cœur, il entre en studio à la fin de l'année et compose un hommage. Pas une chanson triste. Pas un requiem. Une chanson de fête et de joie, parce que Bob Marley, lui, a toujours chanté la vie même face à la mort.

Il choisit d'en faire un reggae — un vrai reggae, avec le « one drop » caractéristique des Wailers, confié au batteur Dennis Davis dont le groove fait référence. Les paroles célèbrent l'indépendance du Zimbabwe (avril 1980), la paix retrouvée, la puissance de Jah. Une ligne écrite dans les paroles, « Marley's hot on the box », nomme l'ami directement. La phrase « Joined as children in Jah » renvoie à la foi rastafarie du chanteur jamaïcain. Le sous-titre « Jammin' » est une référence directe au titre de Bob Marley sur son album *Exodus* (1977).

Sorti en septembre 1980 comme single d'ouverture de l'album Hotter Than July,« Master Blaster (Jammin') »reste sept semaines numéro un du Billboard R&B, atteint la cinquième place du chart pop américain et la deuxième place en Grande-Bretagne. En France, il se vend à plus de 400 000 exemplaires. Dans une révélation de 2024, Stevie Wonder a confirmé ce que les amoureux de la musique pressentaient depuis des décennies : « Master Blaster » était une lettre d'amour à Bob Marley, née de leurs sessions communes dans les années 1970 et de plans pour une tournée commune qui n'eut jamais lieu.

Bob Marley s'est éteint à Miami le 11 mai 1981, à 36 ans. Stevie lui rendit hommage lors d'une performance émotionnelle mémorable, mêlant larmes et célébration. Rarement dans l'histoire de la pop, un artiste de soul aura si profondément, si authentiquement, si musicalement célébré le reggae — non comme une posture, mais comme un acte d'amour entre frères.

Happy Birthday : une chanson qui a changé la loi

Sur ce même album *Hotter Than July* se trouve une autre bombe à retardement. Sous ses airs de comptine festive, « Happy Birthday » est l'un des actes politiques les plus importants de la carrière de Stevie Wonder.

Depuis l'assassinat de Martin Luther King Jr. en avril 1968, le représentant John Conyers dépose chaque année un projet de loi pour instituer un jour férié fédéral en son honneur. Chaque année, il échoue. Pendant quinze ans, l'Amérique blanche et conservatrice refuse d'honorer le pasteur militant.

En 1980, Stevie Wonder décide d'en faire sa bataille personnelle. Il compose « Happy Birthday » comme un hymne à la mémoire de King, y glisse des paroles d'une élégance engagée, et enrobe le tout d'un groove si irrésistible que personne ne peut rester insensible. La pochette de l'album est elle-même enveloppée d'images du mouvement pour les droits civiques, entourant le portrait de King. Un tombeau de papier, une promesse musicale.

Mais Stevie Wonder ne s'arrête pas à la chanson. Il se transforme en militant. Il organise des rassemblements, prononce des discours, mobilise les syndicats et les artistes, forme avec Coretta Scott King et le représentant Conyers une coalition tenace. Il déclare en public : « Je suis Stevie Wonder l'artiste, oui, mais je suis Steveland Morris, un homme, un citoyen de ce pays et un être humain. En tant qu'artiste, ma mission est de transmettre le message qui peut améliorer la vie de tous. »

En 1983, sous la pression populaire et artistique, Ronald Reagan signe la loi instituant le Martin Luther King Day, fixé au troisième lundi de janvier. La première commémoration nationale a lieu le 20 janvier 1986. Une chanson de soul avait vaincu quinze ans de résistance institutionnelle.

Songs in the Key of Life : la bible de la soul

Impossible de parler de Stevie Wonder sans s'arrêter longuement sur son monument absolu. Songs in the Key of Life, sorti en septembre 1976, est à la fois un testament artistique et une promesse que la musique peut embrasser tout l'humain.

En deux vinyles et un EP de quatre titres, Stevie convoque une humanité entière. Il célèbre la naissance de sa fille sur « Isn't She Lovely » (enregistrement du vrai accouchement en fond sonore). Il rend hommage à Duke Ellington sur « Sir Duke » avec une ligne de cuivres qui fait encore danser n'importe qui cinquante ans après. Il plonge dans la mystique afro-américaine avec « Pastime Paradise ». Il déploie un amour absolu sur « As » — peut-être la plus belle chanson d'amour jamais écrite. Il combat les stéréotypes raciaux sur « Village Ghetto Land ». Il célèbre l'amour paternel sur « Isn't She Lovely ».

L'album est co-produit, co-écrit, et largement co-joué par un seul homme. Stevie y joue du synthétiseur Moog, du Clavinet, du Fender Rhodes, de la batterie, de l'harmonica, de la basse, de la guitare. Il produit les arrangements pour les cordes, les cuivres, les chœurs. Il enregistre des centaines d'heures de session avant d'atteindre ce qu'il cherche.

Le verdict de l'histoire est sans appel : Songs in the Key of Life figure régulièrement en tête des classements des meilleurs albums de tous les temps — numéro un sur Rolling Stone, références permanentes chez Prince, Kanye West, Jay-Z, Alicia Keys, John Legend, qui le citent tous comme une bible. Beyoncé a chanté lors de son hommage à Stevie lors des Grammy Awards avec une émotion brute. Kendrick Lamar l'a samplé. Les générations se succèdent, l'album demeure.

L'un des artistes les plus récompensés de l'histoire

Les statistiques de Stevie Wonder donnent le vertige et méritent d'être rappelées dans leur froideur chiffrée, car elles disent l'ampleur d'une carrière sans précédent :

- 5 Grammy Awards remportés — l'un des artistes les plus récompensés de toute l'histoire de la musique

- 100 millions de disques vendus dans le monde

- 49 titres dans le Top 40 américain

- 10 numéros un au Billboard Hot 100

- 32 singles numéro un dans différents pays

- 23 albums studio enregistrés en plus de six décennies

- Un Oscar en 1985 pour « I Just Called to Say I Love You » (bande originale de *The Woman in Red*)

- Intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1989


En 1985, il participe à « We Are the World », le méga-single de solidarité pour les victimes de la famine en Éthiopie. La même année, son single « Part-Time Lover » entre simultanément dans les charts pop, R&B, adult contemporary et dance — une première absolue dans l'histoire de la musique. Il collabore avec Paul McCartney sur « Ebony and Ivory » (1982), numéro un mondial qui plaide pour la fraternité raciale. Il produit des artistes aussi divers que Michael Jackson (dont il compose « I Can't Help It » pour Off the Wall), Jermaine Jackson, Third World, Elton John.

Un combattant de toujours

La grandeur de Stevie Wonder ne se mesure pas seulement en disques d'or. Elle se mesure aussi à l'épaisseur de ses engagements.

L'anti-apartheid : Dès le début des années 1980, il milite pour la fin du régime ségrégationniste sud-africain, alors que l'Occident officiel reste complice. Son album In Square Circle (1985) se conclut par « It's Wrong (Apartheid) », un titre sans ambiguïté. Lorsqu'il reçoit son Oscar en 1984, il dédie sa récompense à Nelson Mandela, alors toujours emprisonné. La télévision sud-africaine qui retransmet la cérémonie coupe l'image.

Black Lives Matter : En septembre 2020, il publie sur YouTube une vidéo de sept minutes intitulée *The Universe Is Watching Us — Stevie Wonder In His Feelings*, en réaction à l'affaire Breonna Taylor. En 2024, il soutient Kamala Harris en interprétant « Higher Ground » lors d'un événement de campagne, en déclarant : *« C'est le moment de dire à vos enfants où vous étiez et ce que vous avez fait. »*

Les droits des personnes handicapées : Lui-même aveugle depuis la naissance, il a milité toute sa vie pour l'accessibilité et l'inclusion des personnes en situation de handicap, refusant de laisser son propre état définir ses limites ou celles des autres.

Le panafricanisme : En mai 2024, lors de son 74e anniversaire, Stevie Wonder a prêté serment d'allégeance à la République du Ghana et reçu la nationalité ghanéenne des mains du président Nana Akufo-Addo, à Accra. Cette décision, annoncée dès 2021 lors d'un entretien avec Oprah Winfrey, traduit une conviction profonde : *« Je ne veux pas voir les enfants de mes enfants obligés de demander "s'il vous plaît respectez-moi, s'il vous plaît sachez que je compte". »* Il devient citoyen de ce pays qui, depuis 2019 et son programme « Année du Retour », invite la diaspora africaine à reconnecter avec ses racines. Wonder y rejoint Rita Marley, Maya Angelou (qui vécut à Accra), et W.E.B. Du Bois, qui y est enterré.

Le corps éprouvé, l'âme intacte

En juillet 2019, à la fin d'un concert à Hyde Park à Londres, Stevie Wonder annonce à son public, d'une voix grave et sobre, qu'il doit subir une greffe du rein. Il a un donneur. Il prend une pause. L'annonce est courageuse, directe, sans pathos. En septembre 2019, la transplantation a lieu. Il se rétablit. En 2020, il annonce qu'il quitte la Motown après soixante ans passés sur le label pour signer sur son propre imprint, What The Fuss Records, sous Republic Records — restant dans la famille Universal. Il publie deux nouveaux titres dont les recettes sont intégralement versées à Feeding America.

L'homme qui avait commencé enfant sur Tamla/Motown reprend sa liberté avec la même exigence qu'en 1971. Rien n'a changé dans l'essentiel.

Un héritage vivant

Stevie Wonder est l'un des rares artistes de son envergure dont l'influence traverse tous les genres sans exception. Il est cité par :

- Prince, qui le considérait comme son modèle absolu de musicien multi-instrumentiste

- Michael Jackson, avec qui il a partagé les premières années Motown

- Kanye West, qui a samplé et interpolé ses œuvres tout au long de sa carrière

- John Legend, dont le son soul est directement hérité de la période classique de Wonder

- Beyoncé, qui lui a rendu hommage avec des larmes aux Grammy Awards

- Kendrick Lamar, qui cite Songs in the Key of Life comme texte fondateur

- Alicia Keys, pianiste soul dont toute l'esthétique plonge dans l'univers de Wonder

- Des générations de musiciens jamaïcains, qui n'oublient pas que l'homme de la Motown est venu chez eux en 1975 jouer pour l'Institut des aveugles, et qu'il a rendu hommage à leur roi en 1980

Il a collaboré avec Elton John, Paul McCartney, Michael Jackson, Prince, Sting, Babyface, Busta Rhymes, Snoop Dogg, Andrea Bocelli, Tony Bennett, Beyoncé — soit à peu près tous les artistes majeurs de cinq décennies de musique populaire mondiale.

Ce qu'il reste à dire

Stevie Wonder est encore là. Il a 75 ans depuis le 13 mai 2025. Il a traversé la cécité, la pauvreté, un accident qui a failli le tuer, une greffe du rein, des décennies de pression commerciale, des trahisons et des deuils. Il a perdu ses amis — Marvin Gaye, Michael Jackson, Prince, Bob Marley. Il est le dernier géant de la Motown originelle encore debout.

Dans un monde qui célèbre trop souvent les artistes après leur mort — quand il est trop tard pour leur dire ce qu'on ressent —, il y a quelque chose d'urgent et de précieux dans le fait de reconnaître Stevie Wonder aujourd'hui, de son vivant. De lui dire que « As » restera l'une des plus grandes chansons jamais écrites. Que « Living for the City » continue de décrire avec une précision douloureuse la brutalité du rêve américain. Que « Master Blaster » est l'un des plus beaux gestes fraternels entre deux cultures musicales que la planète ait jamais vus. Que « Happy Birthday » a changé la loi d'un pays.

Il n'a pas seulement fait de la musique. Il a utilisé la musique comme d'autres utilisent la politique, la diplomatie, la philosophie — pour rendre le monde un peu moins injuste, un peu plus humain. Noir, aveugle, pauvre au départ, il est devenu citoyen du monde au sens le plus littéral : américain, ghanéen, universel.

Stevie Wonder est vivant. Et c'est une grâce.

« La lutte ne commence que lorsque vous gagnez. C'est là que le challenge commence. »

Stevie Wonder, 2009