Imaginez un pays plus petit que la Bretagne, coincé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, où un adulte sur quatre est séropositif. Ce pays, c'est l'Eswatini — l'ex-Swaziland pour ceux qui s'en souviennent. Et c'est de là que pourrait venir l'une des plus grandes avancées dans la lutte contre le VIH depuis des décennies.
Deux injections. Six mois de protection.
Les spécialistes du monde entier s'accordent à le qualifier de révolutionnaire. Le lénacapavir, c'est son nom, fonctionne avec un protocole d'une simplicité déconcertante : deux injections dans les cuisses, quelques comprimés dans les 24 heures, et c'est tout. Pendant six mois, la personne est protégée contre presque tout risque d'infection au VIH.
Pas de pilule quotidienne à ne pas oublier. Pas de négociation avec un partenaire. Pas de stigmatisation visible. Juste six mois de tranquillité.
Nompu, 27 ans, ne pouvait plus compter que sur elle-même
Depuis la mort de ses parents, Nompu subvient seule aux besoins de ses frères et sœurs. Travailleuse du sexe depuis huit ans, elle fait face chaque jour à des clients qui refusent le préservatif. Pour elle, le lénacapavir n'est pas une statistique — c'est une bouée de sauvetage.
Son histoire est celle de milliers de femmes à travers le continent, pour qui la prévention traditionnelle bute sur des rapports de force que les campagnes de sensibilisation ne suffisent pas à changer.
L'ex-Swaziland montre la voie
Dès novembre 2025 — moins de six mois après le feu vert de l'autorité sanitaire américaine — l'ex-Swaziland est devenu le premier pays au monde à déployer ce traitement à grande échelle. Avec un objectif affiché : en finir avec l'épidémie d'ici 2028.
Si ce pari est tenu, les conséquences pourraient dépasser largement ses frontières. « Cela fournira en quelque sorte un modèle à suivre pour plusieurs autres pays d'Afrique », estime Mark Edington, du Fonds mondial de lutte contre le sida.
Une bonne nouvelle dans un monde qui se désengage
Elle tombe à pic. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont massivement réduit leur aide étrangère ces derniers mois, fragilisant des programmes de santé entiers sur le continent africain. Dans ce contexte de désengagement, le lénacapavir rappelle que la science, elle, n'a pas baissé les bras.
Il reste maintenant à s'assurer que les financements suivent. Car un traitement révolutionnaire qui ne parvient pas jusqu'aux personnes qui en ont besoin ne révolutionne rien du tout.
Sources : Le Monde Afrique, Fonds mondial de lutte contre le sida