La série martiniquaise d'Éric et Capucine Rochant, saluée jusqu'aux Antilles et en Amérique du Sud, n'aura pas de saison 2. Netflix a confirmé sa décision à RCI le 7 mai. La logique comptable a eu le dernier mot. Vraiment ?
Lancée le 9 avril, stoppée le 7 mai
Bandi racontait l'histoire de onze frères et sœurs, de 7 à 25 ans, livrés à eux-mêmes dans les décors naturels de la Martinique. Un thriller social ancré dans le réel caribéen, porté par des acteurs martiniquais et signé par Éric Rochant — le père du Bureau des légendes — en collaboration avec sa fille Capucine.
Dès son lancement, la série s'est hissée dans le top 10 des contenus les plus regardés en France, en métropole comme en outre-mer. En deuxième semaine d'exploitation, elle occupait la première place mondiale des séries non-anglophones sur la plateforme. Une performance rare pour une fiction caribéenne.
Pourtant, moins d'un mois après sa mise en ligne, Netflix confirmait à Radio Caraïbes International : il n'y aura pas de saison 2.
L'argument du coût ne tient pas
La plateforme a justifié sa décision par un déséquilibre entre les audiences et les coûts de production. Sauf que cet argument s'effondre à l'examen.
Bandi, c'est du drame social. Pas de CGI, pas de décors construits en studio, pas de stars hollywoodiennes à cachet. Des décors naturels martiniquais, des acteurs locaux, une écriture au plus près du réel. C'est précisément le type de production que Netflix affectionne quand il s'agit de diversifier son catalogue sans exploser ses budgets. Huit épisodes de ce calibre coûtent infiniment moins qu'une saison de Stranger Things ou même d'une série d'action européenne moyenne.
Et Netflix le sait mieux que quiconque. Ce rapport qualité/coût favorable, c'est souvent ce qui justifie le renouvellement de séries bien moins regardées que Bandi — des productions qui n'ont jamais approché le top 10 mondial, et qui ont pourtant eu droit à une deuxième, voire une troisième saison, sans que la plateforme éprouve le besoin de s'en expliquer.
Un diffuseur qui s'explique : déjà un aveu
Ce qui interpelle autant que la décision elle-même, c'est la communication qui l'accompagne. Netflix ne s'explique quasiment jamais sur le sort des séries qu'il abandonne. L'annulation silencieuse est la norme. Ici, la plateforme a choisi de justifier publiquement sa décision auprès d'une radio régionale caribéenne, RCI. Un geste inédit, ciblé, qui ressemble moins à de la transparence qu'à une gestion de crise anticipée.
Quelqu'un en interne savait que la communauté martiniquaise et caribéenne allait réagir. Cette précaution dit quelque chose sur la conscience que Netflix a de la portée symbolique de Bandi — et sur le malaise qui entoure sa suppression.
Ce qu'on ne dit pas
Il reste une question que les chiffres seuls ne permettent pas de trancher, mais que l'ensemble du dossier invite à poser.
Netflix renouvelle régulièrement des séries moins populaires lorsqu'elles remplissent une fonction de vitrine : vitrine de diversité, de rayonnement géographique, de prestige culturel. Bandi aurait pu — aurait dû — remplir cette fonction. Sauf que Bandi n'est pas une série sur l'exotisme caribéen. Ce n'est pas une carte postale. C'est une série sur la survie ordinaire dans un territoire français structurellement abandonné. Sur des enfants noirs qui se débrouillent seuls, sans regard extérieur rassurant, sans personnage-pont pour le spectateur étranger.
Quand Netflix renouvelle une série moins regardée parce qu'elle lui sert de vitrine, on peut légitimement se demander pourquoi Bandi, elle, n'a pas rempli ce rôle. Et ce que ça dit — non pas des chiffres — mais du type de récit caribéen que les grandes plateformes sont prêtes à porter dans la durée.
La première saison de Bandi reste disponible sur Netflix.