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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Guadeloupe : l'eau au robinet, un luxe de plus en plus incertain

 

Dans l'archipel guadeloupéen, la crise de l'eau potable a cessé d'être une anomalie ponctuelle pour devenir une réalité structurelle. Derrière les coupures quotidiennes et les citernes d'urgence se cache un désastre infrastructurel d'une ampleur vertigineuse : selon la Chambre régionale des comptes, il faudrait deux siècles au rythme actuel pour renouveler la totalité du réseau de distribution. Pour des centaines de milliers de Guadeloupéens, l'eau courante et potable au robinet n'est pas une promesse à court terme. C'est, au mieux, l'horizon d'une génération.

Un réseau à l'agonie

Le taux de fuite est estimé à 70 % sur l'ensemble de l'archipel. Dit autrement, les trois quarts de l'eau produite ne parviennent jamais aux usagers. Le rapport 2025 des acteurs du secteur indique qu'après une légère amélioration en 2023, 58 % de l'eau mise en distribution est encore perdue — plus d'un litre sur deux qui s'échappe dans la nature avant d'atteindre le robinet. C'est un paradoxe douloureux pour un territoire baigné de pluies tropicales et traversé de rivières : la ressource existe, mais le réseau censé l'acheminer est trop délabré pour la retenir. 

Le syndicat a réparé quelque 9 000 fuites en 2024 et renouvelé 18 000 compteurs en une seule année — un effort sans précédent. Mais à cette cadence, la Chambre régionale des comptes estime qu'il faudrait dix ans pour renouveler l'ensemble du parc de compteurs, et que les 15 kilomètres de conduites remplacés en moyenne annuellement conduiraient à attendre 208 ans avant que la totalité du réseau soit mis à niveau. Deux siècles. Un chiffre qui résume, à lui seul, l'ampleur de la faillite technique accumulée depuis des décennies. 

Le SMGEAG : une institution sous tutelle financière

Créé en septembre 2021 par la loi du 29 avril de la même année pour unifier la gestion de l'eau en Guadeloupe continentale, le Syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de Guadeloupe (SMGEAG) devait incarner le redressement. Quatre ans plus tard, il est lui-même au bord du naufrage. La Chambre régionale des comptes Antilles-Guyane a révélé un déficit corrigé de 57,5 millions d'euros pour 2025, imposant un plan de redressement pluriannuel sous surveillance renforcée jusqu'à un hypothétique retour à l'équilibre. 

Les comptes du syndicat auraient été erronés depuis sa création. La masse salariale du SMGEAG est passée de 150 à 507 agents entre 2021 et 2025, sans que cela se traduise par une amélioration du service. Pendant ce temps, 38,2 % des abonnés ne règlent pas leurs factures — un taux sans commune mesure avec les 2 % observés dans l'Hexagone — fragilisant lourdement l'équilibre financier du service public. Ce taux d'impayés n'est pas simplement un problème de civisme : il est le reflet d'une défiance légitime d'usagers qui reçoivent une eau parfois non potable, souvent absente, toujours facturée à l'aveugle. 

Le service de l'eau potable ne s'autofinance pas, contrairement à ce que prescrit la loi. La structure survit sous perfusion de fonds publics, sans plan crédible de sortie de crise. 

Un quotidien de privation

Ce que les chiffres ne disent pas, les habitants de Grande-Terre, du Gosier, de Saint-François ou de Sainte-Anne le vivent dans leur chair. Des Guadeloupéens témoignent d'un sentiment de malpropreté permanent : l'impossibilité de se laver, d'utiliser les sanitaires, de préparer les repas dans des conditions décentes. Un habitant évoque le stress, la frustration, voire la dépression engendrés par cette privation chronique. Des privations de dix-huit jours consécutifs ont été rapportées à la suite d'épisodes de sabotage du réseau.

En février 2026, plusieurs communes — Saint-François, Morne-à-l'Eau, Gosier, Petit-Bourg et Basse-Terre — faisaient encore face à des perturbations majeures, sans qu'aucune date de rétablissement ne soit communiquée. Le SMGEAG publie des avis d'interruption en continu sur son site, listant des coupures pour incident technique, casses sur réseau, baisses de pression des surpresseurs dans des dizaines de quartiers à travers tout l'archipel. Ces avis sont devenus, pour les Guadeloupéens, une forme de bulletin météo : on consulte pour savoir si l'on aura de l'eau le lendemain. 

L'assainissement : l'angle mort de la catastrophe

Si la crise de l'eau potable est visible — on ouvre le robinet, il ne coule rien —, la gestion des eaux usées constitue une bombe à retardement encore plus silencieuse. Le SMGEAG ne connaît pas l'architecture de son propre réseau d'assainissement, est incapable de le dater, et n'effectue des réparations que lorsqu'une casse survient, sans aucune maintenance préventive. Le rapport de la CRC estime que 82 % du réseau a plus de 40 ans. 

Les conséquences sont sanitaires et environnementales. La présidente de l'Office français de la biodiversité alerte : aucun cours d'eau guadeloupéen n'est plus en très bonne qualité. Les masses d'eau côtières se dégradent de manière inexorable, avec des effets directs sur l'état sanitaire du territoire. Le réseau d'assainissement collectif ne couvre que 41 % des abonnés au réseau d'eau potable, contre 85 % à l'échelle nationale. Onze des dix-huit stations d'épuration ne sont pas conformes à la réglementation. 

Dix ans minimum : l'aveu d'un élu

Face à l'accumulation des rapports accablants et à la défiance croissante des collectivités membres envers le SMGEAG, des voix commencent à proposer des alternatives. Le président de la communauté d'agglomération du Sud Basse-Terre, Thierry Abelli, a formulé une proposition d'expérimentation à long terme en ces termes : « J'ai proposé une expérimentation sur tout le territoire du SMGEAG, sur dix ans minimum. C'est le temps minimum et nécessaire pour mettre le réseau à niveau. » 

Dix ans minimum. La formule, prononcée par un élu, a le mérite de la franchise. Elle signifie, concrètement, que des Guadeloupéens aujourd'hui en âge de scolarité risquent d'atteindre l'âge adulte sans avoir connu, dans certains quartiers, l'eau courante et potable comme une évidence quotidienne. C'est une rupture d'égalité républicaine dont l'ampleur reste encore insuffisamment nommée comme telle dans le débat public français.

La République et ses angles morts

La Guadeloupe est un département français depuis 1946. Ses habitants sont citoyens français à part entière, soumis aux mêmes cotisations, aux mêmes droits formels. Pourtant, Paris semble avoir découvert la situation tardivement, et les solutions provisoires déployées — distribution de bouteilles, installation de citernes — ne constituent pas une réponse à la hauteur de la crise. L'urgence est réelle, les budgets annoncés existent, mais les travaux avancent à un rythme incompatible avec les besoins d'une population qui, au quotidien, n'a pas l'eau qui coule. 

Le préfet de Guadeloupe a lui-même comparé la situation du territoire à celle du Guyana, soulignant l'ampleur du chemin restant à parcourir. La comparaison avec un pays de la Caraïbe en développement dit quelque chose de l'état d'abandon dans lequel se trouve une partie du territoire national. 

La question de l'eau potable en Guadeloupe n'est pas une question technique. C'est une question politique. Celle de ce qu'une République est prête à investir pour honorer ses propres promesses dans ses territoires ultramarins — et du délai qu'elle juge acceptable pour le faire.


Sources : Chambre régionale des comptes Antilles-Guyane (rapports 2025), Outremers360, Guadeloupe la 1ère / France Info, SMGEAG, Observatoire de l'eau de Guadeloupe.