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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

La xénophobie se remet en marche en Afrique du Sud, les communautés africaines en état d'alerte.

Des centaines de manifestants ont défilé à Pretoria contre l'immigration clandestine, contraignant des ressortissants ghanéens et nigérians à fermer leurs commerces et à rester confinés chez eux. Un énième épisode d'une violence qui prend racine dans les fractures économiques héritées de l'apartheid.

Mardi à Pretoria, des centaines de personnes ont envahi les rues à l'appel du collectif March and March, marchant en direction des Union Buildings, siège officiel du gouvernement. T-shirts à slogans, pancartes faites main, slogans scandés en chœur — le message était sans ambiguïté : les étrangers sont indésirables. Une nouvelle manifestation était prévue le lendemain à Johannesburg.

Les premières victimes de ce climat sont celles qui travaillent, qui entreprennent, qui survivent. Le haut-commissariat du Ghana a conseillé à ses ressortissants de fermer leurs commerces et de « faire profil bas ». Le président de l'Union nigériane d'Afrique du Sud, Olaniyi Abodedele, a pour sa part demandé à ses membres de rester chez eux. « Nous sommes dans l'incertitude, car nous ne savons pas comment notre gouvernement va réagir si l'un d'entre nous venait à être touché ou tué », a-t-il confié, résumant avec une précision douloureuse ce que signifie appartenir à une diaspora sans filet de sécurité diplomatique solide.

Un Nigérian rencontré par la BBC aux abords du cortège résumait l'absurdité de la situation : « Ce n'est pas normal, car nous sommes noirs, nous sommes frères. Tout le monde vient ici simplement pour survivre. » Un agent de sécurité, empêché de se rendre au travail, posait une question qui dit tout : « Imaginez si nous avons peur sur notre propre continent africain — qu'en sera-t-il si nous allons en Europe ? »

Un pays qui a oublié sa propre histoire

Le président Cyril Ramaphosa a choisi la Journée de la liberté — qui commémore les premières élections démocratiques de 1994 — pour rappeler à son peuple la dette contractée envers les autres nations du continent, celles qui ont abrité, soutenu et protégé les combattants anti-apartheid pendant des décennies. Les mots étaient justes. Mais l'histoire immédiate leur répond par la rue.

Car la xénophobie en Afrique du Sud n'est pas un accident. Elle est le produit d'un pays qui cumule l'un des taux de chômage les plus élevés au monde — autour de 33 % — avec des inégalités structurelles jamais véritablement résolues depuis la fin du régime ségrégationniste. Dans ce contexte, les étrangers deviennent des boucs émissaires commode, accusés de « prendre des emplois » et de « profiter des services publics ». C'est une rhétorique que l'on reconnaît partout dans le monde — et qui, partout, sert à masquer les responsabilités des élites nationales.

Le Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné ce qu'il a qualifié d'« actes criminels perpétrés par des individus incitant à la violence et exploitant les conditions socio-économiques ». Son porte-parole a rappelé que la lutte de libération sud-africaine avait été « soutenue par la solidarité internationale et africaine ». Ce n'est pas une anecdote historique : c'est l'argument central que l'Afrique du Sud semble incapable d'intérioriser collectivement.

Les mouvements anti-migrants gagnent du terrain

Ces dernières années, des organisations comme March and March ou Operation Dudula ont structuré le rejet des étrangers en mouvement politique organisé. En février dernier, le roi zoulou Misuzulu kaZwelithini utilisait un terme péjoratif pour désigner les migrants et réclamait leur départ — faisant écho aux déclarations de son père, onze ans plus tôt, les exhortant à « faire leurs valises ».

L'Afrique du Sud compte environ 2,4 millions de migrants, soit moins de 4 % de sa population. La plupart viennent du Lesotho, du Zimbabwe et du Mozambique, pays qui ont historiquement fourni une main-d'œuvre essentielle à l'économie sud-africaine. Ce sont ces mêmes voisins que Pretoria entend désormais renvoyer chez eux.

Les précédentes manifestations anti-migrants ont parfois dégénéré en pogroms. Les communautés étrangères s'en souviennent. C'est pourquoi la prudence prévaut aujourd'hui, même lorsqu'on a ses papiers en règle. Comme le soulignait Abodedele : « Dès lors que l'on est Nigérian, on est immédiatement profilé et stéréotypé. »

Il reste à savoir si le président Ramaphosa passera des discours aux actes — et si la solidarité panafricaine, si souvent invoquée dans les cérémonies officielles, peut encore signifier quelque chose dans les rues de Pretoria.