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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

L'Afrique, nouvelle réserve de chair à canon du Kremlin ?

Il y a un mot que l'histoire n'a jamais vraiment rangé dans les archives. Un mot qui revient, qui rôde, qui se réincarne sous d'autres uniformes et d'autres drapeaux. Ce mot, c'est tirailleur. Celui qui avance en premier. Celui que l'on sacrifie. Celui dont le corps ne rentre pas toujours au pays, et dont le nom n'est gravé sur aucun monument.

La France coloniale le savait bien, qui envoya des centaines de milliers d'Africains mourir dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, dans les sables de la Seconde, dans les guerres d'Indochine et d'Algérie. La chair africaine comme monnaie d'échange de la puissance blanche. Aujourd'hui, c'est le Kremlin qui perpétue la tradition — avec d'autres méthodes, la même logique, et le même mépris fondamental pour la vie des hommes noirs.

L'Ukraine nouveau cimetière des oubliés de l'Afrique

L'Ukraine affirme que plus de 1 400 Africains issus d'une trentaine de pays combattent aux côtés de la Russie. Camerounais, Centrafricains, Ivoiriens, Nigérians, Kényans, Sénégalais, Tanzaniens, Togolais — ils seraient plusieurs milliers à avoir été intégrés aux troupes russes depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Certains y sont allés de leur plein gré, attirés par des promesses que la misère rendait irrésistibles. D'autres n'ont jamais eu le choix. 

Clinton Nyapara Mogesa, un Kényan de 29 ans, a été retrouvé mort sur les champs de bataille à l'est de l'Ukraine. Son corps, abandonné par les forces russes, n'a jamais été rapatrié. Sa famille, toujours sans nouvelles, ignore encore le sort tragique qui l'a frappé. Clinton n'est pas un cas isolé. Il est un symbole. Le symbole de ce que le Kremlin fait des vies africaines lorsqu'il en a besoin : il les consomme, puis les abandonne.

La mécanique du mensonge

Différentes agences comme Shepherd Talent et Global Face Recruiting Agency ont été accusées d'attirer des jeunes sous de fausses promesses d'emplois bien rémunérés en Russie. Plusieurs recrues affirment avoir été promises à des postes de chauffeur, d'agent de sécurité ou d'ouvrier, avec des salaires allant jusqu'à 2 000 euros, avant d'être orientées vers la Russie sans connaître la véritable nature de leur engagement. Une fois sur place, ces recrues se retrouvent piégées, contraintes de s'engager dans l'armée russe pour combattre en Ukraine. 

Pour d'autres, l'histoire est encore plus complexe : ils seraient des dizaines d'Africains à avoir été manipulés et enrôlés de force. Le consentement — quand il existe — est un consentement fabriqué, extorqué à la précarité. On ne signe pas librement un contrat quand l'alternative c'est la faim. 

Les recruteurs de Moscou forment une nébuleuse hétérogène aux profils variés : des paramilitaires russes en Afrique, des Africains émigrés en Russie, des influenceurs africains, des associations de russophiles, des agences africaines spécialisées dans l'émigration de travail et des passeurs clandestins. Un écosystème rodé, tentaculaire, pensé pour que la responsabilité du Kremlin reste introuvable et que les victimes restent invisibles. 

Cas exceptionnel, un parti politique aurait même joué le rôle de recruteur : en Afrique du Sud, le parti MK de l'ancien président Jacob Zuma a envoyé, pendant l'été 2025, 17 de ses militants suivre une soi-disant formation de garde du corps en Russie. Ces derniers ont tous fini dans les rangs de l'armée russe. 

Au front : le double supplice

Être Africain dans l'armée russe en Ukraine, c'est affronter deux guerres simultanément : celle des tranchées et celle du racisme ordinaire.

Des témoignages rapportent des conditions inhumaines, une absence de formation adéquate et un traitement de seconde zone. Ces hommes, souvent issus de milieux modestes, sont envoyés en première ligne dans des assauts désespérés, qualifiés « d'assauts à la viande » par les Ukrainiens en raison des pertes massives qu'ils engendrent. En plus des dangers extrêmes du combat, ils font face au mépris et au racisme des soldats russes. Plusieurs cas de maltraitance ont été attestés. 

Ils sont surnommés « les Wagners noirs ». Cette désignation dit tout. Elle dit que même dans la mort, même dans le sacrifice, l'Africain reste à part. Étiqueté. Hiérarchisé. Instrumentalisé. 

Des destins brisés, des familles sans réponses

Malick Diop, étudiant sénégalais en droit, avait obtenu une bourse pour intégrer l'université Lobachevsky de Nizhny Novgorod. Il a été incorporé de force dans les rangs de l'armée russe. Depuis avril 2025, il est prisonnier de l'armée ukrainienne. Malgré les appels de détresse de sa famille et les articles dans la presse sénégalaise, Malick Diop est toujours maintenu dans les geôles ukrainiennes. Étudiant. Pas soldat. Venu chercher un diplôme, reparti enchaîné vers un front dont il ignorait l'existence. La Russie a transformé les campus en antichambres de la guerre.

Les réactions : trop peu, trop tard, et pas partout

Après avoir initialement nié ces recrutements, les autorités russes ont rapatrié quelques recrues du Kenya et d'Afrique du Sud. Les autorités du Nigeria, du Botswana et du Ghana ont demandé à Moscou de cesser cette pratique. 

Mais les pays d'Afrique francophone restent pour le moment silencieux, bien que la présence de leurs concitoyens dans l'armée russe soit confirmée. 

Ce silence est une honte politique. Il reflète l'état de dépendance — économique, diplomatique, sécuritaire — dans lequel le jeu russo-africain post-colonial a enfermé nombre de gouvernements du Sahel et d'Afrique centrale. Les mêmes gouvernements qui ont invité Africa Corps — ex-Wagner — sur leur sol et regardé ailleurs pendant que leurs jeunes partaient mourir sur les bords du Dniepr.

Un néocolonialisme qui ne dit pas son nom

La Russie se pose en Afrique en libératrice, en alternative à l'Occident, en partenaire désintéressé. Ce discours trouve des oreilles, parce que la critique du néocolonialisme français est légitime, parce que la fracture avec Paris est réelle, parce que la colère des peuples africains est juste.

Mais la Russie ne vient pas libérer l'Afrique. Elle vient y recruter. Elle vient y prélever des corps pour les envoyer se faire tuer dans une guerre qui n'est pas la leur, pour défendre les intérêts impériaux d'un État blanc qui ne les a jamais regardés autrement qu'en ressources à exploiter.

Le tirailleur sénégalais mourait pour la gloire de la France. Le tirailleur de Poutine meurt pour les ambitions territoriales d'un tsar du XXIe siècle. La forme change. L'essence demeure : l'Africain comme matériau de guerre.

Nommer cela, c'est le minimum que nous devons à Clinton Nyapara Mogesa, à Malick Diop, et à tous ceux dont nous ne connaissons pas encore les noms.