À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Le repas à 1 euro pour tous les étudiants : une avancée sociale saluée malgré des inquiétudes sur les moyens

Depuis ce lundi 4 mai 2026, le repas à 1 euro au CROUS est accessible à l'ensemble des étudiants français, boursiers ou non — une première dans l'histoire de la restauration universitaire. Une mesure symboliquement forte, attendue de longue date par les organisations étudiantes, mais dont la mise en œuvre soulève déjà de sérieuses interrogations. 

Fin d'un tarif à deux vitesses

Jusqu'à présent réservé aux boursiers et aux non-boursiers en situation de précarité, le repas à 1 euro est désormais disponible pour tous les étudiants dans l'ensemble des restaurants CROUS de France. Les autres payaient jusqu'ici 3,30 euros, soit plus du triple. La mesure s'adresse à tous les titulaires d'une carte d'étudiant, aux apprentis et alternants, aux doctorants ainsi qu'aux services civiques, sous réserve de présenter un compte Izly actif. 

Concrètement, le repas se compose d'un plat principal et d'au plus deux périphériques au choix — entrée, fromage, dessert ou fruit — et peut être pris une fois par service, midi et soir lorsque le restaurant est ouvert le soir. 

50 millions d'euros et 204 recrutements

La mesure est financée à hauteur de 50 millions d'euros dans la loi de finances 2026 et s'accompagne d'une autorisation de recrutement de 204 équivalents temps plein supplémentaires au sein du réseau des CROUS. Sur cette enveloppe, 35 millions serviront à compenser la perte de recettes liée à la baisse du prix des repas, le reste étant consacré à l'organisation et à l'adaptation des sites. Pour rappel, le coût réel d'un repas CROUS est estimé à environ 8 à 9 euros. 

Face aux risques de saturation, plusieurs dispositifs sont prévus : développement du click and collect, réorganisation des files d'attente, accélération du passage en caisse via l'application Izly — quatre fois plus rapide qu'une carte bancaire. 

Les syndicats tirent la sonnette d'alarme

Si la mesure est globalement bien accueillie dans les milieux étudiants, le satisfecit s'arrête vite aux questions de moyens. L'Union étudiante juge le montant alloué « largement insuffisant » et estime à environ 500 millions d'euros les besoins des CROUS pour assurer pleinement leur mission de service public étudiant de l'alimentation et garantir des repas qualitatifs en nombre suffisant. Cela représenterait une enveloppe dix fois supérieure à celle votée. 

L'UNEF dénonce pour sa part un « sous-financement » qui « se répercutera sur les conditions de travail des personnels du réseau des œuvres et sur les étudiants, qui ne pourront pas forcément accéder au repas à un euro, faute de structures, de personnels et de moyens suffisants ». 

Les syndicats pointent également des effets de bord concrets : plusieurs CROUS, comme ceux de Rennes ou de Mulhouse, ont d'ores et déjà annoncé mettre fin au dispositif du repas à emporter, qui permettait de prendre deux repas simultanément — dont un pour le soir. Une décision qui risque de pénaliser en premier lieu les étudiants les plus précaires, ceux qui fréquentaient déjà les restaurants universitaires avant la réforme.

Un test grandeur nature avant septembre

Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste, reconnaît lui-même une part d'incertitude. « Il y a une vraie incertitude sur le nombre de demandes supplémentaires qu'on va avoir », a-t-il admis lors d'une visite d'un CROUS à Amiens, tout en promettant une vigilance sur la qualité des repas et les conditions de travail des personnels. 

Le déploiement du 4 mai constitue en réalité une phase de test à grande échelle avant la rentrée universitaire de septembre 2026, qui sera le vrai indicateur de la solidité du dispositif. Le réseau CROUS anticipe une hausse de la fréquentation de l'ordre de 12,5 %, chiffre que certains estiment conservateur au vu de l'ampleur de la précarité alimentaire dans les campus. 

Un lancement en trompe-l'œil ?

Il y a quelque chose d'un peu troublant dans le calendrier choisi pour déployer cette mesure. Le 4 mai, c'est la fin du second semestre universitaire. Les étudiants sont en révisions, en partiels, beaucoup ont déjà réduit leurs passages au restaurant universitaire. Dans six semaines, l'année est terminée et les campus se vident. Lancer une réforme structurelle à ce moment-là, c'est s'assurer de ne jamais en mesurer l'impact réel avant la rentrée.

Le gouvernement n'a d'ailleurs pas cherché à masquer cette logique. Dès mars 2026, le site officiel Service-Public.gouv.fr indiquait que mai avait été retenu comme « période de baisse d'affluence qui permettra de tester le dispositif afin qu'il soit complètement opérationnel à la rentrée de septembre 2026 ». La transparence est appréciable. Mais elle soulève une autre question : si tout le monde savait que le vrai test serait à la rentrée, pourquoi ne pas y avoir consacré les moyens correspondants dès maintenant ? 

C'est en automne et en hiver que la demande sera la plus forte : retour de tous les étudiants, précarité amplifiée par le froid, les loyers, la fin des jobs d'été. Si les 50 millions d'euros et les 204 recrutements s'avèrent réellement insuffisants — comme le craignent les syndicats — les failles n'apparaîtront pas en mai, mais en octobre. Trop tard pour obtenir une rallonge budgétaire dans la loi de finances 2027 en cours de négociation.

Au fond, la vraie question dépasse le timing. Si l'on doit encore, en 2026, se battre pour que des étudiants puissent manger pour 1 euro, c'est que la précarité étudiante dans l'un des pays les plus riches du monde n'est toujours pas traitée comme l'urgence sociale qu'elle est. Le repas à 1 euro est une réponse digne — mais c'est une réponse à une situation qui n'aurait pas dû exister. L'objectif ne devrait pas être de faire manger les étudiants pour presque rien. Il devrait être de construire des conditions d'études où la question de se nourrir ne se pose plus.