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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Loi Taubira, qu'en reste-t-il 25 ans plus tard ?

Le 10 mai 2026, pendant que le Premier ministre Sébastien Lecornu prononçait un discours solennel au Sénat pour les vingt-cinq ans de la loi Taubira, la municipalité d'extrême droite de Vierzon annulait sa cérémonie commémorative. Budget : 1 500 euros. Motif officiel : les habitants "ne se reconnaissent pas" dans ce fait historique. Ce même jour, place Aimé Césaire — du nom de celui qui théorisa la négritude et porta le combat anticolonial jusqu'au Parlement français — une poignée de citoyens et un député communiste déposaient des fleurs sans mairie. Rarement un symbole aura été aussi complet. Vingt-cinq ans après son adoption, la loi qui a fait de la France le premier État au monde à reconnaître officiellement l'esclavage colonial comme crime contre l'humanité se mesure à ce paradoxe : un cadre juridique historique, une conscience collective en chantier.

Ce que la loi a ouvert

Le 21 mai 2001, la députée de Guyane Christiane Taubira fait adopter un texte qui rompt avec des décennies de silence d'État. La traite négrière et l'esclavage pratiqués à partir du XVͤ siècle dans les Amériques, la Caraïbe, l'océan Indien et l'Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes sont reconnus comme crimes contre l'humanité. Ce n'est pas une déclaration d'intention : c'est une qualification juridique, avec ce qu'elle implique en termes de responsabilité historique et de devoir de mémoire institutionnel.

La loi ouvre plusieurs chantiers. Elle mandate la recherche et l'enseignement de cette histoire. Elle inscrit dans le droit français l'obligation de transmettre. En 2006, un décret de Jacques Chirac institue le 10 mai comme Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. La même année, le Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE) est créé pour accompagner la mise en œuvre de ces engagements.

Sur le plan symbolique, l'effet est réel. Des plaques, des expositions, des programmes scolaires partiellement révisés, des colloques universitaires. Des mémoires longtemps confinées aux territoires ultramarins commencent à exister dans l'espace public hexagonal. C'est peu, au regard de l'ampleur de l'histoire. C'est néanmoins un avant et un après.

Ce que la loi n'a pas produit

Reconnaître un crime contre l'humanité sans en tirer de conséquences juridiques ou financières, c'est poser un acte moral sans en assumer le coût politique. La loi Taubira n'a jamais prévu de mécanisme de réparation. La question a été soulevée, esquivée, renvoyée à des commissions qui n'ont rien tranché. Vingt-cinq ans après, elle reste sans réponse — non par oubli, mais par choix.

L'enseignement en offre une autre illustration. La loi mandate la transmission de cette histoire dans les programmes scolaires. Dans les faits, l'esclavage colonial occupe une place marginale dans les cursus du secondaire, souvent réduit à quelques pages entre la Renaissance et la Révolution, traité comme une parenthèse économique plutôt que comme un système de déshumanisation à l'échelle d'un empire. Les enseignants qui souhaitent approfondir le sujet le font malgré les programmes, pas grâce à eux.

La résistance institutionnelle s'est d'ailleurs exprimée avec une clarté troublante dès 2005, quatre ans seulement après l'adoption de la loi Taubira. La loi du 23 février de cette année-là, portée par la droite parlementaire, demandait dans son article 4 que les programmes scolaires reconnaissent le "rôle positif de la présence française outre-mer". L'article sera finalement abrogé sous la pression, mais le signal était envoyé : la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité coexistait sans contradiction apparente, dans l'hémicycle, avec la réhabilitation du fait colonial. La République pouvait tenir les deux en même temps.

C'est cette capacité à compartimenter qui définit le mieux les limites de la loi Taubira. Elle a ouvert un espace mémoriel sans modifier le récit national de fond. L'histoire de France continue de se raconter depuis Paris, depuis l'Hexagone, depuis une continuité qui absorbe ses crimes sans en changer la grammaire. L'esclavage est désormais nommé dans la loi. Il n'est pas encore intégré dans la façon dont la France se pense elle-même.

Vierzon, ou la vérité d'un symbole

Il fallait peut-être une ville du Cher pour dire ce que les discours du Sénat ne diront jamais. Le 10 mai 2026, pendant que les officiels se succèdent au micro du Jardin du Luxembourg, la nouvelle municipalité RN/Reconquête de Vierzon supprime sa cérémonie commémorative. L'argument économique est avancé en premier : 1 500 euros d'économies dans une ville grevée de 32 millions d'euros de dette. Puis vient l'argument de fond, celui que l'adjoint au maire Hervé Husté formule sans détour : "Les gens de Vierzon ne se reconnaissent pas dans le présent avec ce fait historique."

La phrase mérite qu'on s'y arrête. Elle ne dit pas que l'esclavage n'a pas existé. Elle dit que les habitants de Vierzon n'ont pas à s'en sentir concernés. Elle opère une distinction entre ceux pour qui cette histoire est vivante — les descendants, les ultramarins, les afro-descendants — et ceux pour qui elle serait étrangère. En creux, elle pose une question que la loi Taubira n'a pas résolue : à qui appartient cette mémoire ? Est-elle nationale, c'est-à-dire partagée par tous les citoyens quelle que soit leur origine, ou est-elle communautaire, c'est-à-dire réservée à ceux qu'elle concerne directement ?

La réponse de Husté est claire. Et elle révèle l'échec pédagogique de vingt-cinq ans de politique mémorielle. Si, en 2026, un élu de la République peut encore présenter la mémoire de l'esclavage comme une affaire de spécialistes ou de populations concernées — et trouver dans cette position un argument recevable — c'est que la loi Taubira n'a pas produit ce qu'elle visait : une conscience partagée.

Face au vide laissé par la mairie, le député communiste Nicolas Sansu organise une cérémonie alternative, place Aimé Césaire. L'ironie du lieu est totale : c'est le nom du député martiniquais, théoricien de la négritude, chantre de la décolonisation, qui orne la place publique d'une ville dont la municipalité estime que ses habitants n'ont rien à voir avec cette histoire. Christelle Césaire, petite-nièce du poète, est présente pour lire ses textes. La République se scinde en deux cérémonies, dans la même ville, le même jour.

Le RN contre lui-même, ou la mémoire comme calcul

L'épisode de Vierzon a produit une séquence politique inattendue. Plusieurs députés RN, dont Marie-Luce Brasier-Clain et Joseph Rivière, ont publié un communiqué condamnant la décision municipale, qualifiant l'annulation de "faute politique, morale et mémorielle grave". Ils ont rappelé que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont "toujours considéré que l'histoire et la culture des concitoyens ultramarins constituaient des valeurs ajoutées au patrimoine national". Le RN national désavoue le RN local. La mémoire de l'esclavage, le temps d'un communiqué, devient un étendard républicain brandi par le parti qui en conteste le plus systématiquement les héritages contemporains.

Cette contradiction n'est pas une anomalie. Elle est le produit d'une stratégie. Le RN a besoin des voix ultramarines — Guadeloupe, Martinique, Réunion — et sait que l'annulation d'une commémoration de l'abolition est électoralement coûteuse dans ces territoires. Le communiqué n'est pas un acte de conscience mémorielle. C'est un recadrage tactique. On salue la mémoire de l'esclavage quand elle est abstraite, monumentale, passée. On combat ses conséquences quand elles deviennent politiques : réparations, reconnaissance des discriminations structurelles, révision des récits scolaires, droits des afro-descendants.

C'est précisément là que se révèle la limite du cadre posé par la loi Taubira. En faisant de l'esclavage un crime historique reconnu, elle a créé les conditions d'un consensus mémoriel de façade. Tout le monde peut commémorer. Personne n'est contraint d'en tirer des conclusions. La loi autorise la solennité sans exiger la cohérence. Elle permet au RN de condamner Vierzon le matin et de s'opposer à toute politique antiraciste structurelle le soir. Elle permet à la République de poser des gerbes de fleurs place Aimé Césaire tout en maintenant les inégalités que Césaire a passé sa vie à dénoncer.

La mémoire, dans ce cadre, fonctionne comme une absolution. On commémore pour ne pas avoir à transformer.

Une loi sans peuple ?

La question que pose Vierzon n'est pas celle de l'extrême droite. Elle est plus ancienne et plus profonde. Elle porte sur ce qu'une loi mémorielle peut produire seule, sans les conditions de sa réception. Christiane Taubira a obtenu une reconnaissance juridique majeure. Elle n'a pas obtenu — personne ne pouvait l'obtenir par la seule voie législative — que cette histoire devienne la propriété commune de tous les Français.

Vingt-cinq ans après, la mémoire de l'esclavage reste assignée. Elle est vécue comme l'affaire des descendants, des ultramarins, des associations afro-caribéennes, des militants antiracistes. Dans une ville comme Vierzon — ancienne forteresse ouvrière, aujourd'hui conquise par l'extrême droite, traversée par les mêmes fractures sociales et identitaires que des dizaines d'autres villes françaises — cette histoire n'a pas fait irruption dans le quotidien. Elle est restée une journée nationale parmi d'autres, un décret de 2006, une gerbe de fleurs déposée par des élus devant un public clairsemé.

Ce n'est pas la faute de la loi. C'est la limite de ce qu'une loi peut faire sans école, sans formation des enseignants, sans révision des programmes, sans politique culturelle durable, sans volonté politique de faire de cette histoire une histoire commune et non une histoire spécialisée. La loi Taubira a posé le cadre. L'État n'a jamais sérieusement construit ce qui devait l'habiter.

Les vingt-cinq ans de la loi Taubira ne sont pas une célébration. Ils sont une mise à l'épreuve. Et Vierzon, avec ses 1 500 euros d'économies et sa place Aimé Césaire désertée par sa mairie, offre la réponse la plus honnête qu'on ait entendue ce 10 mai : la France a reconnu le crime. Elle n'a pas encore décidé qu'il lui appartenait.