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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Macky Sall, seul Africain en lice pour diriger l'ONU

Quatre candidats sont en lice pour succéder à António Guterres à la tête des Nations unies à partir du 1er janvier 2027 : Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Macky Sall et Rebeca Grynspan ont tous été auditionnés fin avril par les représentants des 193 États membres. Parmi eux, un seul vient du continent africain : l'ancien président sénégalais. Une candidature portée par une ambition légitime, mais traversée de contradictions qui méritent d'être regardées en face.

Un Africain à la barre — enfin, peut-être

Seul Africain en lice parmi les quatre prétendants, Macky Sall se distingue également par un parcours extérieur à l'organisation onusienne. Une singularité qu'il assume, préférant mettre en avant une expérience politique nationale et internationale plutôt qu'un ancrage institutionnel interne. Il a dirigé le Sénégal pendant douze ans, présidé l'Union africaine en 2022, et s'est imposé comme un interlocuteur régulier dans les négociations multilatérales, notamment sur la dette africaine et le financement du développement.

Lors de son audition, il a déclaré : "Je ne suis pas ici simplement comme une voix du Sud s'immisçant dans les affaires du Nord. Après un secrétaire général issu du Nord, il est légitime que je me porte candidat. Ce qui importe, c'est de désigner la personne la plus apte à diriger l'organisation dans le contexte actuel."

C'est une phrase qui porte. Guterres est portugais. Avant lui, Ban Ki-moon était sud-coréen. L'Afrique — qui représentera un quart de l'humanité d'ici la fin du siècle — n'a jamais tenu ce poste. L'argument démographique et géopolitique est solide, et DT n'a pas à feindre la neutralité sur ce point.

Qui sont les autres ?

Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili à deux reprises et ex-haute-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, est sans doute la personnalité la plus célèbre parmi les candidats. Elle défend l'idée d'un secrétaire général "présent sur le terrain", capable d'être "la voix de la morale" face aux grandes puissances. Sa candidature est portée par le Mexique et le Brésil — mais son propre pays, le Chili, lui a récemment retiré son soutien après la prise de fonction du nouveau président d'extrême droite José Antonio Kast.

Rafael Grossi, candidat argentin et directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, est présenté comme celui dont le nom circule le plus. Son profil correspond au contexte : il a l'habitude de négocier avec les grandes puissances, y compris sur les dossiers les plus brûlants, comme le programme nucléaire iranien et la centrale de Zaporijjia.

Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica, est la quatrième candidate en lice. Elle dirige actuellement la CNUCED, la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement — un profil technocratique solide, mais moins visible sur la scène géopolitique.

Trois candidats latino-américains, un Africain. Le calendrier de rotation régionale — qui voudrait que ce soit "le tour" de l'Amérique latine — joue formellement contre Macky Sall. Mais la rotation est une convention, pas une règle, et le moment historique plaide pour autre chose.

Une candidature qui ne fait pas l'unanimité en Afrique

Il serait malhonnête de ne pas le dire : la candidature de Macky Sall a été déposée par le Burundi, faute d'un soutien officiel du Sénégal. Dans une note verbale, la mission sénégalaise à Addis-Abeba a précisé que le pays "n'a à aucun stade endossé" la candidature. Dakar absent, l'Union africaine divisée : ce n'est pas la candidature panafricaine unanime qu'on aurait souhaitée. Vingt États membres de l'UA ont formellement rompu le silence pour bloquer l'adoption du soutien collectif.

Au Sénégal, le Collectif des victimes des crises politiques de 2021-2024 a opposé un "veto catégorique" à sa candidature, exigeant des comptes sur les événements de ses dernières années au pouvoir. Le directeur exécutif de la section sénégalaise d'Amnesty International l'accuse de chercher dans l'ONU un "refuge politique" pour échapper à d'éventuelles poursuites judiciaires. Les nouvelles autorités sénégalaises ont lancé plusieurs enquêtes sur sa gestion entre 2012 et 2024, pointant notamment des irrégularités financières et la répression des manifestations politiques.

Ces faits ne peuvent pas être ignorés. L'ONU a besoin d'une voix africaine — mais pas n'importe laquelle, ni à n'importe quel prix. La question de la légitimité démocratique du candidat est inséparable de celle de la légitimité continentale qu'il prétend incarner.

Ce que l'enjeu révèle

Au-delà des profils individuels, cette élection dit quelque chose de l'état du monde. Le successeur de Guterres devra non seulement surmonter de profonds défis politiques et financiers, mais aura également pour mission de faire progresser des réformes essentielles — et ce, à un moment où l'organisation et le droit international font l'objet d'attaques directes.

L'Afrique a tout intérêt à ce que ce poste soit occupé par quelqu'un qui connaît ses réalités de l'intérieur — la dette, les conflits, les effets du changement climatique, la marginalisation dans les instances de décision. Mais elle a aussi intérêt à ce que ce candidat arrive avec une légitimité intacte, pas lestée de dossiers judiciaires ouverts dans son propre pays.

Le silence calculé de Paris

La France est membre permanent du Conseil de sécurité. Son vote, en juillet ou août, sera décisif. Et pourtant, Paris ne dit rien — officiellement. Si l'Élysée apprécie le profil de l'ancien chef d'État, aucune position officielle n'a été prise. La discrétion est de mise, mais les signaux sont lisibles.

Fin mai 2025, une rencontre entre Emmanuel Macron et Macky Sall à l'Élysée pour évoquer cette ambition avait été révélée par Africa Intelligence. En mars 2026, les deux hommes se sont retrouvés à nouveau au Palais de l'Élysée. Rien n'a officiellement filtré, mais l'enjeu était clair : obtenir le vote de la France au Conseil de sécurité et utiliser l'influence de Paris pour convaincre d'autres membres permanents, à commencer par Londres. Macky Sall avait d'ailleurs été l'envoyé spécial d'Emmanuel Macron pour le Pacte de Paris pour les peuples et la planète — le lien entre les deux hommes est ancien, documenté, et mutuellement utile.

La France a besoin d'interlocuteurs africains crédibles dans un contexte de recul accéléré de son influence sur le continent. Macky Sall, lui, a besoin du vote français pour exister au Conseil. Un échange de bons procédés qui n'a pas encore trouvé sa traduction officielle — mais qui est déjà une réalité politique.

Ce silence français mérite d'être lu pour ce qu'il est : non pas de la neutralité, mais de la stratégie. Paris ne dit rien parce que Paris attend. Et ce qu'il attend, c'est de voir comment les États-Unis et la Russie se positionnent.

Washington, le veto qui plane

Pour être retenu, un candidat doit obtenir neuf voix favorables sur quinze au Conseil de sécurité, sans faire l'objet d'un veto de l'un des cinq membres permanents. Dans ce scrutin hautement stratégique, les États n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts.

Washington est l'inconnue principale. Des élus républicains ont déjà appelé à bloquer Michelle Bachelet en raison de sa défense du droit à l'avortement. Macky Sall, lui, n'essuie pas ce type d'hostilité idéologique frontale — mais il n'a pas non plus de soutien américain déclaré. Dans un contexte où l'administration Trump manifeste une défiance croissante envers le multilatéralisme onusien, la question n'est pas seulement de savoir qui Washington soutiendra, mais si Washington jouera le jeu du consensus ou choisira d'en bloquer un.

Dès le mois de mai, les quinze membres du Conseil de sécurité entament les "straw polls" — des scrutins informels à huis clos utilisant des bulletins marqués "encourager", "décourager" ou "sans opinion". Un seul bulletin rouge émanant d'un membre permanent mettrait fin aux ambitions de n'importe quel candidat.

Pour Macky Sall, naviguer entre Washington, Moscou et Pékin sera l'épreuve décisive. Trois puissances dont aucune n'a de raison structurelle de porter une voix africaine à la tête de l'ONU — sauf si leurs intérêts du moment l'y invitent. C'est ça, la réalité du multilatéralisme qu'il prétend vouloir réformer : pour y entrer, il faut d'abord plaire à ceux qui en tiennent les clés. La décision finale est attendue à l'automne, pour une prise de fonctions le 1er janvier 2027.