Un employé local du Programme alimentaire mondial (PAM) assis sur des sacs de denrées alimentaire dans un hangar à Bor, dans l'État du Jonglei, au Soudan du Sud, le 13 février 2026 ; la livraison d’aide alimentaire dans cette région était bloquée en raison du conflit entre les forces gouvernementales et celles de l’opposition. L'aide est là. Elle n'arrive pas. Autour de lui, 7,8 millions de personnes ont désespérément besoin de manger. C'est tout le paradoxe obscène de ce qui se passe au Soudan du Sud : ce n'est pas une famine par manque de ressources. C'est une famine par choix.
Ce que dit le rapport
Le 28 avril, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) publiait un rapport dont les conclusions dépassent les prévisions les plus pessimistes. 7,8 millions de personnes en situation de crise alimentaire aiguë. 73 000 confrontées à la famine et au risque de mort immédiate dans les États du Haut-Nil et de Jonglei. Environ 2,2 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë — dont beaucoup à Abiemnhom et dans l'État de Jonglei. Sans traitement d'urgence, ces enfants risquent des séquelles physiques et cognitives à vie. Ou la mort.
Des journalistes ont récemment partagé avec Human Rights Watch des photos d'enfants malnutris d'Akobo, dans l'État de Jonglei. Des images que les mots peinent à porter.
Une famine fabriquée
La crise humanitaire au Soudan du Sud n'est pas le produit d'une sécheresse, d'une inondation, d'un accident de l'histoire. Elle est le résultat direct des actions des parties belligérantes — les forces gouvernementales d'un côté, l'Armée populaire de libération du Soudan en opposition (SPLA-IO) de l'autre — qui se font la guerre depuis 2025 dans les États du Haut-Nil et de Jonglei.
Les deux camps ont commis des meurtres illégaux, des viols, des pillages, des incendies de biens civils. Les forces gouvernementales ont bombardé des infrastructures essentielles, dont des hôpitaux. Depuis fin 2025, l'armée a émis une série d'ordres d'évacuation — illégaux dans plusieurs cas en raison de leur portée excessive. Le 6 mars, elle ordonnait aux civils, au personnel de l'ONU et aux organisations humanitaires d'évacuer la ville d'Akobo et son comté dans un délai de 72 heures. 270 000 habitants contraints à fuir. Médecins Sans Frontières contraint de fermer.
L'aide ne passe pas parce qu'on l'empêche de passer. Les sacs restent dans les hangars. Les enfants meurent.
Le blocus de l'aide, crime de guerre
Ce qui se passe au Soudan du Sud a un nom en droit international. Entraver délibérément l'aide humanitaire, utiliser la famine comme méthode de guerre, attaquer des civils et des infrastructures médicales — ces actes sont susceptibles de poursuites devant les juridictions internationales. Le rapport IPC le dit. HRW le dit. La résolution 2417 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée en 2018, l'interdit explicitement.
Et pourtant. Les partenaires du Soudan du Sud — à commencer par les membres permanents du Conseil de sécurité — se contentent de condamner. Avec, note sobrement HRW, « une fréquence accrue ». Des communiqués. Des déclarations conjointes. Des mots.
Pendant ce temps, l'homme du PAM est assis sur ses sacs.
Ce qu'il faudrait faire
HRW est explicite sur les mesures nécessaires : des sanctions ciblées contre les responsables qui entravent l'aide humanitaire, un soutien financier accru aux opérations d'assistance, et un avertissement clair du Conseil de sécurité aux deux parties — gouvernement et opposition — que l'obstruction de l'aide aux civils aura des conséquences réelles, pas seulement rhétoriques.
La communauté internationale a les outils. Elle a les textes. Elle a les preuves. Ce qui manque, ce n'est pas la connaissance de la situation — c'est la volonté d'agir.
7,8 millions de personnes attendent de voir si cette volonté existe.