À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Tibet : une langue meurt, un monde disparaît

Sous couvert d'« harmonisation », Pékin mène une guerre silencieuse contre la culture tibétaine. Et elle commence dans les maternelles. Il existe des formes de violence qui ne font pas de bruit. Pas de bombes, pas de sang visible, pas de champ de bataille photographiable. Juste des enfants qui, semaine après semaine, cessent de répondre à leurs parents dans la langue de leurs ancêtres. C'est ce qui se passe au Tibet, en ce moment, sous nos yeux fermés.

Depuis 2021, une directive du ministère chinois de l'Éducation — pudiquement intitulée Plan d'harmonisation linguistique pour les enfants — impose le mandarin comme unique langue d'enseignement et d'encadrement dans toutes les structures préscolaires des régions à minorités ethniques. Toutes. Y compris au Tibet.

Le mot « harmonisation » mérite qu'on s'y attarde. Il appartient à ce vocabulaire administratif qui habille l'oppression en gestion raisonnable. Harmoniser, c'est effacer les dissonances. Et pour Pékin, la langue tibétaine est une dissonance.

Une ingénierie du silence

Ce plan n'est pas sorti de nulle part. Il est l'aboutissement de décennies de politique éducative méthodiquement construite pour réduire, décennie après décennie, la place des langues minoritaires. L'école primaire d'abord. Le collège. Le lycée. Et maintenant, la maternelle — ce dernier espace où le tibétain pouvait encore vivre dans la bouche des tout-petits.

Les chiffres et les témoignages recueillis par Human Rights Watch en 2025 sont glaçants. Des enfants sortent de maternelle incapables ou peu disposés à parler tibétain, même avec leurs propres parents. En quelques semaines seulement après leur entrée à l'école, certains ont basculé dans un monde exclusivement chinois. Un chercheur en linguistique rapporte le cas d'une fillette qui, lorsqu'on lui parle tibétain, « fait de gros efforts » pour répondre dans sa propre langue maternelle — comme si elle parlait une langue étrangère.

Un responsable tibétain chargé de la mise en œuvre de la politique culturelle confie, au prix d'un courage certain : « Dans une dizaine ou une vingtaine d'années, cette culture aura sans doute disparu pour ne plus subsister que dans les musées. »

Des musées. Voilà où Pékin veut réduire cinq mille ans de civilisation.

L'endoctrinement dès le berceau

Car il ne s'agit pas seulement d'enseigner le mandarin. Il s'agit de former des sujets. Les programmes préscolaires dans les régions tibétaines imposent désormais « l'éducation patriotique » comme pilier central : chants à la gloire de la Chine, célébration des fêtes Han, récitation de classiques chinois, glorification de l'histoire militaire du Parti communiste. Le bouddhisme tibétain ? Absent. Les pratiques culturelles tibétaines ? Invisibles.

Xi Jinping lui-même a posé la doctrine, en 2014 : « L'éducation doit imprégner le sang et toucher l'âme ; elle doit être assimilée dès le plus jeune âge, dès la maternelle. » Tout est dit, sans métaphore. Le sang. L'âme. La maternelle.

Et pour s'assurer de l'efficacité du dispositif, des évaluateurs désignés par le gouvernement testent régulièrement les compétences en mandarin des enfants d'âge préscolaire — en violation, ironie cruelle, des propres réglementations chinoises qui interdisent les examens à cet âge.

Une autorité spirituelle réduite au silence

On ne peut pas parler de l'effacement de la culture tibétaine sans évoquer celui qui en est le symbole vivant — et la cible la plus visible. Le Dalaï Lama, Tenzin Gyatso, a quitté le Tibet en 1959, chassé par l'invasion chinoise. Depuis plus de soixante ans, il gouverne une communauté en exil depuis Dharamsala, en Inde, privé du droit de fouler la terre de son peuple.

Pékin ne se contente pas de l'ignorer. Elle l'insulte, le diabolise, l'accuse de « séparatisme », fait pression sur les gouvernements étrangers pour qu'ils refusent de le recevoir, et multiplie les menaces à peine voilées sur sa succession. Car c'est bien là l'enjeu ultime : le régime chinois a affirmé son droit à désigner lui-même le prochain Dalaï Lama — autrement dit, à nommer le chef spirituel d'un peuple dont il nie l'autonomie. Contrôler la réincarnation. Il fallait oser.

À 89 ans, le Dalaï Lama reste une voix que Pékin ne parvient pas tout à fait à éteindre. Mais le silence qu'on impose à ses fidèles au Tibet, le silence qu'on installe dans la bouche des enfants tibétains dès la maternelle, est aussi une façon de préparer un monde où cette voix ne trouvera plus d'écho. Un berger sans troupeau. Un maître sans élèves capables de l'entendre dans sa propre langue.

Une génération de rupture

Ce qui est en train de se produire au Tibet n'est pas une évolution naturelle des langues. C'est une rupture provoquée, planifiée, légalement sanctionnée depuis la loi de 2026 sur la Promotion de l'unité ethnique, qui pénalise désormais quiconque serait jugé coupable d'« entraver » l'apprentissage du chinois. Défendre sa propre langue est devenu un délit.

La conséquence, au quotidien, est une fracture entre les générations. Des grands-parents qui ne peuvent plus communiquer avec leurs petits-enfants. Des savoirs religieux et culturels qui ne se transmettent plus. Une identité que les enfants apprennent à considérer comme inférieure, hors-norme, hors du temps.

Un chercheur en études tibétaines résume l'état de la situation en quelques mots sobres et terribles : « Tous les enfants de moins de 10 ans parlent chinois entre eux. C'est une cause perdue d'avance — et cela s'est produit en l'espace d'une génération. »

Le silence du monde

Où sont les gouvernements qui s'empressent de défendre les peuples opprimés lorsque ceux-ci sont médiatiquement utiles ? Où sont les organisations internationales qui devraient rappeler à la Chine ses obligations au titre de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant — qui garantit précisément aux enfants des minorités le droit d'utiliser leur propre langue ?

La réponse, on la connaît. Le Tibet est loin. Les caméras n'y ont pas accès. Et la Chine pèse suffisamment lourd dans les équilibres économiques mondiaux pour que l'on choisisse, collectivement, l'aveuglement confortable.

Pourtant, ce qui se passe là-bas nous concerne. Pas seulement au nom des principes universels — bien que cela suffise. Mais parce que la logique qui consiste à effacer une culture par l'école, à formater des enfants pour qu'ils renient leur origine, à criminaliser la différence identitaire, cette logique n'a pas de frontière naturelle.

Nous qui venons de cultures que d'autres ont voulu réduire au silence — africaines, caribéennes, créoles — nous savons ce que signifie la perte d'une langue. Nous savons ce qu'on perd avec elle : les façons de nommer le monde, les savoirs qui n'existent que dans certains mots, les liens qui ne se tissent qu'en certaines langues.

Que reste-t-il quand une langue meurt ?

Les linguistes le disent : une langue n'est pas un simple outil de communication. C'est un système de pensée, une cartographie du monde, une mémoire collective incarnée dans la syntaxe et le vocabulaire. Quand elle disparaît, ce ne sont pas seulement des mots qui s'éteignent — c'est une façon d'être humain qui s'efface.

Le tibétain compte parmi les langues les plus anciennes et les plus complexes de l'humanité. Il porte en lui des siècles de philosophie bouddhiste, de médecine traditionnelle, de poésie, de cosmologie. Tout cela est en train de mourir dans la gorge d'enfants de cinq ans qui apprennent à chanter des chants patriotiques en mandarin.

Il faut le nommer pour ce que c'est : un écocide culturel. Un crime contre l'humanité qui ne laisse pas de cadavres visibles, mais qui produit des orphelins d'eux-mêmes.

Sources : Rapport Human Rights Watch, « Start with the Youngest Children : China Uses Preschools to 'Integrate' Tibetans », 2025. Entretiens réalisés par HRW avec des Tibétains et chercheurs spécialisés, mars-octobre 2025.