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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Tuning sous surveillance : Reims, le prétexte rêvé ?

Un accident à Reims, quatre blessés, et aussitôt la même réponse pavlovienne : interdire. La passion automobile des quartiers populaires est dans le viseur. Encore.

Ça n'a pas raté. À peine les faits de Reims étaient-ils connus — un conducteur de 30 ans fauchant plusieurs personnes lors d'un rassemblement de tuning non autorisé vendredi soir, quatre blessés dont un grièvement, trois hospitalisations — qu'une voix s'élevait déjà pour réclamer l'interdiction des rassemblements de tuning. Pas une enquête approfondie. Pas une réflexion sur les conditions d'organisation. Pas un dialogue avec les passionnés concernés. Une interdiction. Directe. Nette. Propre.

Le conducteur a été mis en examen pour « blessures involontaires aggravées » et placé en détention provisoire — la justice fait son travail. Mais pendant ce temps, une autre mécanique s'est enclenchée, elle aussi parfaitement huilée : celle de la stigmatisation d'une pratique entière à partir d'un fait individuel.

Deux poids, deux mesures

Posons la question qui fâche. Quand des spectateurs sont percutés lors d'un rallye sur route — compétition légale, encadrée, assurée, adoubée par les fédérations officielles —, observe-t-on la même levée de boucliers ? Quand le Paris-Dakar, devenu Dakar Rally, a semé sur ses décennies de course un bilan humain considérable — concurrents, assistants, spectateurs, riverains africains trop souvent oubliés des comptages —, a-t-on réclamé l'interdiction des raids automobiles ?

La réponse est non. Et cette asymétrie dit tout.

Les rallyes sur route, c'est la France profonde, les drapeaux au bord des virages, la baguette et le camping-car. Le tuning, c'est les cités, les sono à fond, les capots aérographiés, les jeunes qui ont les mains dans le cambouis faute d'avoir les moyens de les mettre ailleurs. Même passion mécanique, même prise de risque potentielle — traitement radicalement différent quand l'accident survient.

Ce n'est pas un procès d'intention. C'est un constat documenté par les faits.

Une culture populaire qui dérange

Le tuning, c'est la passion automobile des classes populaires. Des jeunes qui investissent leur temps, leur argent, leur créativité dans des véhicules transformés, personnalisés, travaillés pièce par pièce. C'est une culture avec ses codes, ses réseaux, ses rassemblements qui font vivre des territoires le temps d'un week-end. Et comme toute culture populaire qui prend de l'ampleur, qui occupe l'espace public, qui fait du bruit — au sens propre comme au figuré —, elle inquiète avant même que le moindre incident ne survienne.

L'accident de Reims s'est produit lors d'un rassemblement non autorisé : c'est un fait important. Mais la conclusion à en tirer n'est pas l'interdiction de tous les rassemblements — c'est précisément l'inverse : mieux vaut des événements encadrés, autorisés, sécurisés, que des concentrations sauvages où personne ne maîtrise rien. Interdire le légal ne fait pas disparaître l'illégal. Ça le renforce.

La logique du prétexte

Cette séquence a une histoire. Elle a servi à encadrer les free parties dans les années 1990. À réguler les rodéos urbains. À surveiller les barbecues de quartier devenus trop visibles. À chaque fois, le même schéma : un événement dramatisé, une communauté désignée, une loi votée dans l'urgence émotionnelle. Et au bout du compte, des pratiques qui continuent — mais dans l'illégalité, sans interlocuteurs, sans dialogue possible. Avec, paradoxalement, plus de risques qu'avant.

Encadrer, oui. Interdire, non.

La question n'est pas faut-il tolérer ces rassemblements ? mais comment les organiser de manière à minimiser les risques ? Des circuits dédiés, des partenariats avec les fédérations automobiles, des protocoles co-construits avec les organisateurs : les outils existent. Ils supposent du dialogue et un minimum de volonté politique. Beaucoup moins spectaculaire qu'une annonce d'interdiction — mais infiniment plus efficace.

Quatre personnes blessées à Reims, c'est quatre de trop. Mais la réponse à un accident, ce n'est pas l'effacement d'une culture. C'est la construction d'un cadre.