À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Vie chère aux Antilles : quand le RN joue au pompier pyromane

Le Rassemblement National s'empare de la question de l'octroi de mer et de la vie chère dans les Outre-mer. Derrière les 29 recommandations d'un rapport parlementaire présenté ce 29 avril à l'Assemblée nationale, une stratégie électorale se dessine : conquérir les voix de la diaspora antillaise avant 2027.

Il y a des ironies politiques qui méritent qu'on s'y arrête. Ce 29 avril 2026, la conférence de presse présentant le rapport d'information sur « l'évolution du pouvoir d'achat en France depuis 2017 » était estampillée Rassemblement National. Co-rédigé par Robert Le Bourgeois (RN, Seine-Maritime) et Thierry Benoit (Horizons, Ille-et-Vilaine), ce document de 80 pages accorde un volet entier à la vie chère dans les Outre-mer. Un geste politique rarement vu de la part d'un parti dont l'histoire avec les populations ultramarines et leur diaspora est, pour dire le moins, compliquée.

Le constat posé par les rapporteurs est juste. Les prix dans les territoires ultramarins sont en moyenne 30 % plus élevés que dans l'Hexagone. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion : des décennies de rapports, de commissions, de promesses. Et une réalité qui ne change pas. « La vie en Outre-mer est devenue tellement chère que même la situation ne s'inverse plus », alerte Le Bourgeois. Difficile de le contredire sur ce point.


L'octroi de mer : une cible facile, une réalité complexe

La recommandation numéro 12 du rapport appelle à une « réforme profonde » de l'octroi de mer. Le député Le Bourgeois va jusqu'à affirmer que sans cette réforme, il n'y aura « pas d'amélioration » sur le coût de la vie. La solution avancée pour compenser les pertes fiscales : la dotation globale de fonctionnement (DGF). Simple sur le papier. Problématique dans les faits.


Rappel pédagogique nécessaire : l'octroi de mer n'est pas une taxe perçue par l'État central. C'est une taxe douanière régionale, instituée par la loi de 1992, dont les recettes vont directement aux collectivités territoriales ultramarines. En Martinique, en Guadeloupe, à La Réunion, elle représente entre 35 % et 45 % des recettes fiscales propres des régions. Elle finance les écoles, les routes, les services publics de proximité.


« Supprimer ou réduire drastiquement l'octroi de mer sans garantie de compensation pérenne, c'est déshabiller Pierre pour habiller Paul — et laisser les collectivités ultramarines dépendantes du bon vouloir budgétaire de Paris. »


La DGF, justement. 

Cette dotation est depuis des années la variable d'ajustement des budgets de l'État. Elle a été amputée de plusieurs milliards d'euros entre 2014 et 2017 sous les gouvernements Valls et Cazeneuve. Elle est structurellement sous-dotée. Proposer de « compenser via la DGF » une réforme de l'octroi de mer, c'est promettre de remplacer une recette garantie par une subvention négociable — et soumise aux aléas politiques de chaque loi de finances.


Les élus ultramarins eux-mêmes sont divisés sur la réforme de l'octroi de mer. Certains entrepreneurs locaux, à l'inverse, pointent que cette taxe protège aussi les productions locales face aux importations, en les exonérant partiellement. Supprimer cet outil sans réforme structurelle de l'économie ultramarine pourrait, paradoxalement, fragiliser davantage les producteurs locaux face à la grande distribution et aux importateurs hexagonaux.


L'agriculture locale : une bonne idée, un long chemin

L'autre piste des rapporteurs : développer les productions agricoles locales pour alléger le panier des Ultramarins. L'intention est louable. Les filières agricoles locales — banane, canne à sucre, maraîchage — souffrent depuis des décennies d'un manque d'investissement, de la concurrence déloyale des importations, et de structures foncières héritées de l'histoire coloniale que personne dans ce rapport ne semble vouloir nommer. Une agriculture souveraine se construit sur des décennies, pas sur une recommandation parlementaire.


Le rapport invite aussi l'État à réguler la concentration des acteurs économiques dans les territoires d'Outre-mer. Là encore, diagnostic juste. Les grandes surfaces de distribution sont souvent contrôlées par quelques groupes familiaux en situation quasi-monopolistique. L'Autorité de la concurrence l'a documenté. Des lois ont été votées. L'application reste lacunaire. Mais critiquer la concentration économique ultramarine tout en défendant par ailleurs un modèle libéral déréglementé à l'échelle nationale relève d'une certaine acrobatie idéologique.


2027 en ligne de mire : la diaspora comme réservoir électoral

Soyons directs. Ce rapport, présenté sous bannière RN à l'Assemblée nationale, n'est pas un document technique sorti du néant. Il s'inscrit dans une stratégie électorale lisible, cohérente, et qu'il faut nommer.


La population ultramarine en France hexagonale est nombreuse et concentrée dans des bassins électoraux précis : Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Essonne, Val-d'Oise, banlieues de Lyon et de Marseille. On estime à plus d'un million le nombre de personnes originaires des Antilles, de Guyane et de La Réunion vivant dans l'Hexagone. Des citoyens français, qui votent, qui ont de la famille restée au pays, et qui vivent de plein fouet la précarité économique dans les deux sens : celle d'ici et celle de là-bas.


Ce profil d'électorat potentiel n'a historiquement pas voté RN. Les mémoires sont longues. Le parti de Marine Le Pen a été fondé par des nostalgiques de l'Algérie française, a longtemps compté dans ses rangs des figures ouvertement racistes, et a défendu des positions sécuritaires qui ont ciblé, dans les faits, les populations issues des Outre-mer et de l'immigration. La « dédiabolisation » initiée par Marine Le Pen ne suffit pas à effacer ces décennies — mais elle peut, avec le bon packaging, en atténuer la perception chez des électeurs avant tout préoccupés par leur pouvoir d'achat.


« Parler de vie chère aux Antilles depuis un pupitre du RN, c'est tenter d'entrer dans une maison par la fenêtre du ventre — parce que la porte de l'histoire reste fermée. »

— Dreadlocks Tribune


La stratégie est rodée : identifier des préoccupations légitimes et massives (la vie chère, l'abandon des territoires ultramarins par l'État), s'y positionner avec des propositions concrètes — même imparfaites — et construire une présence dans des segments d'électorat jusque-là imperméables. À dix-huit mois de la présidentielle de 2027, chaque voix compte. Y compris celles de la diaspora antillaise de la banlieue parisienne.


Notons au passage la configuration du rapport : Thierry Benoit, co-rapporteur, appartient au groupe Horizons — la famille politique d'Édouard Philippe, lui-même candidat déclaré à la présidentielle. Que son nom figure sur un rapport présenté depuis une conférence de presse RN dit quelque chose de l'état de délitement du centre droit français — et de la capacité du RN à instrumentaliser des alliances de circonstance pour gagner en légitimité institutionnelle.


Ce que le rapport ne dit pas

Ce rapport ne dit pas pourquoi la vie est si chère en Outre-mer depuis si longtemps. Il ne dit pas que cette cherté est aussi le produit de choix politiques nationaux, d'une intégration européenne mal calibrée pour les réalités insulaires, et d'une structure économique coloniale jamais véritablement démantelée. Il ne dit pas que les partis qui ont gouverné la France depuis trente ans — dont les héritiers d'Horizons — ont eu tout le loisir de s'attaquer à ce problème et ont largement failli.


Le rapport ne dit pas non plus ce que le RN ferait concrètement du budget des collectivités ultramarines si la DGF venait à servir de variable d'ajustement supplémentaire lors d'une prochaine loi de finances présentée par un gouvernement d'extrême droite. Ce scénario n'est plus théorique.


La vie chère aux Antilles est un problème réel, documenté, urgent. Il mérite mieux que d'être le faire-valoir d'une opération de séduction électorale. Il mérite des réponses structurelles, des investissements durables, une reconnaissance de la dette historique de l'État envers ces territoires. Pas 29 recommandations présentées depuis un pupitre opportuniste à dix-huit mois du premier tour.