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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Ce jeu d'enfants est devenu le plus grand rendez-vous sportif de Mayotte

À Mayotte, la course de pneus n'a jamais été un simple jeu d'enfants. Depuis quatre décennies, elle est devenue le marqueur le plus puissant de l'identité mahoraise — une fête populaire qui résiste à tout, même aux crises.

Un jeu d'enfant devenu institution

Il suffit d'un pneu usagé et de deux bâtons de bois. Rien d'autre. C'est avec ce matériel que des générations d'enfants mahorais ont appris à courir, à manœuvrer, à gagner. C'est en observant ces jeunes s'amuser à faire rouler des pneus dans les chemins de leur village que Jack Pass, professeur d'EPS d'origine marseillaise, a eu l'idée de transformer ce jeu de rue en défi sportif, en 1984. La manifestation qu'il imagina d'abord pour les jeunes des quartiers défavorisés de Mamoudzou s'est très vite installée dans le paysage socio-culturel et sportif local, attirant un public nombreux et varié où toutes les générations sont représentées. Jack Pass est décédé en août 2020. Il laisse derrière lui ce qui est devenu, selon les mots de ceux qui la vivent chaque année, la « Formule 1 mahoraise ».

La course de pneus est aujourd'hui l'événement sportif le plus important du département, hors football. Ce dimanche 28 juin, Mamoudzou accueille la 42e édition de la grande finale. Près de 750 participants s'élanceront sur le boulevard Mawana-Madi, entre le rond-point Baobab et la place Zakia Madi — soit près de deux kilomètres de bitume, de sueur et de cris. Les 450 enfants de 8 à 12 ans ouvriront la compétition avant les 300 adultes. La traditionnelle course des mamans, la catégorie « gros pneus » pour ceux qui préfèrent manier des pneumatiques de camion, et quatre équipes handisport viendront compléter un programme qui, lui aussi, s'est élargi au fil du temps.

Trarou Moussilawa

Le cri est connu de tous les Mahorais : « Trarou Moussilawa ! Moja, Mbili, Trarou ! » Il rythme l'événement depuis des décennies, scandé par les familles massées le long du parcours, les anciens assis sur les bords des trottoirs, les enfants qui observeront les adultes courir avec la même attention qu'ils apporteront à leur propre épreuve. La mairie de Mamoudzou met un point d'honneur à perpétuer cette tradition. « Tant qu'il y aura une municipalité à Mamoudzou, je pense qu'il y aura la course de pneus », affirmait Zaïdou Tavanday, chargé de mission des grands événements sportifs à la mairie.

Pour assurer le bon déroulement de l'événement, la Ville mobilise près de 200 agents — dont 90 % des effectifs de la police municipale et une cinquantaine d'agents de la propreté. Ce déploiement logistique dit à lui seul le poids de la manifestation dans la vie publique de l'île.

D'un quartier à tout un territoire

Ce que peu de gens savent en dehors de Mayotte, c'est que la course de pneus n'est pas un événement spontané qui se reproduit chaque été. Elle s'est transformée en championnat en 2015, avec des étapes organisées dans les différentes intercommunalités pour qualifier les participants à la grande finale. Chaque intercommunalité accueille désormais une course à laquelle participent 300 enfants, répartis en deux départs distincts selon le genre. Ce maillage territorial fait de la course bien plus qu'un rendez-vous annuel : elle est un calendrier, un rythme, un dénominateur commun à l'échelle de tout l'archipel.

La discipline est même si populaire que les lycéens peuvent la choisir au baccalauréat à l'épreuve d'éducation physique. Ce détail, souvent cité avec fierté, dit quelque chose d'essentiel : à Mayotte, faire rouler un pneu avec deux bâtons n'est pas une curiosité folklorique. C'est une compétence reconnue, transmise, évaluée.

Le poids des jeux qui restent

Dans beaucoup de territoires d'outre-mer, faire rouler un pneu dans la rue a longtemps été un jeu banal — comme la toupie à La Réunion, la bille aux Antilles ou la course de sacs en Polynésie. Ces pratiques ont souvent disparu avec l'arrivée des écrans, des consoles, de la ville qui s'étend. À Mayotte, le pneu a survécu. Ce qui était autrefois une fête de quartier est aujourd'hui un événement organisé par des professionnels durant des mois. Un moment emblématique durant lequel les Mahoraises et les Mahorais retrouvent pendant quelques heures un semblant de normalité où les problèmes du quotidien laissent place à la joie de vivre et à un esprit de communauté retrouvé.

Cette phrase dit beaucoup. Elle dit que la course de pneus a un sens supplémentaire à Mayotte — territoire sous tension permanente, département le plus pauvre de France, secoué ces dernières années par des crises sécuritaires, économiques, humanitaires. Dans ce contexte, la fête résiste. Le pneu roule. Et derrière lui, tout un peuple court.