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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Chambres froides solaires : la technologie tient ses promesses, le capital traîne

Au Kenya comme au Nigeria, des entreprises locales prouvent depuis plusieurs années que l'énergie solaire peut résoudre l'un des problèmes les plus coûteux de l'agriculture africaine. Reste à savoir pourquoi les investisseurs continuent de regarder cette preuve avec méfiance.

L'image a la vie dure : un exploitant courbé sous le soleil, une récolte qui pourrit avant d'atteindre le marché, une agriculture suspendue aux caprices du climat. Cette image n'est pas fausse partout. Mais elle s'arrête là où le terrain a déjà bougé.

Depuis plusieurs années, des entreprises kényanes et nigérianes déploient des chambres froides alimentées par panneaux solaires, installées au plus près des exploitations. Le principe est simple : stocker la récolte à température contrôlée avant son transport, sans dépendre d'un réseau électrique souvent absent ou défaillant. Le résultat, lui, est mesurable.

La perte avant le marché

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), jusqu'à 40 % des denrées produites en Afrique sont perdues entre la récolte et la commercialisation. La cause n'est pas la production, mais la conservation : faute de chambres froides, les producteurs vendent dans l'urgence, parfois à perte, pour éviter de voir la marchandise se détériorer en quelques jours.

Le pari kényan

À Nairobi, l'entreprise SoKo Fresh a construit son modèle sur cette urgence. Sa solution : louer des chambres froides solaires à l'usage, facturées au kilo stocké. Parmi ses clientes, Yvonne Anyonyi Mumiah, directrice de Citadel Agri Merchants à Kitengela, dans le comté de Kajiado, fait pousser romarin et basilic destinés aux supermarchés européens. Elle confie aujourd'hui redouter moins les retards de transport et les pics de chaleur depuis qu'elle stocke sa production dans les unités solaires de l'entreprise.

SoKo Fresh affirme avoir fait passer le taux de pertes de ses clients de 50 % à moins de 2 %, et leur avoir permis de vendre jusqu'à 50 % plus cher au kilo. Des chiffres qui viennent de l'entreprise elle-même, et qu'aucun organisme indépendant n'a pour l'instant vérifiés ligne à ligne — mais qui suffisent à expliquer pourquoi son PDG, Denis Karema, peut aujourd'hui se targuer d'un carnet de clients en expansion à travers le pays.

Owerri, avant Nairobi

Le Nigeria a son propre pionnier, et il a plusieurs années d'avance sur SoKo Fresh. ColdHubs, fondée en 2015 à Owerri, dans l'État d'Imo, par l'entrepreneur Nnaemeka Ikegwuonu, a construit son modèle sur le même principe du paiement à l'usage : louer une chambre froide solaire à la journée plutôt qu'investir dans un équipement individuel hors de portée. L'entreprise revendiquait, dès 2021, une cinquantaine d'unités réparties dans une vingtaine d'États nigérians. Au Rwanda, des dispositifs comparables soutiennent désormais les coopératives laitières dans la collecte du lait ; en Éthiopie, ils accompagnent l'essor des exportations horticoles.

Le vrai goulot d'étranglement

Reste une question que les success stories laissent rarement affleurer : si la technologie fonctionne et que les chiffres sont là, pourquoi les capitaux privés peinent-ils encore à suivre ?

Denis Karema a sa réponse. Les investisseurs, explique-t-il, continuent de juger ces technologies risquées, faute de modèles d'affaires suffisamment éprouvés pour garantir un rendement fiable. Concrètement, l'essor de SoKo Fresh doit une partie de son financement non à des fonds commerciaux mais à des dispositifs à vocation de développement, comme la Productive Use Financing Facility de la Global Energy Alliance for People and Planet (GEAPP). Autrement dit : la preuve technique existe, mais elle reste pour l'instant portée par l'argent du développement plutôt que par celui du marché.

C'est cette dépendance, plus que la technologie elle-même, qui dessine la vraie limite à l'échelle continentale. Tant que le capital privé continuera de pricer le risque africain à l'aune de préjugés plutôt que de résultats vérifiés, chaque chambre froide solaire restera une preuve locale plutôt qu'un mouvement structurel.

Le récit d'une Afrique qui invente ses propres solutions est vrai, et il mérite d'être raconté sans grandiloquence. Mais la vraie histoire, ici, n'est pas que l'innovation existe — elle est documentée depuis dix ans à Owerri. Elle est que cette innovation continue d'attendre, au guichet des banques, une reconnaissance que le terrain lui a déjà accordée.