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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Du drôle au drame : l'étrange destin du drone

Par un singulier jeu de sonorités, les mots « drone », « drôle » et « drame » racontent l'évolution de notre époque. Hier symbole d'innovation et de loisir, le drone est devenu dans l'esprit du public l'une des figures les plus emblématiques de la guerre moderne.

Il y a encore une dizaine d'années, le mot « drone » évoquait surtout l'innovation, la photographie aérienne ou les promesses d'un futur connecté. Les vidéos spectaculaires de paysages filmés depuis le ciel, les livraisons automatisées imaginées par les géants du numérique ou les usages agricoles de précision occupaient alors l'essentiel de l'imaginaire collectif.

Aujourd'hui, la situation a radicalement changé.

Désormais, lorsqu'on prononce le mot « drone », l'image qui surgit spontanément dans l'esprit de nombreuses personnes n'est plus celle d'un appareil de loisir survolant une plage ou une montagne. C'est celle d'un engin de guerre.

Cette évolution du vocabulaire révèle une transformation profonde de notre époque. Comme d'autres technologies avant lui, le drone est passé du statut d'outil civil prometteur à celui de symbole des conflits contemporains.

Les guerres du XXIe siècle ont joué un rôle déterminant dans cette mutation. D'abord utilisé par les armées occidentales pour des missions de reconnaissance ou des frappes ciblées au Moyen-Orient, le drone s'est progressivement imposé comme une arme centrale des conflits modernes. Les images diffusées en continu depuis l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie ou le Yémen ont contribué à associer durablement cet objet à la violence militaire.

Mais c'est surtout avec la guerre en Ukraine que cette association est devenue presque automatique. Pour la première fois, un conflit de haute intensité est observé quotidiennement à travers les images produites par des drones. Des milliers de vidéos montrent des appareils repérant des positions ennemies, guidant l'artillerie ou se transformant eux-mêmes en munitions volantes. Les drones ne sont plus seulement des observateurs du champ de bataille : ils sont devenus des combattants.

Cette évolution a également modifié le langage médiatique. Les reportages ne parlent plus seulement de chars, d'avions ou de missiles. Ils évoquent désormais les drones kamikazes, les essaims de drones, les drones FPV ou les drones de reconnaissance. Ces termes, autrefois réservés aux spécialistes, sont entrés dans le vocabulaire courant.

Le phénomène s'est encore accentué avec la multiplication des attaques de drones dans différentes régions du monde. Du Moyen-Orient à l'Afrique, en passant par les tensions en mer Rouge ou les affrontements entre États, le drone apparaît régulièrement à la une des journaux. Sa présence médiatique dépasse désormais largement celle de ses usages civils.

Cette évolution de l'imaginaire collectif n'est pas anodine. Elle illustre la manière dont une technologie est définie moins par sa nature que par son usage dominant dans l'espace public. Un drone reste fondamentalement un aéronef sans pilote pouvant servir à cartographier des forêts, inspecter des infrastructures, secourir des victimes ou filmer un événement culturel. Pourtant, ces usages sont aujourd'hui largement éclipsés par sa fonction militaire.

L'histoire regorge d'exemples similaires. L'énergie nucléaire évoque davantage les bombes atomiques que la production d'électricité. Internet, autrefois symbole de liberté et de partage des connaissances, est désormais souvent associé à la désinformation ou à la surveillance. Les technologies finissent par être définies par les événements qui marquent les esprits.

Le cas du drone est particulièrement révélateur. En quelques années, il est devenu l'emblème d'une nouvelle manière de faire la guerre : moins coûteuse, plus discrète, plus distante et parfois plus difficile à attribuer. Là où le char incarnait la puissance industrielle du XXe siècle, le drone symbolise la guerre technologique du XXIe.

Cette transformation sémantique est peut-être l'un des signes les plus visibles de notre époque. Le drone n'a pas changé de nature. C'est le regard que nous portons sur lui qui s'est modifié. Et lorsque le premier réflexe associé à un mot devient celui de la guerre plutôt que celui du progrès, c'est souvent le reflet des préoccupations dominantes d'une société.

Le drone continue de photographier des paysages, d'aider les agriculteurs, d'inspecter les ponts et de participer aux opérations de secours. Mais dans l'imaginaire collectif, il est désormais difficile de dissocier son image de celle des conflits qui occupent les écrans du monde entier.

Le mot est resté le même. Son sens, lui, s'est déplacé.