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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Kenya : des travailleurs envoyés mourir en Ukraine au nom de l'«opportunité»

Le scandale du recrutement forcé de Kenyans dans l'armée russe met en cause le ministre du Travail Alfred Mutua. Derrière le discours officiel sur l'emploi diasporique, une mécanique de prédation sur les pauvres.

Erastus Mundia avait 38 ans, trois enfants, et un diplôme universitaire. En juin 2025, il posait en photo aux côtés du ministre kenyan du Travail, Alfred Mutua, qui lui promettait une « opportunité qui allait changer sa vie » — 900 dollars par mois dans une usine de conditionnement alimentaire en Russie. En janvier 2026, il était mort au combat en Ukraine. Sa mère tient toujours sa photo de remise de diplôme dans les mains.

Son histoire n'est pas un accident. C'est un système.

Le programme de l'État, l'uniforme à la place de l'usine

Des centaines de Kenyans ont été recrutés dans le cadre d'un programme officiel de placement professionnel à l'étranger, piloté par le ministère du Travail. À leur arrivée en Russie, les promesses s'évaporent. À la place de contrats civils : des contrats militaires, parfois signés sous la contrainte armée. Une formation militaire expéditive. Et le front ukrainien.

Le gouvernement kenyan reconnaît officiellement 291 cas de « recrutement militaire irrégulier », dont 19 morts et 32 disparus. Mais un rapport des services de renseignement kenyans, consulté par l'AFP, parle de plus de 1 000 cas — et évoque la complicité de responsables gouvernementaux. L'association VOCAL Africa, qui a traité plus de 500 dossiers, estime qu'environ 350 familles ont confirmation du décès de leur proche.

Mutua, l'architecte

Trois sources de haut rang — un fonctionnaire, un responsable sécuritaire, un avocat — désignent Alfred Mutua comme le pivot politique et personnel du dispositif. « Il a signé tous ces accords », dit Odhiambo Ojiro de VOCAL Africa. « C'est Mutua qui était derrière tout ça, mais c'est Festus qui a été pris pour bouc émissaire », confirme un haut responsable des forces de sécurité, en référence à Festus Omwamba — directeur d'une agence de recrutement, lui arrêté et inculpé de traite d'êtres humains.

Mutua, lui, court toujours. Aucune sanction. Aucune inculpation. Il reste ministre.

Ce n'est pas une omission. C'est un choix politique. Le président William Ruto, qui affronte une élection difficile en 2027, a besoin des fiefs électoraux de ses ministres. Mutua contrôle la base de Machakos, aux portes de Nairobi. Les morts de l'Ukraine pèsent moins lourd que les circonscriptions.

L'économie politique de la diaspora comme variable d'ajustement

Le Kenya est structurellement dépendant des transferts de fonds de sa diaspora et de ses travailleurs à l'étranger — plus de 7,7 milliards de dollars l'an dernier. Cette dépendance a fait de l'export de main-d'œuvre une quasi-politique d'État, avec des objectifs chiffrés et une logique de volume. Plus de 400 000 Kenyans ont été placés à l'étranger sous l'ère Mutua au ministère du Travail. Dans ce contexte, les travailleurs ne sont pas des citoyens à protéger : ce sont des devises à expédier.

La Russie n'a fait qu'exploiter une infrastructure préexistante — et trouver en face d'elle des interlocuteurs gouvernementaux disposés à regarder ailleurs, ou à regarder leurs comptes en banque.

L'insulte finale

Lorsque le Kenya a dépêché son ministre des Affaires étrangères à Moscou en mars pour obtenir des garanties, Mutua s'est vu interdire de voyager avec la délégation. « Cela aurait été une insulte envers les victimes », a dit un responsable gouvernemental. L'aveu est complet : même Nairobi sait. Même Ruto sait. Et Mutua est toujours en poste.

« Si le président comprend notre souffrance, il devrait limoger Alfred Mutua et l'envoyer en prison », dit Julius Matee, ami de la famille d'Erastus. Joséphine Ngoya, la mère, ne mange presque plus.

Le Kenya leur avait promis une opportunité. Il leur a envoyé la guerre.


Sources : AFP, VOCAL Africa, rapport des services de renseignement kenyans (consulté AFP)