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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

L'État, le plus mauvais parent de France

Lyhanna, les enfants du périscolaire du 7e arrondissement, et tous ceux dont les noms n'ont jamais fait la une. Derrière chaque affaire, le même constat : la France connaît ses manquements, les a documentés, et choisit de ne pas y remédier. Les recommandations de la CIVIISE dorment dans un tiroir. Les mineurs, eux, dorment dans des hôtels tenus par des proxénètes. Et la Justice, elle, manque de tout.

Il y a des questions que l'on n'ose pas poser à un État. Quel parent place un enfant dans un hôtel où circulent des proxénètes ? Quel parent dit à un mineur qu'il est une priorité absolue, puis lui signifie, le jour de ses 18 ans, qu'il doit partir ? Quel parent accumule des rapports sur ses propres défaillances, reçoit des recommandations précises pour y remédier, et les range soigneusement sans suite ?

La France est ce parent-là.

La CIVIISE : un travail colossal, un résultat nul

En 2023, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants rendait un rapport de référence. Trois ans de travaux, 27 000 témoignages recueillis, des dizaines de recommandations structurées autour d'un constat sans appel : la France échoue systématiquement à protéger ses enfants des violences sexuelles, et cet échec n'est pas une fatalité — il est le produit de choix politiques, de silences institutionnels, d'une culture du déni profondément ancrée dans les sphères familiales, éducatives et judiciaires.

Deux ans plus tard, où en est-on ? Les recommandations de la CIVIISE sont restées, dans leur grande majorité, lettres mortes. Pas de grande loi de protection de l'enfance. Pas de plan de formation systématique des professionnels de l'éducation et de la santé à la détection des violences. Pas de réforme profonde du traitement judiciaire des mineurs victimes. Un comité interministériel ici, une circulaire là — le minimum politique pour afficher une réponse sans en assumer le coût.

Pendant ce temps, les affaires continuent.

Lyhanna, les enfants du 7e, et tous les autres

L'affaire Lyhanna a rappelé brutalement ce que la France préfère oublier entre deux scandales : des mineurs confiés à la protection de l'État se retrouvent exposés à des réseaux de proxénétisme, parfois au sein même des structures censées les accueillir. Des hôtels meublés loués à la nuit par l'Aide sociale à l'enfance, où cohabitent enfants placés et trafics en tout genre. Le placement comme externalisation du risque, pas comme protection.

L'affaire des enfants victimes au sein d'un accueil périscolaire du 7e arrondissement de Paris a ajouté une autre dimension : les violences ne viennent pas seulement des marges du système. Elles viennent aussi de ses agents, de ses encadrants, de ceux à qui la République délègue le soin de ses enfants pendant que leurs parents travaillent. La confiance institutionnelle comme vecteur de prédation.

Ces deux affaires ont eu des noms, des visages, des couvertures de journaux. Combien n'en ont pas ?

38 000 disparitions par an. Et ensuite ?

Les chiffres sont là, publiés chaque année le 25 mai à l'occasion de la Journée internationale des enfants disparus, et chaque année ignorés dans les mêmes proportions. En 2024, 38 477 disparitions de mineurs ont été signalées aux forces de l'ordre en France — soit 105 enfants par jour. Si les fugues reculent nettement, les disparitions qualifiées d'inquiétantes continuent de progresser d'environ 9 % chaque année depuis 2022, avec 1 373 signalements en 2024. France Bleu116 000 Enfants Disparus

Ce qui se cache derrière le mot « fugue » mérite qu'on s'y arrête. Dans les dossiers ouverts par le 116 000, la prostitution est suspectée ou avérée dans 4 % des cas — et ce chiffre dépasse les 30 % lorsqu'il s'agit de jeunes filles en fugue. Des enfants qui « partent » — et qu'on laisse partir, faute de moyens pour comprendre pourquoi. CNEWS

Quant aux affaires résolues : chaque année, près de 10 000 disparitions inquiétantes ne sont pas élucidées. Dix mille. Et ce chiffre ne comptabilise que celles qui ont été signalées. Dans certaines enquêtes, il n'est pas rare de constater l'absence de toute investigation pendant de longs mois, laissant penser à la famille qu'on laisse « pourrir » leur affaire. Des familles qui apprennent souvent tardivement qu'elles ont encore la possibilité de relancer une procédure — et qui n'auraient jamais dû avoir à le découvrir seules. French GendarmerieIHEMI

Une Justice sans moyens, des enfants sans recours

Derrière ces chiffres, il y a une réalité structurelle que la France refuse de nommer clairement : la Justice n'a pas les moyens de protéger ses enfants. Pas par manque de textes — la législation sur les violences faites aux mineurs existe. Par manque de bras, de temps, de postes.

En 2023, 9 126 magistrats étaient en activité en France. Quand l'Allemagne disposait en 2022 de 24,7 juges professionnels et de 7,7 procureurs pour 100 000 habitants, la France n'en comptait que 11,3 juges et 3,2 procureurs — moins de la moitié. La France reste l'un des pays européens les moins dotés en magistrats du parquet, avec 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne d'environ 11,2. Quatre fois moins. Dans le pays des droits de l'homme. assemblee-nationaleEpoch Times

Le nombre de personnels non-juges — greffiers, assistants, secrétaires — est lui aussi très inférieur à la médiane européenne : 37,3 contre 57,9. Le déficit en personnel est global et dépasse les seuls magistrats. Businesscomm

Les promesses ne manquent pas. Alors que 343 créations de postes de magistrats étaient promises pour 2025, seules 125 verront le jour — les postes vacants ne seront même pas comblés. Et la protection judiciaire de la jeunesse, secteur en première ligne face aux mineurs en danger, stagne en termes de moyens réels dans un contexte général d'austérité budgétaire. Syndicat-magistrature

La conséquence est mécanique : des signalements qui s'accumulent sans suite, des juges des enfants qui gèrent des centaines de dossiers simultanément, des délais de traitement qui s'allongent pendant que des enfants attendent, exposés.

Le couperet des 18 ans

Il existe une violence d'État tellement banalisée qu'elle ne fait plus scandale : le décrochage à la majorité. Un jeune suivi par l'ASE depuis l'enfance, accompagné, parfois scolarisé, en voie de stabilisation — et le jour de ses 18 ans, la prise en charge s'arrête. Pas progressivement. Pas avec un filet de sécurité. Parfois du jour au lendemain.

Les dispositifs de contrats jeune majeur existent, mais leur accès est discrétionnaire, inégal selon les départements, soumis à des critères qui excluent précisément les plus vulnérables. Résultat : les anciens enfants placés sont massivement surreprésentés parmi les sans-abri, parmi les personnes incarcérées, parmi ceux qui basculent très vite dans des trajectoires de grande précarité. La protection de l'enfance fabrique, à 18 ans, une nouvelle catégorie d'exclus — ceux qu'elle a elle-même élevés.

La CIVIISE l'avait dit. Les associations de terrain le répètent depuis des années. Les chiffres le documentent. Rien ne change.

Une architecture de l'abandon

La protection de l'enfance en France repose sur une décentralisation qui a produit une inégalité radicale selon le département de naissance. Ce sont les conseils départementaux qui gèrent l'ASE, avec des budgets, des politiques et des cultures institutionnelles qui varient du simple au double. Un enfant né en Seine-Saint-Denis ne bénéficie pas du même niveau de protection qu'un enfant né dans les Hauts-de-Seine. La République une et indivisible n'existe pas pour ses mineurs les plus fragiles.

À cela s'ajoute une pénurie structurelle de familles d'accueil, des foyers saturés où s'entassent des profils aux besoins incompatibles, une rotation des travailleurs sociaux qui empêche toute relation de confiance dans la durée — et au bout de la chaîne, des enfants qui apprennent très vite que l'institution ne sera pas là.

Ce n'est pas un dysfonctionnement. C'est un fonctionnement.

Ce que révèle l'accumulation

Ce qui frappe, dans la succession de ces affaires, ce n'est pas leur singularité. C'est leur répétition. À chaque scandale, les mêmes indignations, les mêmes promesses, les mêmes rapports commandés. Puis le silence, jusqu'à la prochaine affaire.

La France sait ce qu'elle fait à ses enfants les plus vulnérables. Elle l'a mesuré, expertisé, rapporté. Elle a choisi de continuer.

Un enfant, c'est sacré

Il nous reste, à nous — citoyens, voisins, professeurs, médecins, éducateurs, amis — une responsabilité que l'État a abdiquée. Celle de regarder. Celle de signaler. Celle de ne pas détourner les yeux quand un enfant semble mal, quand une situation semble anormale, quand quelque chose ne va pas.

Les dispositifs de signalement existent : le 119 — Allô Enfance en Danger — répond 24h/24. Le 116 000 est dédié aux disparitions. Ces numéros ne sont pas réservés aux professionnels. Ils sont faits pour tout le monde.

Parce que si l'État a démontré qu'il était incapable d'être ce parent que chaque enfant mérite, la vigilance collective reste le dernier rempart. Un enfant qui disparaît, c'est peut-être l'enfant du voisin. Un enfant qui a peur, c'est peut-être l'enfant qu'on croise chaque matin.

Un enfant, ça ne se négocie pas. Ça ne se budgétise pas. Ça ne se laisse pas tomber à 18 ans au nom d'un seuil administratif.

Un enfant, c'est sacré. Et il est temps que ce pays s'en souvienne.