Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël lançaient des frappes massives sur l'Iran. En moins de quatre mois, le détroit d'Ormuz était bloqué, le prix du pétrole flambait, et les monarchies du Golfe signaient des contrats d'armement américains pour plusieurs dizaines de milliards de dollars. Une séquence que certains analystes lisent désormais comme une opération commerciale planifiée autant que militaire.
La nuit du 28 février : une attaque sans préavis diplomatique
Dans la nuit du 28 février 2026, les forces américaines et israéliennes déclenchent une opération militaire conjointe de grande ampleur contre l'Iran, baptisée côté américain « Fureur épique » et côté israélien « Lion rugissant ». Des dizaines de frappes israélo-américaines frappent plusieurs villes iraniennes dans les premières heures, concentrées autour de Téhéran et sur un axe nord-ouest/sud-est traversant le pays. L'attaque entraîne la mort de l'ayatollah Ali Khamenei dans la nuit du 28 février.
La riposte iranienne est immédiate et sans discrimination géographique. Téhéran lance des centaines de drones et de missiles balistiques non seulement vers Israël, mais aussi vers les bases militaires américaines dans le golfe Persique, situées en Jordanie, au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, en Irak, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis — notamment la base aérienne d'Al Udeid au Qatar, celle d'Ali Al Salem au Koweït et la base d'Al Dhafra aux Émirats arabes unis.
À Bahreïn, le quartier général de la cinquième flotte des États-Unis est directement visé, provoquant des explosions visibles depuis la capitale Manama. L'Iran cible également des infrastructures civiles, notamment les aéroports internationaux du Koweït et des Émirats arabes unis. Aux Émirats, les aéroports de Dubaï et d'Abou Dabi sont frappés par des missiles et des drones, entraînant un bilan humain lourd parmi les voyageurs. En Arabie saoudite, certaines opérations de la gigantesque raffinerie de Ras Tanura, sur la côte du Golfe, sont interrompues après une attaque. Au large d'Oman, un pétrolier est touché, faisant un mort.
Ce conflit ne se limite plus à un face-à-face bilatéral. De la Syrie au Liban, en passant par l'Irak, la Jordanie et la péninsule arabique, l'ensemble du Moyen-Orient se trouve concerné.
Le détroit d'Ormuz : quand 20 % du pétrole mondial disparaît
À partir du 4 mars 2026, les forces iraniennes déclarent le détroit d'Ormuz « fermé », menaçant et attaquant les navires tentant de le traverser. Le Royaume-Uni signale dix attaques contre des navires en une semaine, avec cinq membres d'équipage tués sur deux bâtiments.
Le détroit d'Ormuz est le principal goulet d'étranglement énergétique de la planète. Avant la fermeture, environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié y transitait. Sa fermeture de facto provoque une flambée immédiate des prix. La crainte d'un blocage à long terme pousse le prix du baril à frôler les 120 dollars en début de semaine avant une légère stabilisation.
Trump affirme mi-mars que les États-Unis ont déjà détruit 100 % des capacités militaires iraniennes, mais admet qu'il est facile pour Téhéran d'envoyer un drone ou deux, de poser une mine, ou de tirer un missile de courte portée dans ce couloir maritime, « peu importe leur niveau de défaite ». Cette reconnaissance publique de l'impuissance américaine à sécuriser le détroit sera, quelques semaines plus tard, un argument de vente.
Le Venezuela : la pièce du puzzle acquise avant la tempête
Pour comprendre la séquence, il faut remonter au 3 janvier 2026, sept semaines avant les frappes sur l'Iran. Ce jour-là, des forces spéciales américaines capturent le président vénézuélien Nicolás Maduro lors d'un raid à Caracas. Le président Trump annonce dans les heures suivantes le besoin d'un « accès total » au pétrole du pays.
Le choix du Venezuela n'est pas anodin. Le pays abrite les plus importantes réserves confirmées de pétrole brut de la planète, estimées à 303 milliards de barils en 2024 selon l'OPEP, soit environ 18 % des réserves mondiales — devant l'Arabie saoudite avec 267 milliards de barils et l'Iran avec 209 milliards.
À aucun moment au cours de l'opération vénézuélienne, il n'est question de nier que le contrôle du pétrole était l'un des principaux moteurs des actions de l'administration Trump. Quelques heures après les frappes militaires et la capture de Maduro, Trump proclame que « de très grandes compagnies pétrolières américaines allaient s'implanter dans le pays, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à faire gagner de l'argent au pays ».
Une semaine après la capture de Maduro, Trump réunit à la Maison Blanche les dirigeants des grands groupes pétroliers américains — Chevron, ExxonMobil — pour les embarquer dans sa stratégie de mise sous tutelle du Venezuela. Les États-Unis disposent ainsi, avant de déclencher la crise iranienne, d'une source alternative aux approvisionnements du Golfe. Quand le détroit d'Ormuz ferme, Washington contrôle les plus grandes réserves prouvées du monde. L'incertitude énergétique mondiale profite à ceux qui en sont à l'abri.
La logique du vendeur : créer le besoin, puis proposer la solution
La troisième phase du conflit révèle une mécanique que les analystes des marchés reconnaissent mais que la rhétorique géopolitique habituelle peine à nommer clairement. Dès mi-mars, Trump invite les pays affectés — Chine, France, Japon, Corée du Sud, Royaume-Uni et autres — à envoyer des navires pour sécuriser le détroit d'Ormuz, affirmant que les États-Unis continueront à bombarder le littoral iranien et à cibler les navires de Téhéran.
En parallèle, Washington accélère les ventes d'armes. Les États-Unis font avancer environ 23 milliards de dollars en accords de défense à destination des Émirats arabes unis, du Koweït et de la Jordanie. Un paquet de plus de 16 milliards comprend des systèmes de défense aérienne, du matériel radar et des munitions. Le Koweït bénéficie d'un système intégré de commandement des opérations évalué à 2,5 milliards de dollars. Les principaux contractants incluent BAE Systems, RTX, Lockheed Martin et Northrop Grumman.
L'administration Trump recourt à des dérogations d'urgence pour accélérer des ventes d'armes controversées à Israël et aux pays du Golfe, court-circuitant le contrôle du Congrès, en arguant que ses partenaires stratégiques ont un besoin urgent de ces armements.
La démonstration est cruelle dans sa clarté : neuf pays qui abritaient des bases américaines depuis des décennies, et payaient pour cette protection, ont tous été frappés simultanément. Aucun système de défense collectif n'a fonctionné à l'échelle du théâtre d'opérations. Malgré leur non-implication directe dans le conflit, plusieurs pays du Golfe ont été visés par des missiles et des drones iraniens, renforçant leur besoin en capacités de défense propres. Chaque monarchie du Golfe tire la même conclusion : elle a besoin de son propre système, indépendant de la protection collective américaine qui a démontré ses limites.
L'accord de juin : vendre ce qui était déjà ouvert
Le 15 juin 2026, un accord provisoire entre Washington et Téhéran est annoncé. Cet accord prolongerait de 60 jours supplémentaires le fragile cessez-le-feu d'avril et permettrait la réouverture du détroit d'Ormuz. Trump déclare qu'il exclurait toute arme nucléaire pour Téhéran, et un responsable américain précise qu'il permettrait à l'Iran de vendre du pétrole dès sa signature.
La date n'est pas sans ironie. Le 15 juin 2026, c'est aussi le cœur de la Coupe du monde de football, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique — le plus grand événement commercial de la planète, qui génère à lui seul plusieurs dizaines de milliards de dollars de retombées économiques et mobilise une audience de plusieurs milliards de téléspectateurs. Pendant que les stades américains affichaient complet et que les droits de diffusion battaient des records, Washington annonçait en parallèle la résolution d'une crise énergétique mondiale de son propre fait. Deux opérations commerciales menées simultanément, l'une sportive, l'autre géopolitique — la même semaine, sur le même sol.
Les détails de l'accord prévoient que les forces militaires américaines se retirent des abords de l'Iran et que la marine américaine lève son blocus du détroit d'Ormuz. Autrement dit : Washington engage des milliards, déclenche une crise mondiale de l'énergie, et obtient en retour la réouverture d'un détroit que l'Iran contrôlait déjà avant le 28 février. L'accord prévoit que le détroit d'Ormuz soit à nouveau opérationnel sous gestion iranienne dans un délai d'un mois.
Le Brent chute sous la barre des 80 dollars le baril, son plus bas depuis trois mois, réagissant à l'annonce de la réouverture. Les marchés soulagés ; les clients du Golfe déjà engagés dans leurs nouveaux contrats d'armement.
Ce que les chiffres racontent
La séquence produit un bilan lisible. Le Venezuela détient 303 milliards de barils de réserves prouvées, représentant environ 17 % des réserves mondiales totales, désormais sous influence américaine directe. Les ventes d'armes au Golfe franchissent, selon les estimations compilées entre mars et mai 2026, le seuil de 25 milliards de dollars en quelques semaines. Pour les sociétés militaro-industrielles et les pays exportateurs d'armes, il s'agit d'un marché de plusieurs milliards de dollars qui se développe à chaque nouvelle escalade.
Il faut néanmoins noter que le tableau n'est pas entièrement maîtrisé. Une étude du cabinet Rystad Energy estime que les réserves réellement exploitables du Venezuela ne seraient que de 30 milliards de barils, soit dix fois moins que les chiffres officiels, en raison de la nature du pétrole vénézuélien — bitumineux, dense, coûteux à extraire — et que 53 milliards de dollars d'investissements seraient nécessaires pour maintenir la production actuelle sur 15 ans. Le levier pétrolier vénézuélien est réel mais sa rentabilité reste soumise à des contraintes techniques et économiques considérables.
Une grille de lecture commerciale, pas morale
Ce qui distingue cette séquence des crises du Golfe précédentes, c'est la cohérence de la logique sous-jacente. La guerre d'Iran de 2026 ne ressemble pas à l'invasion de l'Irak en 2003, fondée sur une justification idéologique qui s'effondra rapidement. Elle ressemble davantage à une opération commerciale structurée en phases : sécuriser d'abord une source d'approvisionnement alternative (Venezuela, janvier), déclencher ensuite une crise énergétique qui rend les clients captifs (détroit d'Ormuz, mars), vendre simultanément la protection dont la crise a démontré l'insuffisance (contrats d'armement, mars-mai), puis négocier un accord qui restaure le statu quo ante en le présentant comme une victoire (juin) — le tout pendant que les écrans du monde entier étaient braqués sur les stades américains.
Cette lecture n'implique pas que la guerre ait été entièrement scriptée. Les conflits armés produisent toujours des effets non désirés — morts civils, déstabilisation régionale, récessions économiques — que nul état-major ne planifie avec précision. Mais elle implique que le cadre dans lequel les décisions ont été prises était d'abord commercial, et que la diplomatie, les alliances et la sécurité collective ont fonctionné comme des instruments de ce cadre plutôt que comme ses finalités.
Les neuf pays frappés par l'Iran en représailles de frappes auxquelles ils n'avaient pas participé ont découvert, en quelques nuits, que l'ombrelle de sécurité américaine ne les couvrait pas individuellement. Ils en tirent désormais les conséquences en dollars, signant des contrats avec les mêmes fournisseurs d'armes américains dont les systèmes n'ont pas empêché les explosions sur leurs aéroports et leurs bases. C'est peut-être la définition la plus précise d'un marché captif : celui où le vendeur est aussi le seul recours disponible après le sinistre.