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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

La Marine recrute les fils de l'Empire, pourvu qu'ils restent en bas à droite

 

Sur l'affiche vichyste publiée par la Marine nationale, trois profils racialisés figurent en bas à droite — les cibles du recrutement colonial. Quatre-vingts ans plus tard, la question s'impose : ces profils ont-ils accédé au commandement, ou servent-ils encore dans les rangs ?

Regardez bien l'affiche. Pas seulement le marin au garde-à-vous, pas seulement la légende — "Pour garder l'Empire que tes ancêtres ont fondé". Regardez en bas à droite. Trois profils. Un homme noir, un homme basané, un homme aux traits asiatiques. La composition n'est pas innocente : ce sont les cibles du recrutement. L'Empire avait besoin de corps. Il savait où les trouver.

Cette affiche date de 1942. Elle a été produite sous le régime de Vichy. Et en juin 2025, la Marine nationale l'a publiée sur son compte Instagram de recrutement — sans contexte, sans mise en garde, comme si de rien n'était. L'épisode a provoqué un tollé, les affiches ont été retirées, l'État-major a parlé d'"erreur". Mais l'erreur, justement, invite à poser une question que personne dans la chaîne de commandement ne semble s'être posée : qu'est-il advenu des héritiers de ces trois profils ? Servent-ils toujours dans les rangs, ou certains ont-ils fini par commander ?

Des amiraux très français

La réponse est dans les décrets. Chaque nomination d'officier général est publiée au Journal officiel — c'est public, accessible, vérifiable. Nous avons épluché les décrets de nomination et d'affectation de la Marine nationale sur les années 2023, 2024 et 2025. Le corpus est éloquent par lui-même.

Amiraux, vice-amiraux d'escadre, contre-amiraux promus sur cette période : Vandier, Moreau, Malbrunot, Polderman, Lucas, Petit, Lapointe, Hamelin, Dreher, D'Andigné, D'Hébrail, Lambropoulos, Poitou, Bechler, Charpy, Grente, Arnoux... La liste est longue. L'homogénéité frappe.

Précisons d'emblée la limite de la méthode : un nom ne dit pas tout d'une origine. Il existe des Antillais aux patronymes bretons, des Réunionnais aux noms normands — héritage direct de la colonisation et de l'esclavage, qui ont imposé leurs noms aux colonisés. L'analyse onomastique n'est donc pas une preuve. Mais elle est un signal. Et ce signal, sur deux ans de promotions au sommet de la hiérarchie de la Marine nationale, est d'une clarté troublante : pas un nom à consonance antillaise, guyanaise, réunionnaise, africaine ou polynésienne parmi les promus aux grades d'officier général.

Nous avons sollicité la Marine nationale pour obtenir des données officielles sur la répartition géographique d'origine de ses officiers supérieurs. Sans surprise, aucune réponse n'est venue. En France, l'armée se réfugie derrière le principe républicain de non-statistiques ethniques pour ne pas avoir à répondre à des questions qui fâchent. Ce silence n'est pas une preuve. Mais les rares chiffres publics disponibles, eux, parlent.

Une pyramide à l'envers

Les données sont là, éparses, enfouies dans des rapports parlementaires et des études académiques que personne ne compile jamais en un seul tableau. Compilons-les.

Les jeunes originaires des Outre-mer ne représentent que 1,1 % des jeunes en emploi dans l'Hexagone. Mais ils constituent 5,7 % des jeunes employés dans la police ou l'armée. Surreprésentés d'un facteur supérieur à cinq dans les métiers de la force publique par rapport à leur poids dans la population active jeune. Et parmi les jeunes Ultramarins vivant en métropole, 13,9 % travaillent dans la police ou l'armée — contre 3,2 % pour les autres jeunes. Ces chiffres ne sont pas des accusations : ils sont les traces d'une réalité sociale bien documentée. Quand les portes du marché du travail civilian se ferment, l'uniforme reste ouvert. L'armée recrute là où les autres employeurs discriminent.

Mais voilà ce que ces mêmes données précisent, et c'est là que la démonstration bascule : les Ultramarins sont particulièrement représentés parmi les hommes du rang — les grades les plus bas de la hiérarchie militaire. Pendant ce temps, le Parlement lui-même a reconnu en 2023, dans un amendement à la loi de programmation militaire, que les élèves originaires des territoires ultramarins "restent sous-représentés dans les écoles d'officiers" — principal vivier du futur commandement.

La pyramide est donc documentée à chaque étage. En bas : surreprésentation massive. En haut : sous-représentation officiellement reconnue. Au sommet — les amiraux, les généraux, ceux qui commandent — les données publiques détaillées n'existent pas, ou du moins ne sont pas communicables. Ce qui est en soi une réponse.

On pourrait objecter qu'il manque les chiffres précis : le pourcentage d'Ultramarins à l'École navale, à Saint-Cyr, parmi les officiers généraux. Ces données existent probablement dans les rapports du Haut Comité d'évaluation de la condition militaire ou dans des auditions parlementaires. Nous les avons cherchées. Elles ne sont pas accessibles au public. Une institution qui promeut la diversité dans ses affiches de recrutement et protège ses statistiques de commandement derrière l'opacité administrative dit, à sa façon, tout ce qu'il y a à savoir.

Un plan, de l'inertie, et une culture de l'entre-soi

Ce que le silence institutionnel ne dit pas, les chercheurs et les parlementaires l'ont documenté depuis des années.

En 2008, le ministère de la Défense adoptait un Plan d'égalité des chances, officiellement destiné à favoriser l'ascension vers la haute hiérarchie militaire de jeunes issus de l'immigration, des Outre-mer et des milieux défavorisés. Dix ans plus tard, le JDD dressait un bilan sans appel : inertie. Le plan avait été progressivement délaissé, pas seulement pour des raisons budgétaires, mais en raison d'une "culture prégnante de l'entre-soi au sommet de la hiérarchie". Le plan d'égalité des chances n'a pas échoué par manque de moyens. Il a été abandonné par manque de volonté.

La structure est donc documentée depuis longtemps : diversité en bas, homogénéité en haut. Les descendants des colonisés et des Ultramarins rejoignent les rangs en nombre — l'armée les recrute activement, elle en a besoin. Le Service militaire adapté aux Antilles, en Guyane, à La Réunion, en Polynésie en est l'instrument explicite : capter la jeunesse ultramarine en situation de décrochage, la former dans un cadre militaire, lui offrir une insertion. Personne ne dit que c'est mal. Mais la pyramide se resserre à mesure qu'on monte. Le chercheur Elyamine Settoul, spécialiste de l'immigration postcoloniale en milieu militaire au CNAM, a mis en évidence ce que les institutions peinent à nommer : des mécanismes d'endorecrutement au sommet, et une rhétorique de la diversité mobilisée pour recruter en bas sans transformer la structure du commandement.

"Je pensais qu'il n'y avait pas de racisme"

Les témoignages recueillis par les chercheurs sont édifiants. Dans une enquête publiée par la revue Migrations Société, un militaire confie avoir choisi son arme précisément pour fuir les discriminations à l'embauche dans le civil. "Militaire, c'est carré", dit-il. "Je pensais qu'il n'y avait pas de racisme." La désillusion ne vient pas de la hiérarchie officielle — qui, elle, tient le discours de la diversité — mais de l'encadrement intermédiaire, des sous-officiers, des militaires du rang. Le racisme ordinaire prospère dans les angles morts que la grande muette refuse de regarder.

Un autre témoignage, dans la même étude, résume à lui seul la tension structurelle : un officier, fils d'un haut gradé algérien, raconte avoir passé des années à expliquer à ses recrues des quartiers que "la France n'était pas comme ça". Avant d'admettre, a posteriori : "Vous aviez raison, les gars."

Ce n'est pas la Marine seule qui est en cause — c'est l'ensemble des forces armées françaises. Mais la Marine a une singularité : c'est elle qui a jugé bon de ressortir, pour ses 400 ans, des affiches ciblant explicitement des profils racialisés comme chair à recruter. Et c'est elle qui n'a toujours pas répondu à la question que ces affiches posent en creux.

L'Empire recrute. La République commande.

Il y a une continuité que personne dans l'État-major ne voudra nommer. L'Empire colonial recrutait des "indigènes" pour servir sous les ordres de Blancs. La République post-coloniale recrute activement des jeunes des Outre-mer et des quartiers — et les oriente structurellement vers les grades subalternes, pendant que le commandement reste entre les mêmes mains qu'avant.

L'affiche de 1942 n'est pas un document d'archive. C'est un miroir. Et ce que ce miroir reflète, quatre-vingts ans plus tard, n'a pas autant changé qu'on voudrait le croire.

La Marine nationale a retiré ses affiches. Elle n'a pas répondu à nos questions. Peut-être parce que les réponses, justement, ressembleraient trop à l'image qu'elle a voulu effacer.


Sources : décrets de nomination et d'affectation d'officiers généraux, Journal officiel / Légifrance (2023-2025) ; François Clemenceau, "Armée : pourquoi les généraux résistent à la diversité", JDD, 2018 ; amendement DN71 à la LPM 2024-2030, Assemblée nationale, mai 2023 ; Elyamine Settoul, travaux sur l'immigration postcoloniale en milieu militaire, CNAM ; enquête Migrations Société, 2010 ; enquête Agora Débats/Jeunesses, 2023.