Le World Wealth Report 2026 de Capgemini confirme une hausse de 4,1 % du nombre de millionnaires sur le continent africain. Le Maroc mène la danse avec +16,8 %. Des chiffres qui méritent d'être lus avec le bon bout de la lorgnette.
La trentième édition du World Wealth Report de Capgemini, publiée le 4 juin 2026, enregistre une augmentation de 8,7 % du patrimoine des particuliers fortunés au niveau mondial en 2025, atteignant un niveau record de 98 300 milliards de dollars — la plus forte hausse annuelle depuis 2018. Le nombre de millionnaires dans le monde a progressé de 7,9 % pour atteindre 25,3 millions de personnes, soit près de deux millions de plus qu'en 2024.
L'Afrique suit cette tendance globale — mais à sa propre vitesse.
Le Maroc, locomotive inattendue
Le continent africain affiche une croissance de 4,1 % de sa population fortunée, dépassant le Moyen-Orient, seule région du monde à reculer (-1,4 %), pénalisée par la baisse des cours du pétrole et les tensions géopolitiques persistantes.
Au sein du continent, un pays sort du lot. Le Maroc enregistre la progression la plus rapide d'Afrique, avec une hausse de 16,8 % de sa population de millionnaires. Capgemini attribue cette dynamique à la hausse des prix des métaux précieux, dont le Maroc — premier producteur africain d'argent et acteur du phosphate — a bénéficié directement, mais aussi à l'expansion de son secteur des services financiers et à la progression des valeurs immobilières, notamment à Casablanca et Marrakech.
Ces éléments s'inscrivent dans une tendance plus longue. L'Africa Wealth Report 2025 de Henley & Partners classait déjà le Maroc troisième pays africain par le nombre de millionnaires résidents, avec 7 500 individus, et Marrakech figurait parmi les villes du continent ayant connu la plus forte croissance de résidents fortunés.
Des chiffres à contextualiser
Être millionnaire au sens Capgemini du terme ne signifie pas posséder une villa sur la Côte d'Azur. La définition retenue est celle de personnes disposant de plus d'un million de dollars d'actifs investissables, hors résidence principale. Un seuil qui, dans les économies du Nord, représente un patrimoine solide mais loin de l'opulence. En Afrique, il désigne une minorité infime dans des pays où la majorité de la population vit encore sous des seuils de pauvreté que ces mêmes rapports ne mesurent pas.
La hausse du nombre de millionnaires africains est donc réelle — mais elle dit peu sur la répartition des richesses au sein du continent. Elle dit beaucoup, en revanche, sur les secteurs qui captent la valeur : les matières premières d'abord, l'immobilier ensuite, la finance en renfort. Trois secteurs dont les bénéfices restent concentrés, et dont les liens avec les économies extractives héritées de la période coloniale méritent d'être nommés.
À l'échelle mondiale, les ultra-fortunés — ceux disposant d'au moins 30 millions de dollars — progressent encore plus vite que les millionnaires ordinaires : leur nombre a augmenté de 9,4 % pour atteindre environ 250 000 personnes dans le monde, leur fortune s'appréciant de 9,7 %. L'enrichissement se concentre au sommet, y compris sur le continent africain.
Ce que le rapport ne dit pas
Le World Wealth Report est un outil de la gestion de patrimoine, produit par un cabinet de conseil pour ses clients institutionnels. Il mesure avec précision ce qui l'intéresse : le nombre de personnes capables d'investir, leur appétit pour les actions ou les actifs alternatifs, leur rapport aux nouvelles technologies financières. Il ne mesure pas les inégalités, les transferts illicites de capitaux, ni l'évasion fiscale — phénomènes pourtant massifs sur un continent qui, selon les estimations de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, perd chaque année plus de 88 milliards de dollars en flux financiers illicites.
La croissance du nombre de millionnaires africains est une réalité. Elle coexiste avec une autre réalité, moins médiatisée : celle d'un continent qui continue d'exporter sa richesse plus qu'il ne la retient.