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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

L'Europe a construit son ICE. En silence.

Un règlement européen sur les expulsions vient d'être adopté dans l'indifférence quasi générale. Perquisitions à domicile, détention jusqu'à 30 mois, centres offshore, familles séparées. Pendant que les opinions publiques regardaient ailleurs, l'UE a décidé de qui peut rester — et comment faire partir les autres.

Aucun référendum. Aucune consultation populaire. Aucune campagne d'information. Un accord conclu un lundi entre trois institutions technocratiques — le Conseil européen, le Parlement européen et la Commission —, et c'est fait. La nouvelle directive européenne sur les retours de migrants sans papiers sera approuvée sans même faire l'objet d'un débat en séance plénière. Elle passera « sans discussion », comme on dit dans le jargon bruxellois. Comme on règle une formalité.

Sauf que ce n'est pas une formalité. C'est une rupture.


Ce que le texte permet — concrètement

Lisons le règlement. Pas les communiqués de presse, pas les éléments de langage du commissaire Magnus Brunner qui se félicite d'un « meilleur contrôle ». Le texte lui-même.

Il autorise désormais les autorités nationales à perquisitionner les domiciles de personnes faisant l'objet d'un ordre d'expulsion — ainsi que « tout autre local pertinent » —, et à saisir leurs effets personnels pour garantir l'exécution de cet ordre. Il prolonge la durée maximale de détention administrative de 18 à 30 mois pour les personnes considérées comme non coopératives ou à risque de fuite. 


Il prévoit la réduction des prestations sociales pour ceux qui refusent d'obtempérer. Il ouvre la voie à des centres de rétention offshore — situés hors de l'UE, en Afrique dans la plupart des négociations en cours — où des personnes seraient détenues pour des durées indéterminées. Il permet la détention de mineurs non accompagnés et de familles avec enfants, au nom du fameux « intérêt supérieur de l'enfant », formule dont on mesure ici le cynisme. Et il instaure une interdiction d'entrée sur le territoire européen à vie pour les personnes considérées comme un risque sécuritaire — contre dix ans auparavant.

À vie.


Le mot qui s'impose : ICE

Les parlementaires écologistes et les organisations de défense des droits l'ont dit sans détour. Mélissa Camara, députée européenne Verts, parle d'un texte qui « affaiblit les droits procéduraux, allonge la durée de la détention et cautionne les pratiques de l'ICE en autorisant les autorités à effectuer des perquisitions à domicile ». 


La Plateforme de coopération sur les migrants sans papiers, basée à Bruxelles, parle de « violence et de peur » — les mêmes mots qu'on utilise pour décrire ce qui se passe aujourd'hui dans les rues de Chicago, de Miami ou de Los Angeles.

ICE. Immigration and Customs Enforcement. Ce service américain sous la seconde présidence Trump, qui débarque à l'aube, sépare des enfants de leurs parents, embarque des gens dans des vans sans fenêtres et les expédie dans des centres de rétention au Salvador. Ce modèle que l'Europe regardait avec horreur — et qu'elle s'apprête à ériger en référence opérationnelle.


La comparaison n'est pas un raccourci militant. Elle est mécanique : mêmes outils, même logique d'enfermement préventif, même délégation de la brutalité à l'appareil administratif pour que la classe politique garde les mains propres.


Comment on en est arrivés là

Cette loi est l'aboutissement d'un glissement entamé bien avant Trump. Le Pacte sur la migration et l'asile, lancé en 2020 par la Commission von der Leyen, visait officiellement à éviter une nouvelle « crise » comme celle de 2015, quand 1,3 million de personnes — en majorité des Syriens et des Afghans fuyant des guerres dans lesquelles l'Occident était directement impliqué — avaient cherché refuge en Europe.

Mais le tournant décisif a eu lieu lors des élections européennes de juin 2024. Le Parlement, qui jouait traditionnellement un rôle de modérateur face aux velléités répressives des États membres, a basculé. 


Le Parti populaire européen — le PPE, groupe de centre-droit censé incarner une droite de gouvernement raisonnable — a choisi, en mars dernier, de voter avec les groupes d'extrême droite pour faire passer des mesures plus sévères. Ce n'est pas un dérapage. C'est une stratégie assumée. Une normalisation du répertoire d'extrême droite par ceux-là mêmes qui prétendaient en constituer le rempart.

Le résultat : un texte co-écrit par la droite classique et les héritiers politiques de Le Pen, Orbán et Meloni. Adopté en catimini. Applicable à des millions de personnes.


Le silence comme méthode

Ce qui est peut-être le plus grave dans tout cela, c'est le silence. Pas d'annonce aux populations concernées. Pas de débat public organisé. Pas de consultation citoyenne. Pas de campagne d'information dans les médias grand public. Un accord technocratique entre institutions, des communiqués de presse en anglais, quelques réactions dans la presse spécialisée — et voilà.


Les personnes directement visées — des centaines de milliers d'êtres humains vivant en Europe, travaillant en Europe, dont les enfants parfois sont nés en Europe — n'ont pas été prévenues. Elles découvriront l'existence de ce texte le jour où quelqu'un frappera à leur porte pour la perquisitionner.

Les citoyens européens, eux, n'ont pas été consultés. Ni sur le principe, ni sur les modalités, ni sur les conséquences. On leur a présenté l'emballage — « meilleur contrôle », « gestion ordonnée », « respect de la procédure » — sans leur montrer ce que ça signifie dans la réalité d'un corps menotté dans un centre de rétention au Rwanda ou en Tunisie.


Car c'est bien de ça qu'il s'agit. Les « centres offshore » ne sont pas des hôtels. Les négociations en cours avec des pays africains — aucun accord officiellement annoncé, mais les discussions avancent — reproduisent le modèle britannique Rwanda, celui que la Cour suprême britannique avait jugé illégal avant que le gouvernement ne change. L'Europe s'apprête à externaliser la détention comme elle a externalisé la sous-traitance industrielle et agricole : pour que ça se passe loin, hors de vue, sans images.


Ce que ça dit de nous

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans le fait que cette loi ait été adoptée dans la même période où l'Europe s'indigne — légitimement — des images de migrants dans les rues de Washington ou de San Antonio. L'indignation est réelle. Elle est aussi confortable. Elle permet de regarder outre-Atlantique pour ne pas regarder Bruxelles.


Nous construisons notre ICE. Nous lui donnons d'autres noms. Nous l'habillons dans le vocabulaire de la « procédure légale » et de la « gestion ordonnée ». Nous lui assignons des délais qui ont l'air raisonnables jusqu'à ce qu'on réalise que 30 mois, c'est deux ans et demi de détention sans jugement, sans condamnation, sans crime autre que celui d'exister sans les bons papiers.


Silvia Carta, de la Plateforme de coopération sur les migrants sans papiers, l'a dit simplement : « L'Europe devrait tirer les leçons des méfaits de ce modèle, et non en construire sa propre version. »

Elle n'a pas été entendue.


Ce qui vient

La loi sera formellement approuvée sans débat par le Conseil et le Parlement. Elle entrera en vigueur. Les États membres disposeront d'un arsenal juridique homogène pour procéder à des expulsions massives. Les centres offshore ouvriront — un jour, quelque part, sous un soleil africain que les détenus ne verront peut-être pas. Les perquisitions auront lieu. Les familles seront séparées. Les mineurs seront détenus.

Et on nous dira que c'était nécessaire. Que c'était légal. Que c'était la procédure.

La procédure. Le mot qui a toujours servi à faire taire la conscience.


Qui a écrit ce texte — et comment

La réponse est documentée, et elle est accablante.

Le texte voté n'est pas celui du rapporteur officiel. Le rapport alternatif est celui de François-Xavier Bellamy — eurodéputé français, vice-président des Républicains, groupe PPE. C'est lui qui a supplanté le texte initialement proposé par le rapporteur désigné, le libéral Malik Azmani (Renew Europe), qui avait pourtant négocié des amendements de compromis au sein d'une coalition associant PPE, Renew et les socialistes. 

Le PPE a rompu ces accords. Et Bellamy n'a pas travaillé seul.


Une boucle WhatsApp a été révélée par Euractiv après le vote en commission : neuf personnes au total, issues du PPE, de l'ECR (Conservateurs et réformistes), des Patriotes pour l'Europe — dont le Rassemblement National — et de l'ESN, le groupe européen de l'AfD, un parti néonazi. Ils y échangeaient des amendements, négociaient des positions, et ont fêté l'adoption du texte en commission le 9 mars. 


Le 4 mars, quatre députés se sont rencontrés physiquement pour rédiger le texte : Bellamy pour le PPE, Mary Khan pour l'AfD/ESN, Marieke Ehlers pour les Patriotes, et Charlie Weimers pour l'ECR. Après l'accord, quelqu'un a écrit dans le groupe WhatsApp : « Merci beaucoup pour cette excellente collaboration. » Des collaborateurs du PPE ont répondu avec une émoticône d'applaudissements. 


Manfred Weber, président du PPE, qui répétait depuis des années que le « cordon sanitaire » tenait « au niveau européen », n'a pas nié l'existence de ces échanges.


Qui a voté pour — et contre

Les voix du PPE, des Conservateurs et réformistes européens (CRE/ECR), alliées aux Patriotes pour l'Europe et à l'Europe des nations souveraines, ont permis la validation du texte. En face, les groupes socialistes (S&D), les Verts/ALE et La Gauche ont voté contre. 


Le score final en plénière : 389 voix pour, 206 contre, 32 abstentions. 


Le gouvernement français

Benjamin Haddad, ministre chargé de l'Europe, a salué l'accord comme « une avancée majeure pour renforcer les instruments européens de lutte contre l'immigration illégale ». Bellamy lui-même estime que le texte « va révolutionner la politique européenne face à l'immigration illégale ». 


Ce que les organisations ont dit

Amnesty International a réagi le jour même : « Cet accord, fruit d'une collaboration entre le PPE et des groupes politiques favorables aux politiques anti-immigration, a été adopté à l'issue de négociations menées à la hâte, sans examen approfondi ni évaluation sérieuse en termes de droits humains. » 


La Cimade, le CCFD-Terre Solidaire et l'Observatoire des camps de réfugiés ont dénoncé des conséquences « dramatiques pour les personnes sans papiers ». Aucune étude d'impact, aucune consultation de la société civile. 


En résumé

Le texte a été rédigé dans une boucle WhatsApp entre la droite européenne et l'extrême droite — AfD incluse —, adopté à 389 voix contre 206, avec le soutien actif du gouvernement français, et qualifié de "vote de la honte" par ses opposants. Les Français qui ont voté Bellamy aux européennes de 2024 ont voté pour ça. Ceux qui ont voté socialiste, vert ou gauche ont leurs représentants dans le camp du non.


Quel est la date prévue d'entrée en vigueur ?


La réponse est en deux temps, et c'est important de bien distinguer les deux niveaux :

Le Pacte sur la migration et l'asile — le cadre global dont fait partie le règlement retour — s'applique le 12 juin 2026. Dans dix jours. 


Le règlement retour spécifique (celui avec les perquisitions, les 30 mois de détention, les centres offshore) est encore en cours de trilogue. Mais les États membres pourraient créer des centres de retour hors de l'UE dès l'entrée en vigueur du règlement, après son adoption définitive, tandis que les autres mesures ne s'appliqueraient qu'un an après sa publication


Ce qui signifie concrètement : les centres offshore sont activables dès adoption définitive du texte, probablement avant la fin 2026. Les perquisitions, les durées de détention prolongées et les interdictions à vie entrent en vigueur environ un an après — soit courant 2027.


Un détail technique qui aggrave tout : contrairement aux anciennes directives, le règlement s'applique directement et immédiatement dans tous les États membres, sans nécessité de législation nationale. Les parlements des 27 pays n'ont rien à voter. Ça s'impose d'en haut, directement. 


Autrement dit : dans dix jours, le cadre entre en vigueur. L'arsenal complet sera opérationnel en 2027. Et aucun parlement national n'aura son mot à dire.