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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

L'or noir et la mer bleue

Ils ont grandi avec le pétrole sous les pieds et le monde derrière un écran. Ils parlent l'anglais, maîtrisent le code, connaissent Schubert et Kendrick Lamar. Et pourtant : devant eux, des tankers à l'ancre dans un détroit que leur propre régime menace de fermer. La richesse est là, visible, irréelle, inaccessible. La jeunesse iranienne ne rêve pas depuis le néant — elle rêve depuis la proximité d'un monde qui refuse de la laisser entrer.

La jeunesse iranienne face aux richesses qui lui échappent

Il y a quelque chose de vertigineux dans cette image : des jeunes sur des radeaux, le détroit d'Ormuz autour d'eux, et dans le fond ces colosses d'acier — les tankers chargés de brut qui font et défont les équilibres mondiaux. Une image qui n'est pas une métaphore. C'est la réalité quotidienne d'une génération qui vit au carrefour de toutes les tensions : entre un régime qui les étouffe et un monde extérieur qui les ignore, entre les ressources colossales de leur pays et une pauvreté qui ne cesse de s'étendre.

L'Iran possède les quatrièmes réserves pétrolières mondiales. Le pays exporte plus d'un million et demi de barils par jour. Et pourtant, depuis des années, selon certaines estimations internationales non officielles, jusqu'à 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. La mécanique est simple, brutale, documentée : les revenus des hydrocarbures ne ruissellent pas vers le bas. Ils financent des proxies armés, des programmes balistiques, une nomenklatura religieuse. Ils s'évaporent dans les circuits opaques des Gardiens de la Révolution, ces pasdarans qui contrôlent une part considérable de l'économie nationale.

Une génération diplômée sans avenir

Ce qui frappe, dans le portrait de la jeunesse iranienne d'aujourd'hui, c'est le décalage entre le capital humain et le destin auquel on l'assigne. Le taux d'alphabétisation des 15-24 ans avoisine les 99 %, hommes et femmes confondus. Le système universitaire produit des ingénieurs, des médecins, des mathématiciens de haut niveau. L'Iran a remporté des médailles olympiques scientifiques dans des disciplines de pointe.

Et pourtant : le chômage des jeunes dépasse officiellement les 25 %. Des diplômés en informatique conduisent des taxis. Des pilotes de ligne sont au chômage. Des infirmières fuient par milliers. Le sociologue Mahdis Ghorbani l'a formulé avec précision : la fuite des cerveaux iraniens tient à « l'absence de méritocratie, l'espace culturel limité, le manque de sécurité pour les femmes, l'inadéquation entre compétences et revenus ». Bref : un régime qui préfère le conformisme aux talents.

Le FMI a classé l'Iran premier mondial en matière de fuite des cerveaux parmi 91 pays analysés. Avant la révolution de 1979, quelque 50 000 personnes émigraient chaque année. Aujourd'hui, avec une population qui a doublé, le taux d'émigration aurait été multiplié par 140. Sur 86 médaillés aux olympiades scientifiques, 82 auraient quitté le pays. Ces chiffres ne sont pas des statistiques neutres : ils sont le portrait d'une hémorragie civilisationnelle.

CHIFFRES CLÉS
• 4e réserves pétrolières mondiales
• ~25 % de chômage chez les jeunes (chiffres officiels)
• 80 milliards $ de revenus pétroliers non rapatriés entre 2018-2025 (estimations)
• N°1 mondial de la fuite des cerveaux (FMI, 91 pays comparés)
• 99 % d'alphabétisation chez les 15-24 ans

Des tankers comme décor, des sanctions comme destin

Le paradoxe s'est encore intensifié depuis 2025. La guerre de douze jours avec Israël en juin 2025, les tensions autour du détroit d'Ormuz, les blocus partiels, les sanctions renforcées dans le cadre de la campagne de « pression maximale » de l'administration Trump — tout cela a aggravé une situation déjà fragile. Au pic de la crise, près de 900 navires étaient bloqués dans le golfe Persique. Des centaines de milliards de dollars de marchandises immobilisées.

Ce spectacle géopolitique, la jeunesse iranienne le regarde depuis l'intérieur. Elle voit la monnaie nationale s'effondrer — il faut aujourd'hui débourser des dizaines de milliers de rials pour obtenir un dollar, plusieurs fois le taux officiel. Elle connaît l'hyperinflation depuis 2018. Elle sait que 30 à 40 millions de litres d'essence sont passés en contrebande chaque jour, un trafic que l'économiste Hossein Raghfar, proche du pouvoir, attribue en partie aux structures militaires elles-mêmes. Et elle fait le calcul, silencieusement : cette richesse sous les pieds, ces navires à l'horizon — rien de tout cela ne lui appartient.

L'image des radeaux devant les tankers n'est donc pas seulement esthétique. Elle dit la coexistence brutale de deux mondes. D'un côté, les flux de l'économie monde — le pétrole, les routes maritimes, les grandes puissances qui se disputent les vannes. De l'autre, des corps jeunes sur des embarcations précaires, qui tentent quand même de traverser. Pas nécessairement vers un autre pays. Vers un autre possible.

Résister sans drapeau, rêver sans permission

Novembre 2025, 335 exécutions en un seul mois, selon les données compilées par l'opposition iranienne. En avril 2026, six membres de l'OMPI pendus, dont un commandant de 33 ans. La répression ne faiblit pas. Et pourtant — ou peut-être pour cela — quelque chose continue de se lever.

Ce n'est pas la résistance des discours officiels, ni celle des organisations en exil qui s'en réclament à grand bruit. C'est quelque chose de plus discret, de plus tenace : des réseaux de solidarité entre étudiants, des actions coordonnées dans des villes dispersées, des déclarations vidéo filmées par des anonymes de vingt-cinq ans, des femmes qui se découvrent dans l'espace public malgré les risques. Une génération qui, selon la formule d'un jeune militant cité lors de la Convention Iran Libre à Washington, « veut être la meilleure version d'elle-même et veut que sa nation grandisse avec elle ».

Ce désir-là — banal, universel, légitime — se heurte à un régime dont l'obsession est le contrôle des apparences : comment vous habillez-vous, comment vous marchez, à qui vous parlez. Un régime qui mesure la loyauté à l'aune de la conformité vestimentaire plutôt que de la contribution intellectuelle. Le résultat est une dissidence de masse silencieuse, qui s'exprime dans les départs autant que dans les restes — car rester est aussi, souvent, une forme de résistance.

L'horizon comme enjeu politique

Il y a une dimension profondément géopolitique dans cette image de la jeunesse iranienne qui regarde les tankers. Car les tankers, aujourd'hui, ne sont pas seulement des navires pétroliers. Ils sont l'expression matérielle des sanctions, des compromis internationaux, des intérêts croisés de Washington, Pékin, Riyad, Tel-Aviv. Ils portent en eux les arbitrages qui, à des milliers de kilomètres, déterminent si un jeune Iranien pourra ou non accéder à l'insuline, à l'internet non filtré, à un visa.

La jeunesse iranienne est, en ce sens, l'otage d'un conflit qui la dépasse et la constitue à la fois. Elle est née dans les sanctions. Elle a grandi dans l'hyperinflation. Elle a manifesté en 2019 et en 2022, et vu ses proches tués. Et elle continue. Elle continue de se former, de créer, d'imaginer des entreprises qui ne pourront peut-être jamais accéder aux marchés internationaux, de composer de la musique que le monde n'entendra peut-être jamais, d'écrire des lignes de code pour des plateformes auxquelles les serveurs iraniens ne peuvent pas se connecter.

C'est cette persistance qui est peut-être le fait politique le plus important du Moyen-Orient contemporain. Non pas les missiles, non pas les négociations nucléaires, non pas les blocus d'Ormuz — mais ces millions de jeunes qui refusent, malgré tout, de renoncer à l'idée qu'ils méritent un avenir.