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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

L'oreille absolue : le super pouvoir qui ne sert à rien

On l'annonce comme un don rare, presque mystérieux. Celui qui l'a peut nommer n'importe quelle note sans instrument de référence, identifier une tonalité à l'oreille nue, reconnaître instantanément un La bémol dans le bruit ambiant. Dans les conservatoires, ça en impose. Dans les dîners, ça fascine. L'oreille absolue, c'est le super pouvoir du musicien.

Sauf que comme beaucoup de super pouvoirs, à y regarder de près, il ne sert pas à grand-chose.

D'abord, de quoi parle-t-on vraiment ?

L'oreille absolue — ou hauteur tonale absolue — est la capacité à identifier ou reproduire une note musicale sans référence externe. Pas besoin de diapason, pas besoin d'entendre un La 440 Hz avant. La note arrive, le cerveau la nomme. Automatiquement.

Ce qu'on confond souvent avec elle, c'est l'oreille relative — la capacité à percevoir les intervalles, les rapports entre les notes, les tensions harmoniques. Savoir qu'une mélodie monte d'une tierce, qu'un accord est en position renversée, qu'une modulation vient de se produire. L'oreille relative s'entraine. Elle se développe. Elle est au cœur de ce que font quotidiennement la quasi-totalité des musiciens professionnels, y compris les meilleurs.

L'oreille absolue, elle, semble innée. Les études suggèrent qu'elle se fixe tôt dans l'enfance, souvent avant sept ans, et qu'elle est corrélée à une exposition précoce à la musique dans un environnement linguistique particulier — les langues tonales, comme le mandarin ou le vietnamien, favorisent statistiquement son développement. Ce n'est donc pas un mystère divin. C'est une empreinte neurologique précoce.

Le mythe du génie

Si l'oreille absolue fascine autant, c'est parce qu'elle s'est retrouvée associée aux noms qu'on cite en premier quand on parle de génie musical. Mozart l'avait. Bach, probablement. Cette association a construit une équation fausse : oreille absolue égale talent exceptionnel.

Mais Mozart n'était pas Mozart parce qu'il avait l'oreille absolue. Il était Mozart parce qu'il composait, qu'il structurait, qu'il inventait, qu'il ressentait — et qu'il avait été formé de façon intensive dès l'enfance. L'oreille absolue était un outil parmi d'autres dans un arsenal considérable. La confondre avec la source du génie, c'est confondre un thermomètre avec la fièvre.

Ce que l'oreille absolue ne fait pas

Elle ne donne pas le sens du rythme. Elle ne donne pas le feeling. Elle ne donne pas la capacité à improviser, à répondre à un autre musicien, à sentir où va un morceau avant qu'il y arrive. Elle ne donne pas l'émotion, ni la capacité à en transmettre.

Des musiciens qui ne l'ont pas ont dominé et dominent leur art. Des compositeurs, des improvisateurs, des interprètes de premier plan fonctionnent avec une oreille relative parfaitement développée et n'ont jamais ressenti le manque. À l'inverse, certains musiciens dotés d'oreille absolue décrivent une forme de charge cognitive — entendre en permanence les notes de l'environnement, les fausses notes des autres, les sons parasites, comme une radio qu'on ne peut pas éteindre.

Il existe pourtant un contexte où l'oreille absolue peut faire la différence. Un chef d'orchestre raconte : en plein concert, le chanteur qu'il accompagne a la voix fatiguée. Imperceptiblement, il commence à glisser, un demi-ton en dessous de la tonalité. Le chef le détecte immédiatement. D'un seul geste, il fait signe à l'orchestre. En une fraction de seconde, tous les musiciens transposent et jouent la même partition un demi-ton en dessous.

L'oreille absolue a détecté le problème. Mais ce qui a sauvé le concert, ce n'est pas elle. C'est la capacité collective des musiciens à lire, adapter et jouer ensemble en temps réel. L'oreille absolue a ouvert la porte. C'est l'oreille relative — entraînée, réflexe, partagée — qui est passée dedans.

Quand le super pouvoir devient un handicap

Il y a un dernier aspect que le mythe occulte complètement. L'oreille absolue est calibrée sur le système tempéré occidental — ces douze demi-tons égaux qui structurent le piano, la guitare accordée standard, la musique classique européenne. Ce système est une convention. Pas une vérité universelle.

Dans le blues, les blue notes existent précisément dans les interstices de ce système. Dans les musiques africaines, dans le reggae, dans les traditions vocales caribéennes, dans les musiques microtonales du monde arabe ou de l'Inde classique, les notes ne tombent pas là où le système tempéré les attend. Elles vivent entre les cases. C'est là que réside une grande partie de leur puissance expressive.

Pour un musicien avec une oreille absolue fortement ancrée dans le tempéré, naviguer dans ces espaces peut être inconfortable, voire déstabilisant. Ce qu'il entend comme "faux" est en réalité juste — mais juste dans un autre système. Son super pouvoir lui joue un tour.

L'oreille qui compte, au fond, n'est peut-être pas celle qui nomme les notes. C'est celle qui écoute les autres.