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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Lou lubie "Racines" et le syndrome Kirikou : quand l'Amérique rhabille les corps noirs

Une autrice réunionnaise découvre que son roman graphique sur les cheveux crépus a été censuré pour le marché américain. Des corps nus d'enfants couverts de brassières, une caricature raciste effacée. Un écho troublant à la controverse qui avait, vingt-cinq ans plus tôt, frappé Michel Ocelot de l'autre côté de l'Atlantique. L'histoire se répète, et elle dit toujours la même chose sur le regard occidental posé sur les corps noirs.

En 1998, le film d'animation Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot sort en France et conquiert le public. L'enfant prodige du village africain y court nu, comme les enfants de son âge dans son environnement. Pas de sexualisation, pas d'obscénité — une représentation fidèle à la culture dépeinte. Aux États-Unis, le film ne sortira qu'en 2000, dans une version modifiée. Des sous-vêtements ont été ajoutés numériquement sur les corps des personnages jugés trop dénudés pour le public américain.

Vingt-cinq ans plus tard, Lou Lubie, autrice de bande dessinée originaire de La Réunion, vit une version actualisée du même scénario.

Des brassières pour des poitrines inexistantes

Son roman graphique Racines, paru en France, suit Rose, une jeune fille aux cheveux crépus qui rêve de les avoir lisses. Une histoire d'acceptation de soi, portée par une iconographie ancrée dans l'expérience afro-caribéenne. Pour sa publication américaine sous le titre The Roots of My Hair, l'œuvre a subi plusieurs modifications que l'autrice a détaillées dans un post Instagram le 25 mai dernier.

Premier constat : les corps nus ont été en grande partie supprimés. Deuxième constat, plus lourd de sens : toutes les petites filles de la BD ont été affublées de brassières — mais pas les garçons. Lou Lubie pose publiquement la question qui s'impose : « rajouter des brassières à des petites filles (mais pas aux garçons) pour cacher des poitrines inexistantes voire invisibles » n'est-il pas, justement, « très sexualisant » ?





Troisième modification, la plus symboliquement grave : un dessin dénonçant les anciennes caricatures racistes a été retiré. Autrement dit, la représentation de la mémoire du racisme antiNoir a disparu de l'édition destinée au pays où cette mémoire est la plus directement héritée.

L'autrice précise qu'elle a donné son accord, après avoir été consultée, considérant « qu'un livre modifié valait mieux que pas de livre du tout ». Elle a redessiné la couverture. Les modifications intérieures ont été effectuées par la maison d'édition américaine.

Le même réflexe, le même aveu

Ce qui relie Kirikou à Racines, ce n'est pas seulement la nudité enfantine. C'est le mécanisme : face à une représentation culturellement cohérente d'un corps noir — qu'il soit africain ou caribéen —, le marché américain produit un réflexe de recouvrement. On habille. On efface. On assainit.

Dans le cas de Kirikou, on pouvait invoquer une différence de convention sur la représentation enfantine en général. Difficile d'y croire entièrement quand le film mettait en scène des Africains. Dans le cas de Racines, l'argument tombe complètement : des brassières ajoutées aux filles et non aux garçons, c'est une décision qui génère, précisément, la différenciation genrée et sexualisante qu'elle prétend éviter.

Et la suppression de la caricature raciste, elle, ne s'explique que par un refus de regarder en face. On retire du marché américain une BD sur les cheveux crépus la représentation visuelle du racisme qui a produit, justement, le rapport douloureux aux cheveux crépus. C'est censurer la cause pour ne garder que les effets.

Adapter ou amputer ?

Lou Lubie note elle-même que « il est fréquent que les œuvres culturelles soient modifiées pour s'adapter à un nouveau pays ». C'est exact. Les localisations impliquent régulièrement des ajustements — de langue, de références, parfois de registre visuel. Mais il y a une frontière entre l'adaptation et l'amputation.

Adapter Racines pour les États-Unis, cela aurait pu vouloir dire renforcer certains ancrages culturels spécifiques à la diaspora africaine-américaine, ajuster des références méconnues, ou retravailler la palette graphique pour une résonance plus immédiate. Ce qui a été fait relève d'autre chose : une normalisation des corps noirs selon des critères de décence produits par une culture qui, historiquement, a justement construit son rapport à ces corps autour de leur contrôle, de leur recouvrement, de leur mise à distance.

The Roots of My Hair est disponible aux États-Unis depuis mai. Sa sortie dans les pays anglophones est prévue le 18 juin. Racines reste disponible en France dans sa version originale. Lou Lubie a par ailleurs publié en 2026 Les saigneurs, une BD abordant les violences sexistes et sexuelles.