Du 9 au 11 juin, le Carreau du Temple à Paris a accueilli la troisième édition du Mondial du Rhum, rendez-vous international consacré à l'univers du rhum et des spiritueux de canne. Placé sous le thème « Terres et Territoires de Rhum », l'événement a réuni producteurs, distillateurs, professionnels et amateurs venus du monde entier pour échanger autour des enjeux de la filière.
Parmi les participants, les producteurs ultramarins ont tenu à faire entendre leur voix. Face aux grandes marques internationales qui dominent le marché, ils sont venus rappeler une réalité souvent méconnue du grand public : tous les rhums ne sont pas élaborés de la même manière.
Rhum agricole et rhum de mélasse : une différence essentielle
Pour beaucoup de consommateurs, le rhum constitue une seule et même famille de spiritueux. Pourtant, il existe une différence fondamentale entre le rhum agricole et le rhum de mélasse.
Le rhum agricole, spécialité des territoires français d'Outre-mer, est produit directement à partir du jus frais de la canne à sucre. Après la récolte, la canne est rapidement broyée afin d'en extraire le vesou, qui est ensuite fermenté puis distillé. Ce procédé permet de conserver une forte expression du terroir et de développer des profils aromatiques souvent végétaux, floraux ou fruités.
La majorité des rhums produits dans le monde sont quant à eux élaborés à partir de mélasse, un résidu de l'industrie sucrière obtenu après l'extraction du sucre. Cette matière première est fermentée puis distillée pour donner naissance à des rhums aux notes généralement plus gourmandes, épicées ou caramélisées.
Pour les producteurs ultramarins, l'objectif n'est pas d'opposer les deux catégories. De grands rhums de mélasse existent et bénéficient d'une reconnaissance internationale. En revanche, ils souhaitent que le consommateur comprenne les différences de fabrication, d'origine et de philosophie qui distinguent ces deux univers.
Face aux géants du secteur
Le marché mondial est largement dominé par des marques internationales telles que Bacardí, Captain Morgan ou Havana Club, dont les productions reposent principalement sur des rhums de mélasse.
À l'inverse, les producteurs ultramarins mettent en avant des maisons dont l'identité est intimement liée à la culture de la canne et à leur territoire. Parmi elles figurent Neisson, Clément, J.M, La Favorite, Damoiseau, Bologne, Longueteau, Montebello ou encore Madkaud.
Pour ces producteurs, la qualité d'un rhum ne se résume pas à son âge ou à sa notoriété commerciale. Elle repose également sur l'origine de la canne, les méthodes de production et le savoir-faire transmis de génération en génération.
Une nouvelle dynamique dans les Outre-mer
Le Mondial du Rhum a également mis en lumière l'émergence de nouveaux acteurs issus de territoires encore peu associés à la production de rhum dans l'imaginaire collectif.
Aux côtés des producteurs historiques de Martinique et de Guadeloupe, des représentants de Guyane, de La Réunion et de Polynésie française sont venus présenter leurs créations. Ces territoires développent progressivement leurs propres filières et proposent des expressions originales de la canne à sucre, façonnées par des climats, des sols et des traditions différentes.
Cette diversification illustre la vitalité du rhum français. Chaque territoire apporte sa propre identité et contribue à enrichir une production qui ne cesse d'évoluer tout en restant profondément ancrée dans ses terroirs.
Défendre un patrimoine économique et culturel
Au-delà de la dégustation, les débats du Mondial du Rhum ont rappelé l'importance économique et culturelle de la filière canne-sucre-rhum dans les Outre-mer. Des milliers d'emplois dépendent directement ou indirectement de cette activité qui participe également à l'attractivité touristique et à l'identité des territoires.
À travers leur présence au Carreau du Temple, les producteurs ultramarins ont ainsi porté un message commun : derrière chaque bouteille se trouvent une terre, des femmes et des hommes, un patrimoine et un savoir-faire qui méritent d'être reconnus.
Dans un marché mondialisé où les grandes marques occupent l'essentiel de l'espace médiatique et commercial, ils entendent rappeler que le rhum est aussi une histoire de terroirs, de diversité et d'authenticité.