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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Vous ne vous appartenez plus

Vos goûts, vos peurs, vos désirs, vos insomnies passées à chercher quelque chose sur Google — tout cela a une valeur marchande. Pas pour vous. Pour eux. L'une des plus grandes confiscations de richesse de l'histoire s'est opérée sans bruit, à coups de cases cochées. Et nous avons tous signé.

0,57 centime. C'est ce que vous valiez.

Il y a vingt-cinq ans déjà, le marché de la donnée existait. Sur les marchés naissants de l'information personnelle, un individu se négociait à la pièce. Nom, prénom, âge, catégorie socioprofessionnelle, numéro de téléphone : 0,57 centime par ligne dans un tableur Excel. Et plus la fiche était remplie — plus il y avait de cases cochées, de détails renseignés, de dimensions de vie répertoriées — plus la valeur augmentait. Vous étiez déjà une marchandise. Vous ne le saviez simplement pas encore.

Aujourd'hui, ce calcul paraît presque attendrissant dans sa rudimentarité. 


Les données ne se vendent plus à l'unité comme des légumes au marché. Elles se modélisent, se croisent, s'enrichissent en temps réel, se revendent en gros et au détail, s'échangent entre filiales, se pillent lors de cyberattaques et se monnaient à chaque milliseconde via des enchères algorithmiques invisibles. Ce ne sont plus quelques informations administratives qui circulent. 


Ce sont nos habitudes, nos émotions, nos préférences politiques, nos goûts culturels, nos peurs, nos désirs — et parfois nos fragilités psychologiques — qui alimentent des algorithmes capables de nous connaître mieux que certains de nos proches.

En 2023, le marché mondial de la donnée personnelle était estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Votre valeur marchande a explosé. Votre part dans ce gâteau : zéro.


Nous sommes simultanément producteurs et produits

La donnée n'est pas seulement une information. Elle est devenue une matière première. Le pétrole du XXe siècle était extrait du sous-sol. Le pétrole du XXIe siècle est extrait de nos comportements. Chaque recherche sur Internet, chaque déplacement géolocalisé, chaque interaction sur un réseau social produit de la valeur économique. Une valeur qui n'est pas captée par celui qui la génère, mais par celui qui la collecte, la traite, l'analyse et la revend.


Sans nous, sans nos données, nombre des plus puissantes entreprises du monde n'auraient aucune matière première à exploiter. Pourtant, nous ne percevons aucune rémunération directe pour cette contribution permanente. Nous alimentons gratuitement des modèles économiques dont les valorisations se chiffrent en centaines de milliards de dollars. Meta a réalisé en 2023 plus de 130 milliards de dollars de revenus. La publicité ciblée — c'est-à-dire la revente de votre profil comportemental à des annonceurs — représente plus de 97 % de ses recettes.

Dans n'importe quel autre secteur, une telle situation paraîtrait absurde. 


Lorsqu'un artiste crée une œuvre, il bénéficie de droits d'auteur. Lorsqu'un inventeur dépose un brevet, il peut exploiter son innovation. Lorsqu'un propriétaire loue un bien, il perçoit un revenu. Mais lorsqu'un individu produit quotidiennement des données qui enrichissent des plateformes numériques, il ne reçoit généralement rien. Pire encore : il doit souvent accepter cette captation comme condition préalable à l'accès au service.


Le consentement comme fiction juridique

Le fameux bouton « J'accepte » est devenu l'un des plus grands transferts de valeur de l'histoire contemporaine. Nous avons signé sans lire. Nous avons consenti sans comprendre. Nous avons échangé une part de notre intimité contre des services présentés comme gratuits. Pourtant, rien n'est réellement gratuit. Le prix n'était simplement pas affiché.


Et ce prix a été fixé délibérément hors de notre portée. Les CGU de Facebook dépassent les 30 000 mots. Celles d'Apple s'étendent sur plus d'une heure de lecture à voix haute. La notion de consentement éclairé, fondement de tout contrat équitable, est ici une pure fiction juridique. On nous demande de signer un bail dont nous ne connaissons pas les clauses, dans une langue techno-légale que nous ne maîtrisons pas, sous peine de ne pas accéder au service dont tout notre entourage dépend déjà. Peut-on parler de choix éclairé lorsque les mécanismes de collecte et de valorisation demeurent largement opaques — et lorsqu'il n'existe aucune alternative viable ?


La marchandisation de l'intime

Une donnée personnelle n'est pas un simple objet commercial. Elle constitue une extension de la personne elle-même. Elle raconte qui nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous désirons, ce que nous craignons. Vos données de santé révèlent vos fragilités. Vos données de localisation reconstituent vos habitudes, vos relations, vos absences. Vos patterns de recherche dessinent vos angoisses, vos aspirations, vos convictions politiques.


Ces informations transitent entre des entreprises que vous n'avez jamais sollicitées, dans des pays dont vous ignorez la législation, à des fins que personne ne vous a jamais clairement exposées. Des courtiers en données construisent des profils comportementaux. Des plateformes publicitaires les exploitent. Des entreprises les échangent. Des États les réclament parfois. Des cybercriminels tentent de les dérober. Et quand un hack survient, quand des millions de profils se retrouvent exposés sur le dark web, c'est vous qui en subissez les conséquences. Eux encaissent l'amende et continuent.


Lorsque nos données circulent, sont revendues, croisées ou pillées lors d'un piratage, c'est une partie de nous-mêmes qui échappe à notre contrôle. Nous avons créé une économie où la ressource est humaine mais où la rémunération est exclusivement capitalistique.


Et si nos données étaient inaliénables ?

L'enjeu dépasse désormais la simple protection de la vie privée. Il touche à la souveraineté individuelle. Dans le monde physique, nous considérons qu'une personne possède un droit sur son corps et sur ses biens. Dans le monde numérique, cette logique reste inachevée. Nos données continuent d'être traitées comme des ressources librement exploitables plutôt que comme des extensions de notre personnalité.


La question n'est pas utopique. Elle est économiquement et juridiquement posable. Des économistes comme Jaron Lanier ou Imanol Arrieta-Ibarra proposent un modèle de rémunération directe des utilisateurs pour leurs données : chaque transaction de vos données entre une entreprise A et une entreprise B devrait vous rapporter quelque chose. Vos données comme propriété intellectuelle personnelle, protégée et cessible à votre seule discrétion.


Le RGPD européen a posé quelques garde-fous — droit d'accès, droit à l'effacement, consentement formellement requis. Des avancées réelles, mais insuffisantes. Les grandes plateformes ont appris à naviguer dans ses angles morts. Les « cookies walls » sont devenus la norme. Ce qu'il faudrait, c'est un changement de paradigme : reconnaître un véritable droit patrimonial sur les données personnelles. Non pas pour transformer chaque individu en spéculateur de sa propre identité, mais pour rétablir un équilibre devenu nécessaire. Car si une entreprise tire profit de l'exploitation d'une ressource qui émane directement de nous, pourquoi serions-nous exclus de la valeur créée ?


Le pillage comme modèle d'affaires

Ce qui se passe depuis trente ans n'est pas un simple déficit de régulation. C'est un choix structurel. Les États ont laissé faire — souvent parce que les entreprises du numérique promettaient de la croissance, de l'innovation, du soft power. L'Europe a tardé à légiférer. Les États-Unis n'ont toujours pas de loi fédérale de protection des données comparable au RGPD. Et pendant ce temps, les data centers ont poussé, les fortunes se sont constituées, et le modèle s'est universalisé.


Ce que vivent des milliards d'individus n'est pas une transaction équitable dans laquelle chacun cède quelque chose pour obtenir un service. C'est une extraction asymétrique, opérée sans véritable consentement, au bénéfice d'un nombre très restreint d'acteurs. Nous avons produit la richesse. D'autres l'ont encaissée.


La véritable tragédie n'est pas d'avoir laissé partir nos données.

C'est d'avoir oublié qu'elles étaient une partie de nous.


Aller plus loin : Jaron Lanier, Qui possède l'avenir ? (2013) — Shoshana Zuboff, L'Âge du capitalisme de surveillance (2019) — CNIL, rapport annuel 2023 — Règlement général sur la protection des données (RGPD), UE 2018.