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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

250 ans d'Amérique : l'empire de la guerre permanente

Le 4 juillet 2026, Washington célèbre un quart de millénaire d'indépendance à grand renfort de passeports à l'effigie de Trump, de porte-avions dans le port de New York et de prières collectives sur le Mall. Derrière le faste du Semiquincentennial, une question que l'Amérique préfère ne pas se poser trop fort : que vaut l'anniversaire d'une nation qui, depuis deux siècles et demi, n'a jamais laissé passer une génération sans l'envoyer combattre quelque part sur la planète ?

Un anniversaire sous contrôle politique

Officiellement non partisane, la commission America250 avait été créée par le Congrès dès 2016 pour organiser des célébrations consensuelles. Mais depuis 2025, l'essentiel du dispositif est passé sous la coupe d'un Task Force 250 présidé directement par Donald Trump, avec son propre financement, ses propres donateurs privés et ses propres critiques bipartisanes sur l'opacité budgétaire. Des élus démocrates ont accusé l'administration d'avoir capté l'anniversaire national pour vendre de l'accès politique et réécrire l'histoire à son avantage. Le clou de cette appropriation : de nouveaux passeports commémoratifs arborant le visage du président, ainsi qu'un rassemblement de prière conservateur sur le Mall en mai, ouvrant de facto les célébrations officielles. Un quart de millénaire d'histoire nationale, ramené à l'image d'un seul homme. Le symbole est fort, et il dit beaucoup de l'état du pays en cette année anniversaire.

Ce que ce pays a indéniablement changé dans le monde

Il serait malhonnête de nier ce que les États-Unis ont apporté à l'humanité en deux siècles et demi. Le vingtième siècle américain a façonné la vie quotidienne de la planète entière : l'électrification de masse, l'aviation commerciale, l'ordinateur personnel, Internet et les technologies numériques qui structurent aujourd'hui nos existences sont, pour l'essentiel, nés de laboratoires et d'universités américaines. La conquête spatiale, de Neil Armstrong aux sondes qui explorent aujourd'hui le système solaire, a redéfini l'ambition humaine.

On ne peut pas non plus occulter ce que l'Europe, et la France en particulier, doivent concrètement aux États-Unis. Le débarquement de 1944 et l'entrée en guerre américaine ont pesé de tout leur poids dans la défaite du nazisme et la libération du territoire français. Ce sacrifice-là, réel, a coûté la vie à des dizaines de milliers de jeunes soldats américains sur le sol européen, et il continue de justifier, chaque année, les cérémonies de Normandie. Mais cette dette de sang s'est doublée, dès 1948, d'une dette économique et politique dont l'Europe peine encore à se défaire. Le Plan Marshall, présenté comme un simple geste de reconstruction, a aussi été l'instrument par lequel Washington a arrimé durablement le continent à son dollar, à ses industries, à son parapluie militaire et à sa vision du monde. Quatre-vingts ans plus tard, la dépendance énergétique, monétaire et stratégique de l'Europe vis-à-vis des États-Unis reste le legs direct de cette générosité intéressée. Libérer et lier d'une même main : c'est peut-être la définition la plus juste de l'hégémonie américaine sur le Vieux Continent.

Sur le plan culturel, la dette est plus grande encore, et elle est largement noire. Le blues, le jazz, la soul, le funk, le hip-hop : la quasi-totalité des musiques populaires mondiales du vingtième et du vingt-et-unième siècle descend, directement ou indirectement, de formes musicales inventées par les communautés afro-américaines dans le sillage de l'esclavage et de la ségrégation. Le mouvement des droits civiques, porté par des figures comme Martin Luther King ou Malcolm X, a fourni un vocabulaire et une grammaire de lutte à des mouvements d'émancipation bien au-delà des frontières américaines, y compris dans les Caraïbes et sur le continent africain. Il y a là une ironie que les communautés de la diaspora connaissent bien : ce que l'Amérique a de plus universellement admiré, elle l'a souvent produit malgré elle, portée par les descendants de ceux qu'elle a le plus longtemps opprimés. L'élection de Barack Obama en 2008, premier président noir d'une puissance occidentale, a constitué à cet égard un jalon sociétal impossible à minorer, y compris pour les diasporas du monde entier qui y ont vu, à raison, la preuve qu'une trajectoire longtemps jugée impossible pouvait s'accomplir au sommet même de l'État américain.

L'envers du décor : une hégémonie qui a un prix, payé ailleurs

Mais la puissance américaine ne s'est pas seulement exportée sous forme de musique et de brevets. Elle s'est aussi exportée sous forme de coups d'État, de dictatures installées ou soutenues, et d'ingérences dont les peuples du Sud global paient encore la facture aujourd'hui. La doctrine Monroe de 1823, qui posait les Amériques comme la chasse gardée de Washington, a servi de justification à plus d'un siècle d'interventions dans les Caraïbes et en Amérique latine : occupation d'Haïti de 1915 à 1934, occupation répétée de la République dominicaine jusqu'à l'installation de la dictature de Trujillo, occupation du Nicaragua qui a ouvert la voie aux Somoza, guerre des Bananes menée pour protéger les intérêts de la United Fruit Company.

La Guerre froide n'a fait qu'intensifier ce schéma. Le renversement d'Arbenz au Guatemala en 1954, celui de Mossadegh en Iran en 1953, l'appui à Pinochet contre Allende au Chili en 1973, le soutien logistique à l'opération Condor qui a coordonné la répression de plusieurs dictatures sud-américaines, l'assassinat de Lumumba au Congo : la liste des gouvernements progressistes ou simplement non alignés que Washington a contribué à faire tomber traverse tous les continents. Plus près de nous, dans la Caraïbe, l'invasion de la Grenade en 1983 et le renversement d'Aristide en Haïti, en 1994 puis en 2004, rappellent aux communautés diasporiques que cette histoire n'est ni lointaine ni close. Le Venezuela d'aujourd'hui, sous la pression constante de Washington, s'inscrit dans la continuité directe de cette doctrine vieille de deux siècles.

Une jeunesse offerte à chaque génération

Reste la question la plus dérangeante, celle qui touche au cœur même du contrat que ce pays passe avec ses propres enfants. Depuis la guerre d'Indépendance jusqu'à aujourd'hui, il n'existe pratiquement aucune génération américaine qui n'ait été appelée, d'une manière ou d'une autre, à combattre. Guerre de Sécession, Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, Corée, Vietnam : la conscription obligatoire a mobilisé des millions de jeunes hommes, souvent les plus pauvres, les moins diplômés, les plus mal représentés politiquement. Les émeutes de New York en 1863 contre le tirage au sort, où les classes populaires ne pouvaient s'acheter une exemption comme le faisaient les plus riches, ont préfiguré ce que le Vietnam allait démontrer un siècle plus tard : ce sont rarement les enfants des puissants qui meurent sur les théâtres d'opération.

Depuis 1973 et l'abandon officiel de la conscription, l'armée américaine se veut entièrement volontaire. Mais le filet n'a jamais été rangé. En 2026, alors même que le pays célèbre son quart de millénaire, le Congrès a inscrit dans la loi budgétaire de la défense l'enregistrement automatique de tous les jeunes hommes de 18 à 25 ans au fichier du Selective Service, sans qu'ils aient désormais à faire eux-mêmes la démarche. Cette bascule intervient dans un contexte où l'administration Trump a lancé une campagne militaire contre l'Iran, où la porte-parole de la Maison-Blanche a refusé d'exclure un retour de la conscription, et où le secrétaire à la Défense a lui-même déclaré que le pays était prêt à « aller aussi loin que nécessaire ». Des mères de famille interrogées sur les plateaux de télévision américains ont exprimé publiquement leur crainte de voir leurs fils mobilisés. Le fichier existe, la mécanique est prête, et l'histoire montre qu'elle a toujours fini par servir.

Que penser, alors, d'un pays qui fête ses 250 ans en ayant déjà, presque mécaniquement, préparé le dispositif administratif pour envoyer sa jeunesse combattre une nouvelle fois ? Un pays qui célèbre la liberté individuelle comme valeur fondatrice, tout en maintenant depuis un demi-siècle l'architecture juridique d'une conscription qu'il n'a jamais eu le courage d'abolir vraiment ? La réponse ne se trouve pas dans les discours du Mall ni sur les nouveaux passeports. Elle se trouve dans cette continuité troublante : d'une génération à l'autre, ce pays a toujours su trouver une guerre à offrir à ses enfants, et il n'a, à ce jour, jamais renoncé à cette habitude.

Deux cent cinquante ans après la déclaration de Philadelphie, la question posée aux Américains n'est plus seulement de savoir ce que leur pays a donné au monde. Elle est de savoir ce qu'ils sont encore prêts, collectivement, à lui sacrifier.