Une embarcation en bois transportant une soixantaine de personnes a chaviré mardi en Méditerranée, au large de la côte est de la Libye. Dix survivants ont été secourus près de l'île d'El-Bardaa ; au moins cinquante migrants, parmi lesquels des femmes et des enfants, restent portés disparus.
Le naufrage s'est produit à environ 70 kilomètres à l'ouest de Tobrouk, non loin de la frontière égyptienne. Selon deux sources sécuritaires citées par Reuters, l'embarcation avait appareillé tôt le matin avec une soixantaine de migrants originaires de différents pays d'Afrique subsaharienne à son bord. Seuls dix d'entre eux ont pu être secourus.
Une route migratoire toujours plus meurtrière
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye s'est imposée comme un point de passage central pour les migrants fuyant conflits et pauvreté en direction de l'Europe, au prix de traversées désertiques puis maritimes particulièrement dangereuses. Ce nouveau drame s'ajoute à une liste déjà longue le long des côtes libyennes.
Un système d'exploitation qui perdure
Ces naufrages à répétition s'inscrivent dans un contexte plus large de traite d'êtres humains bien documenté en Libye. Un rapport publié en février 2026 par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme et la Mission d'appui des Nations unies en Libye décrit un système d'exploitation profondément enraciné, où des réseaux criminels, parfois liés aux autorités libyennes, enlèvent, détiennent et exploitent les migrants. La MANUL et le HCDH font état d'informations préoccupantes sur la vente d'êtres humains assimilable à de l'esclavage, notamment depuis des centres situés à Sabha et à Al-Zawiya — des marchés où des migrants sont vendus au plus offrant, pratique révélée au grand jour dès 2017 par un reportage de CNN et jamais réellement démantelée depuis. Torture, violences sexuelles, travail forcé et extorsion complètent ce tableau, dans un pays que les agences onusiennes considèrent toujours comme dangereux pour le débarquement de migrants.
La veille du naufrage, les équipes de secours de Tobrouk avaient récupéré quatre corps de migrants et porté secours à 24 personnes dont l'embarcation avait dérivé pendant deux semaines dans les eaux libyennes. Une source sécuritaire a précisé que ce bateau transportait 28 migrants soumis à des conditions humanitaires extrêmement difficiles à bord d'une embarcation délabrée, quatre d'entre eux étant morts des suites de cette traversée. Les survivants ont depuis été transférés vers un hôpital local pour y recevoir des soins.
En juin déjà, les autorités de Tobrouk avaient récupéré une vingtaine de corps de migrants après le naufrage d'une autre embarcation près de la ville — un rappel de la récurrence tragique de ces drames sur cette portion de la Méditerranée.