À LA UNE

Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

CrazySexyCool : Broadway rend justice au trio qui a réinventé le R&B féminin

À Washington, la comédie musicale consacrée à TLC transforme l'histoire tumultueuse du groupe en un hommage à la loyauté et à la sororité qui a porté trois femmes noires au sommet de la pop américaine.

Un trio légendaire, une scène qui lui rend enfin justice

Présentée à l'Arena Stage de Washington DC, CrazySexyCool ne se contente pas de célébrer les tubes qui ont façonné toute une génération. La comédie musicale retrace plus d'une décennie d'ascension et d'épreuves pour Lisa « Left Eye » Lopes, Rozonda « Chilli » Thomas et Tionne « T-Boz » Watkins, ce girl group qui a redéfini les codes du R&B dans les années 90. Sur scène, Holli' Gabrielle Conway, Jade Milan et Stoney B Woods incarnent T-Boz, Left Eye et Chilli avec une aisance qui rappelle celle du groupe original à son apogée. Le public, lors des représentations, ne se contente pas de regarder : il chante, danse et réagit comme s'il retrouvait de vieilles connaissances.

Derrière les tubes, une histoire de survie collective

Waterfalls, No Scrubs, Creep : ces titres résonnent encore aujourd'hui avec une légèreté trompeuse. Car derrière l'éclat des mélodies se cache une trajectoire marquée par la maladie, les abus de l'industrie musicale, l'addiction, et la mort tragique de Lopes dans un accident de voiture en 2002. Le metteur en scène Kwame Kwei-Armah, ancien directeur artistique du Young Vic à Londres, a choisi d'aborder cette histoire sous l'angle de l'amitié plutôt que du simple récit biographique. Il explique avoir voulu montrer comment ces trois femmes, avant et après la disparition de Left Eye, ont eu besoin les unes des autres pour continuer à avancer.

Cette réflexion trouve sa source dans un titre pourtant mineur de la discographie du groupe, What About Your Friends?, sorti en 1992. Kwei-Armah s'est appuyé sur cette interrogation initiale pour construire toute la dramaturgie de la pièce : comment l'amitié façonne une existence, et qui l'on devient avec ou sans elle.

Une écriture validée par les survivantes du groupe

Fait rare pour ce type de production, le scénario a été soumis directement aux deux membres survivantes de TLC. Kwei-Armah raconte avoir lu le texte à voix haute à Rozonda Thomas, un moment qu'il décrit comme profondément éprouvant émotionnellement, ponctué de larmes et d'une étreinte à l'issue de la lecture. Tionne Watkins, de son côté, a validé la direction prise par le scénario avant que les deux femmes n'apportent leurs suggestions pour l'affiner.

La mémoire collective comme matière chorégraphique

La chorégraphe Chloe O Davis, qui a grandi en mémorisant les mouvements du groupe devant MTV, a travaillé à restituer avec précision les gestuelles devenues iconiques : le mouvement de nez de T-Boz, le haussement d'épaules de Left Eye, les mouvements de genoux caractéristiques de Chilli. Un travail de reconstitution minutieux qui s'appuie autant sur l'observation que sur la complicité tissée entre les trois interprètes au fil des répétitions.

Davis souligne par ailleurs la rareté de ce type de projet : les récits noirs portés par des créateurs noirs demeurent trop peu nombreux sur les scènes de théâtre. Une remarque qui dépasse le cadre de cette seule production et interroge plus largement la place accordée aux histoires afro-descendantes dans les industries culturelles occidentales, qu'il s'agisse de Broadway, du West End ou d'ailleurs.

L'émotion avant l'exactitude documentaire

Kwei-Armah assume pleinement le parti pris de la pièce : privilégier la charge émotionnelle plutôt que la restitution factuelle exhaustive. Pour les détails biographiques précis, dit-il, le public dispose de Wikipédia. Le rôle du théâtre, selon lui, est ailleurs : redonner à ces figures devenues icônes une épaisseur humaine, au-delà de la légende.

C'est peut-être là que réside la véritable réussite de CrazySexyCool : avoir su transformer trois femmes érigées en mythe pop en amies que l'on reconnaît, que l'on comprend, et dont on porte, le temps d'une soirée, la mémoire collective comme une évidence partagée.

CrazySexyCool – La comédie musicale de TLC est à l'affiche à l'Arena Stage de Washington DC jusqu'au 9 août.