Dix mois avant le premier tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen se déclare candidate. Quelques jours à peine après avoir affirmé qu'un bracelet électronique l'empêcherait de se présenter, la voilà qui se dédit sur le plateau du journal de 20 heures, le soir même d'un jugement confirmant, pour la deuxième fois, sa condamnation dans l'affaire des détournements de fonds du Parlement européen.C'est donc ainsi que l'on procède désormais ? Le soir de son jugement, on se rend sur un plateau de télévision pour annoncer sa candidature à la magistrature suprême. Plus c'est spectaculaire, plus cela semble fonctionner. Et, d'un seul coup, le débat ne porte plus sur la condamnation, mais sur la présidentielle.
Le devoir d'exemplarité, autrefois présenté comme une exigence démocratique, paraît relégué au rang de vieille lubie. Ce qui compte désormais, c'est la conquête du pouvoir. Tout le pouvoir. Au point de promettre déjà à son fidèle lieutenant le poste de Premier ministre, comme si l'alternance était acquise et que les électeurs n'avaient plus qu'à entériner un scénario déjà écrit.
La campagne est donc officiellement lancée. Comme si rien ne s'était passé. Comme si une condamnation pénale n'était qu'un épisode de communication parmi d'autres. Les réactions affluent. Certains dénoncent une stratégie de victimisation, d'autres saluent une démonstration de combativité. Les plus prudents avaient d'ailleurs pris soin d'afficher leur soutien avant même que le jugement ne soit rendu, préparant déjà le terrain du récit d'une prétendue persécution judiciaire.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit : déplacer le centre de gravité du débat. Ne plus parler des faits, ni des responsabilités, mais de la personne. Transformer une décision de justice en argument de campagne, faire passer une condamnation pour un certificat d'authenticité politique, et substituer l'émotion au droit.
Libre à chacun d'apprécier la stratégie. Mais elle pose une question plus large : que reste-t-il de l'exigence morale en politique lorsque la seule ambition affichée consiste à conquérir le pouvoir, quelles qu'en soient les circonstances ? Si une condamnation n'empêche plus de briguer la plus haute fonction de l'État et devient même un levier de communication, alors ce n'est peut-être pas seulement le rapport d'une candidate à la justice qui est en jeu. C'est aussi celui de notre démocratie à l'exemplarité, à la responsabilité politique et, finalement, à la confiance que les citoyens peuvent encore accorder à leurs dirigeants.