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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

États-Unis, Russie, Chine : la bataille du nucléaire se joue en Afrique

Pendant que les grandes puissances rejouent leur rivalité stratégique sur d'autres théâtres, une compétition plus discrète se déroule sous les radars : celle des réacteurs. De Pretoria à Kampala, en passant par Accra et Windhoek, Washington, Moscou et Pékin se disputent la construction des futures centrales du continent — et avec elles, une influence de plusieurs décennies.

Plus de 20 des 54 pays africains ont désormais engagé des plans de long terme dans le domaine de l'énergie atomique, un marché considéré comme l'un des plus prometteurs de la décennie énergétique à venir. La flambée des prix de l'énergie et les pénuries chroniques d'électricité alimentent des appels à la coopération nucléaire dans toute l'Afrique, où les grandes puissances nucléaires mettent en avant les petits réacteurs modulaires comme réponse aux déficits énergétiques du continent. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, la capacité nucléaire installée sur le continent pourrait être multipliée par dix d'ici 2050.

La Russie, en position de force historique

L'implication de Moscou dans le nucléaire africain ne date pas d'hier. Rosatom construit déjà le premier réacteur civil de l'Égypte, à El Dabaa, un chantier à 4,8 gigawatts dont la première tranche doit entrer en service d'ici 2028. Le groupe russe a par ailleurs signé des accords de coopération avec l'Éthiopie, le Burkina Faso, le Ghana, la Tanzanie et le Niger — allant des grands projets de centrales aux centres de recherche, en passant par le traitement de l'uranium et la formation des cadres locaux. En Ouganda, où le gouvernement vise 2000 mégawatts de capacité nucléaire d'ici 2032, Rosatom a signé un accord aux côtés de son rival chinois, la China National Nuclear Corporation — une configuration qui illustre bien la logique de mise en concurrence directe pratiquée par plusieurs capitales africaines.

La Chine, de la mine au réacteur

Pékin avance sur un autre registre : celui de la maîtrise complète de la chaîne de valeur, des mines d'uranium jusqu'aux centrales. En février 2026, une filiale de la China National Nuclear Corporation a acquis 42,75 % des parts du projet de mine d'uranium Etango en Namibie, pour un montant de 321,5 millions de dollars, avec un droit d'achat sur 60 % de la production future. Deuxième producteur mondial d'électricité nucléaire derrière les États-Unis, la Chine ambitionne selon l'Association nucléaire mondiale de porter sa capacité installée de 60 à 350 gigawatts entre 2025 et 2050 — une trajectoire qui nourrit directement ses ambitions africaines, en amont comme en aval de la filière.

Washington, en position de rattrapage

Face à ces deux puissances déjà bien implantées, les États-Unis apparaissent comme le troisième homme d'une course qu'ils n'ont pas menée en premier. Leur stratégie mise sur les petits réacteurs modulaires : un accord commercial a été signé en 2024 entre Nuclear Power Ghana et le développeur américain Regnum Technology Group, utilisant la technologie NuScale. Washington et Séoul ont également coparrainé une conférence sur le nucléaire à Nairobi, où un responsable du département d'État a affirmé que les États-Unis travaillaient avec plusieurs pays africains pour accélérer le développement de réacteurs civils sûrs. Mais pour l'heure, seuls le Kenya et le Ghana ont rejoint l'initiative américaine sur les réacteurs modulaires — un score modeste comparé à l'empreinte russe.

L'Afrique du Sud, seule à l'échelle industrielle

Sur le terrain, un seul pays africain exploite aujourd'hui une centrale nucléaire commerciale : l'Afrique du Sud, avec les deux réacteurs de Koeberg, construits dans les années 1980 par un consortium français. Eskom prévoit désormais la mise en service de 5,2 gigawatts de nouvelles capacités d'ici 2035, et Pretoria envisage même de relancer le programme de réacteur modulaire à lit de boulets, abandonné au début des années 2010 après des investissements considérables. Le pays a par le passé sollicité des offres simultanées auprès des États-Unis, de la Chine, de la France, de la Russie et de la Corée du Sud — un signe que la mise en concurrence des puissances nucléaires n'est pas propre à ce nouveau cycle, mais s'inscrit dans une pratique diplomatique déjà rodée.

Souveraineté ou nouvelle dépendance ?

Reste la question de fond, qui traverse en creux tous ces accords : celle de la souveraineté technologique. Un réacteur nucléaire engage un pays pour plusieurs décennies — financement, maintenance, combustible, formation des ingénieurs, gestion des déchets. Choisir un fournisseur, ce n'est pas seulement construire une centrale : c'est aussi choisir sa dépendance. Pour l'instant, malgré la multiplication des accords, le nucléaire ne représente encore qu'à peine 1 % de la production énergétique du continent. La course a commencé bien avant que les premières centrales ne sortent de terre — et c'est peut-être là que se joue l'essentiel : dans les termes des contrats, pas dans le béton des enceintes de confinement.