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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Gaza, Syrie : ce que l'actualité choisit de ne pas voir


Cette semaine, l'actualité française et internationale a eu les yeux tournés vers la canicule et les incendies qui ravagent le pays, puis vers la finale de la Coupe du monde menacée par des fumées venues du Canada. Pendant ce temps, le plan de reconstruction de Gaza a fondu comme neige au soleil, les frappes israéliennes continuent, et la France a discrètement entamé le renvoi de réfugiés syriens vers un pays que l'aviation israélienne continue de bombarder.

Depuis début juillet, la France vit au rythme des bulletins de Météo-France. Une troisième vague de canicule de l'été a placé, le 9 juillet, soixante-douze départements en vigilance orange, avant de virer au rouge dans trente-sept d'entre eux les 12 et 13 juillet — 43°C relevés dans l'Hérault, 40°C à Perpignan et Marseille, des nuits tropicales qui empêchent tout répit. Cette chaleur a directement nourri les incendies qui ont suivi : plus de 32 000 hectares brûlés depuis janvier selon le ministre de l'Intérieur, davantage que sur toute la saison 2025, avec un feu hors norme en forêt de Fontainebleau et d'autres dans l'Aude, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales. Puis, ce week-end du 17 au 19 juillet, c'est à New York que l'attention se déplace : la finale du Mondial entre l'Espagne et l'Argentine est menacée par les fumées des incendies canadiens, au point que Donald Trump en a fait, vendredi, un sujet de friction avec Ottawa. Trois séquences, toutes légitimement suivies, commentées, cartographiées en direct — et qui, ensemble, occupent tout l'espace disponible.

Gaza : la reconstruction qui n'a jamais commencé

Une enquête du Guardian, publiée jeudi, révèle que le plan de reconstruction porté par le Conseil pour la paix de Donald Trump — présenté en grande pompe à Davos en janvier par Jared Kushner, promettant en cent jours l'eau, l'électricité, les hôpitaux et les boulangeries pour l'ensemble du territoire — s'est réduit à un camp provisoire de cabanes préfabriquées près de Rafah, destiné à une fraction seulement des deux millions de déplacés de l'enclave. Aucun chantier n'a commencé sur le site retenu. La force internationale censée le protéger ne compte, pour l'heure, que quelques officiers marocains et kosovars fraîchement arrivés en Israël, sur les cinq mille prévus. Pendant que ce dossier faisait, l'espace d'une journée, quelques titres avant de s'effacer, une frappe de drone israélienne a visé, le 12 juillet, un atelier de forgeron du quartier d'al-Sabra, à Gaza-ville, tuant quatre personnes. L'armée israélienne a revendiqué le tir en évoquant une "infrastructure terroriste", sans apporter la moindre preuve. C'est ce site — la fumée d'une frappe plutôt que les fondations d'un chantier — que documente la photographie accompagnant cet article. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu d'octobre 2025, selon un décompte de l'Agence Média Palestine.

Syrie : le retour forcé d'un pays qu'on continue de bombarder

Le 6 juillet, Emmanuel Macron devenait le premier chef d'État occidental de premier plan à se rendre à Damas depuis la chute de Bachar el-Assad, officialisant une normalisation diplomatique avec le nouveau pouvoir d'Ahmad al-Charaa. Cette démarche, engagée depuis la visite d'al-Charaa à Paris en mai 2025, vise explicitement à faciliter le retour des quelque 500 000 réfugiés syriens présents en France et à réduire la pression migratoire vers l'Europe. Sur le terrain, les préfectures s'appuient sur ce changement de régime pour reprendre des mesures d'éloignement vers la Syrie, considérant que le pays ne présenterait plus de danger pour les personnes protégées — une lecture que contestent les associations de défense du droit d'asile, rappelant que des milliers de prisonniers politiques croupissent encore dans les geôles syriennes.

Ce que cette lecture occulte plus largement, c'est la réalité militaire du pays vers lequel on renvoie. Depuis la chute d'Assad, l'aviation israélienne mène des frappes et incursions répétées en Syrie, en particulier dans le Sud — Deraa, Quneitra, les environs du plateau du Golan qu'elle occupe et dont elle a étendu l'emprise. Le centre syrien de veille Sijil a recensé près de trois cents opérations ou violations israéliennes rien que pour le mois de juin 2026 dans ces deux provinces, dont cent sept incursions et raids. Des villages entiers, comme Abidin dans le bassin du Yarmouk, ont vu leurs habitants fuir sous les tirs d'artillerie et les tirs d'hélicoptère israéliens. Ce sont ces mêmes régions, et ce même pays, que la diplomatie française présente désormais comme suffisamment sûr pour y renvoyer des personnes qui en avaient fui la guerre.

Le fil continu que personne ne suit plus

Ce mécanisme n'a rien de nouveau : chaque actualité chasse la précédente. Ce qui l'est davantage, c'est la régularité avec laquelle les zones sous bombardement israélien — que ce soit à Gaza ou dans le Sud syrien — en font les frais, quel que soit l'événement qui les relègue en fin de flux : un thermomètre, un incendie, un ballon rond. Dans les deux cas, une même mécanique se répète : une annonce diplomatique présentée comme un tournant — un plan de reconstruction, une normalisation — vient recouvrir, dans l'espace médiatique, une réalité militaire qui n'a, elle, jamais cessé.

Ce n'est pas tant que ces sujets aient disparu des radars que la manière dont ils y réapparaissent : toujours au conditionnel des plans annoncés et des relations rétablies, rarement au présent de ce qui continue de brûler.