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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Haïlé Sélassié : 134 ans ou la mémoire vivante d'un empire refusé à l'oubli

Ce jeudi 23 juillet, les communautés rasta du monde entier célèbrent le 134ème anniversaire de la naissance de Ras Tafari Makonnen, devenu en 1930 l'empereur Haïlé Sélassié Ier d'Éthiopie. Tambours nyabinghi, chants et recueillement rythment cette date pour un mouvement né en Jamaïque dans les années 1930, mais dont la mémoire reste indissociable d'un continent tout entier.

Une naissance devenue prophétie

Tafari Makonnen naît le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, en Éthiopie, fils du ras Makonnen. Rien, dans ces débuts modestes, ne laissait présager la place que cet homme occuperait dans l'imaginaire spirituel de la diaspora africaine. Il exerce d'abord le pouvoir sous le règne de l'impératrice Zaouditou, sa tante, avant que son ascension ne prenne, aux yeux de certains, une tout autre dimension.

Quelques années avant son couronnement, le leader nationaliste noir Marcus Garvey annonçait la venue d'un messie appelé à conduire les peuples d'Afrique et de sa diaspora vers la liberté. Lorsque la nouvelle du couronnement de Sélassié parvient jusqu'en Jamaïque, une partie de la population y voit l'accomplissement de cette prophétie. Le mouvement rastafari venait de trouver son roi.

Le règne d'un dernier empereur

Descendant revendiqué du roi Salomon et de la reine de Saba, Ras Tafari Makonnen règne sous le nom de Haïlé Sélassié Ier, « Puissance de la Trinité » en guèze, dernier empereur d'Éthiopie de 1930 à 1936 puis de 1940 à 1974. Entre les deux dates, l'invasion italienne le contraint à l'exil en Angleterre — un épisode que l'histoire officielle éthiopienne retient comme celui d'un souverain combattant pour la souveraineté de son pays face aux ambitions coloniales de Mussolini.

À son retour, Sélassié engage l'Éthiopie sur la voie d'une modernité institutionnelle : il participe à la fondation de l'Organisation de l'unité africaine, dont le siège s'installe à Addis-Abeba, dote son pays de sa première constitution écrite et abolit l'esclavage. Une trajectoire qui s'achève brutalement en 1974, lorsqu'un coup d'État renverse la monarchie éthiopienne ; l'empereur meurt l'année suivante, dans des circonstances qui demeurent contestées.

Un messie que l'intéressé n'a jamais revendiqué

Point de friction souvent minimisé dans les récits populaires du mouvement : Haïlé Sélassié était de confession chrétienne orthodoxe et n'a jamais reconnu les croyances rastafari le concernant, allant jusqu'à encourager les fidèles jamaïcains à se tourner vers le christianisme éthiopien tewahedo. Une nuance de taille, que rappellent aujourd'hui historiens et théologiens, sans que cela n'entame la ferveur des célébrations.

Cette réserve de l'empereur n'a jamais empêché les rastas de voir en lui le Lion conquérant de la tribu de Juda, la Racine de David et le Roi des rois, figure christique attendue selon leur lecture des textes bibliques. Son couronnement de 1930 est perçu comme l'accomplissement d'une prophétie annonçant le sacre d'un roi noir en Afrique, signal du commencement de la délivrance des peuples opprimés.

Une ferveur toujours vivace

Ce sont aujourd'hui entre 700 000 et un million de rastafariens à travers le monde qui célèbrent cet anniversaire par des séances de tambours nyabinghi, moment parmi les plus sacrés du calendrier rasta. Le phénomène dépasse largement la Jamaïque : au Zimbabwe, les neuf maisons rastafari du pays se sont récemment réunies pour célébrer ensemble la mémoire de l'empereur, preuve d'un ancrage africain qui n'a jamais cessé de se renouveler, génération après génération, bien au-delà des frontières caribéennes qui ont vu naître le mouvement.

De cette date naît chaque année la même musique — tambours, chants, cannabis rituel — et la même question de fond, jamais tout à fait résolue : que reste-t-il d'un homme quand sa légende le dépasse ? Sélassié n'a jamais demandé à être Dieu. L'histoire, elle, en a décidé autrement.

À nous de montrer. À vous de voir.