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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Le gazoduc Nigeria-Maroc, ou l'Afrique qui refuse d'attendre

Vingt-trois milliards d'euros, six mille kilomètres, treize pays traversés : l'accord signé dimanche à Freetown par les chefs d'État de la Cedeao acte le lancement d'un des plus grands chantiers énergétiques jamais portés par des capitaux et une ingénierie majoritairement africains. Aux côtés des raffineries Dangote et des lignes à grande vitesse marocaines, ce gazoduc dessine une cartographie du continent que l'on montre rarement : celle d'un pouvoir de construire.

L'accord ne sort pas de nulle part. L'idée remonte à 2016, lorsque le roi Mohammed VI, en visite à Abuja, propose à la première économie du continent un partenariat structurant plutôt qu'une simple relation commerciale. Neuf ans plus tard, ce dimanche 19 juillet, les chefs d'État de la Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont signé, à Freetown, l'accord intergouvernemental qui donne corps à ce projet : le Gazoduc Nigeria-Maroc, ou NMGP.

Le tracé impressionne par son échelle : environ six mille kilomètres, treize pays traversés sur la façade atlantique, une connexion prévue au Gazoduc Maghreb Europe. L'Office national des hydrocarbures et des mines marocain et la Nigerian National Petroleum Corporation évoquent, dans leur communiqué commun, un projet qui doit « relier les ressources gazières de l'Afrique de l'Ouest aux principaux centres de consommation régionaux » et « créer un nouveau corridor de développement » entre l'Afrique de l'Ouest, les États du Sahel, le Maroc et l'Europe.

Une infrastructure, pas une image

Il faut le dire simplement : ce type de projet ne fait pas la une avec la même régularité que les images de conflits, de famines ou de traversées désespérées qui saturent trop souvent l'iconographie du continent en Occident. Pourtant, c'est aussi cela, l'Afrique de 2026. Celle des raffineries Dangote à Lagos, qui ont rebattu les cartes du raffinage pétrolier continental. Celle des lignes à grande vitesse marocaines, qui relient déjà Tanger à Casablanca et s'étendent vers Marrakech et Agadir. Celle, désormais, d'un gazoduc conçu, négocié et financé selon une logique panafricaine et sud-sud, où le Maroc et le Nigeria jouent les architectes plutôt que les sous-traitants.

Le président en exercice de la Cedeao, le chef d'État sierra-léonais Julius Maada Bio, ne s'y est pas trompé dans sa formule adressée aux populations ouest-africaines : « Ne soyez pas surpris lorsque le gaz arrivera chez vous. » Une phrase qui dit, en creux, ce que ce projet représente : la promesse d'une intégration énergétique régionale qui ne dépend ni de Bruxelles ni de Washington pour se concevoir.

Les questions que la communication officielle n'efface pas

Reste que la rigueur commande de ne pas transformer un accord intergouvernemental en infrastructure achevée. Le calendrier annoncé — une mise en service en 2031 — s'inscrit dans un secteur où les glissements de plusieurs années sont la norme plutôt que l'exception, qu'il s'agisse de financement, de stabilité sécuritaire dans les zones sahéliennes traversées, ou de coordination entre treize administrations nationales aux priorités parfois divergentes. Le projet concurrence par ailleurs, sur le papier, le gazoduc transsaharien porté par l'Algérie et le Nigeria depuis les années 1970, régulièrement relancé sans jamais aboutir — une rivalité qui pèsera sur les arbitrages financiers et diplomatiques à venir.

Ces réserves ne retirent rien à ce que l'accord de Freetown signifie déjà : un continent qui planifie à l'échelle de plusieurs décennies, qui mobilise ses propres institutions régionales, et qui construit, au sens le plus littéral du terme, ses propres corridors. Ni misérabilisme, ni angélisme. Juste un chantier, ses risques, et son ambition.