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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Le régime Ital : quand la table devient un acte de foi

Le rastafarisme est souvent réduit, dans l'imaginaire collectif, à la crinière en dreadlocks et au nuage de ganja. Cette image occulte l'un des piliers les plus structurants du mouvement : une discipline alimentaire précise, le régime Ital, qui bannit produits animaux, alcool et sel au profit de fruits, légumes et épices cultivés localement. Loin d'être une simple tendance healthy avant l'heure, ce régime porte une charge spirituelle, historique et politique qui mérite d'être déployée.

Une alimentation pensée comme un acte de pureté

Le terme « Ital » dérive de l'anglais « vital ». Il désigne une cuisine composée d'aliments frais, si possible bio et autoproduits, à l'exclusion de tout produit industrialisé, en conserve ou additivé. Cette exigence traduit une méfiance envers les processus de transformation industrielle, perçus comme une dénaturation de l'aliment et, par extension, du corps qui le consomme. La majorité des rastas pratiquent un végétarisme strict, certains tolérant le poisson, mais aucun n'admet la viande rouge ou la volaille dans une version orthodoxe du régime.

Une généalogie qui précède de plusieurs décennies le véganisme contemporain

L'introduction du végétarisme dans le mouvement est généralement attribuée à Leonard Howell, l'un des fondateurs du rastafarisme jamaïcain, dont l'intérêt pour les pratiques alimentaires des travailleurs indiens sous contrat en Jamaïque aurait influencé la doctrine naissante. Cette filiation n'est pas anodine : le rastafarisme s'est construit en dialogue avec l'hindouisme et le bouddhisme, deux traditions où le végétarisme occupe une place centrale au nom du respect de toute forme de vie. Le régime Ital s'inscrit ainsi dans une cosmologie bien antérieure aux discours occidentaux sur l'alimentation bio ou crudivore, qu'il a en réalité anticipés de plusieurs décennies.

Une justification scripturaire et une quête de « livity »

L'ancrage biblique du régime Ital se trouve dans la Genèse, où Dieu accorde à l'homme « tout herbage portant graine » et « tout arbre portant des fruits » pour nourriture. Ce texte fonde le rejet de l'alcool issu de la vigne et du sel, remplacé par les herbes aromatiques. Mais la dimension spirituelle dépasse la seule exégèse : pour les pratiquants, une alimentation pure génère des vibrations positives et nourrit la « livity », cette énergie vitale au cœur de la théologie rasta. La viande, perçue comme un aliment mort, est jugée incapable de nourrir cette énergie — d'où l'adage popularisé en Jamaïque, « Ital is vital ».

Souveraineté alimentaire et héritage de la plantation

Le régime Ital porte également une dimension économique et politique qui excède la seule sphère spirituelle. En privilégiant les produits locaux — ignames, bananes, callaloo, chocho — au détriment des importations, les rastas jamaïcains renouent avec une pratique héritée de l'esclavage, quand les jardins de case constituaient l'unique marge d'autonomie alimentaire des populations asservies. Cette continuité historique transforme le choix alimentaire en geste de rupture avec les circuits d'importation coloniaux puis néocoloniaux, et fait du potager un espace de résistance autant que de subsistance.

Un précepte qui infuse la culture populaire

Cette éthique alimentaire irrigue largement la production musicale jamaïcaine, du reggae roots au dancehall contemporain, où plusieurs titres mettent en scène le refus d'une nourriture jugée incompatible avec la discipline Ital. Le préfixe « i- » qui s'attache à certains aliments dans le langage rasta (i-banana, i-pumpkin) illustre également comment cette pratique alimentaire a façonné jusqu'au vocabulaire de la communauté.

Une orthodoxie flexible

Le régime Ital n'est cependant pas figé en dogme uniforme. Certaines figures publiques du mouvement, à l'image de chefs cuisiniers jamaïcains popularisés par des émissions culinaires locales, ont intégré poisson ou arômes de volaille à leurs préparations tout en maintenant le rejet du sel, jugé responsable d'hypertension et de douleurs articulaires. Cette souplesse s'explique par un principe fondamental du rastafarisme : la tolérance et le refus du jugement entre frères, chacun étant libre d'interpréter la discipline Ital selon sa propre conscience.

Ce que révèle en définitive le régime Ital, c'est qu'aucune pratique alimentaire n'est jamais neutre. Derrière l'assiette du rastaman se joue une théologie, une mémoire de la plantation et une politique de la souveraineté — bien avant que l'Occident ne redécouvre ces enjeux sous l'étiquette du bio ou du local.