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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Lee "Scratch" Perry, l'empereur noir du dub que la légende a failli engloutir


Cinq ans après sa disparition, deux ouvrages, un album posthume et une vague de rééditions invitent à reconsidérer l'œuvre du producteur jamaïcain au-delà du folklore qui l'a longtemps caricaturé.

On l'a souvent réduit à ses excentricités

Rainford Hugh Perry, dit Lee « Scratch » Perry, est né en 1936 à Kendal, dans la paroisse de Hanover, au nord-ouest de la Jamaïque. Son père était ouvrier agricole et danseur reconnu, sa mère pratiquait l'ettu, une tradition spirituelle d'origine yoruba propre à cette région de l'île. C'est dans cet héritage que le producteur disait puiser ses méthodes les plus déroutantes, lui qui demandait parfois à ses interlocuteurs de lui rapporter des pierres récoltées au bord d'un fleuve, comme l'a vécu le journaliste David Katz lors de leur première rencontre à Londres.

Après des débuts dans une carrière de pierres, Perry rejoint Kingston où il devient directeur artistique pour Coxsone Dodd, au légendaire Studio One. Il y croise les Maytals, travaille avec un jeune Delroy Wilson et signe ses propres titres, dont Chicken Scratch, qui lui vaudra son surnom. Mais c'est avec la création de son propre studio, le Black Ark, achevé en 1973 dans le quartier de Washington Gardens à Kingston, que sa légende prend forme.

Un studio sous-équipé devenu sanctuaire

Le matériel du Black Ark n'avait rien d'exceptionnel : une console achetée d'occasion à Londres, un magnétophone quatre pistes bon marché, une batterie qui aurait appartenu à Ringo Starr. Perry compensait ce dénuement technique par un cérémonial spectaculaire, mêlant fumée de cannabis, libations diverses et enregistrements enterrés dans le jardin. Pour le chercheur Edward George, animateur de l'émission Strangeness of Dub, le studio dépassait largement sa fonction d'outil de production : il s'agissait d'un espace communautaire et spirituel, ouvert aux rastafariens, où la reconstruction identitaire des Noirs jamaïcains se jouait autant que la musique.

Cette politique de portes ouvertes finira par précipiter la chute du lieu. Submergé par les profiteurs, Perry ferme le Black Ark en 1978, avant une rénovation manquée et un incendie en 1982, qu'il présentera tantôt comme un accident, tantôt comme un acte de purification volontaire. L'épisode marque la fin de l'un des studios les plus influents de l'histoire du reggae, après qu'il y a produit Heart of the Congos et conçu une grande partie de l'esthétique dub qui irriguera la musique populaire bien au-delà de la Jamaïque.

Le bouffon qui cachait le pionnier

Dans les dernières décennies de sa vie, Perry cultive une image excentrique, tenues fluorescentes, cheveux teints, réponses sibyllines livrées en interview. Son ami et collaborateur Adrian Sherwood regrette que cette posture ait fini par éclipser, aux yeux du grand public européen, l'ampleur de son apport réel : l'invention du studio comme instrument à part entière, l'exploration des limites sonores du dub, des techniques annonçant le sampling. Katz partage cette lecture et invite à ne pas confondre la mise en scène avec l'œuvre elle-même, qui reste selon lui la véritable mesure du génie de Perry.

Avant son installation à Londres, Perry avait façonné le son des débuts de Bob Marley and the Wailers sur les albums Soul Rebel et Soul Revolution, avant une rupture houleuse autour des droits d'auteur. Il signera ensuite Super Ape, souvent cité comme l'un des albums dub les plus marquants jamais produits, et accueillera au fil des années des artistes venus chercher ses conseils bien au-delà du reggae, des Beastie Boys à Keith Richards.

Une actualité éditoriale qui relance le débat

Cette année marque un regain d'intérêt éditorial pour son héritage. L'ouvrage de David Katz, Dub Revolution, doit paraître début juillet chez White Rabbit et s'inscrit dans une démarche plus large de réévaluation du genre. Un livre illustré, consacré spécifiquement au studio Black Ark, est déjà disponible aux éditions Patrick Frey. Du côté de la musique, l'album posthume Spatial, No Problem, fruit d'une collaboration avec le groupe électronique allemand Mouse on Mars enregistrée deux ans avant la mort de Perry, est sorti chez Domino Recordings. Lors d'un concert donné récemment au Barbican Centre de Londres, le groupe a rendu hommage au producteur disparu en intégrant à son set des field recordings réalisés sur le site même du Black Ark.