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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Les procès ont remplacé les chars : comment le droit devient une arme de pouvoir en Afrique

Du Zimbabwe au Nigeria, en passant par le Togo, le Sénégal et la RDC, une génération de dirigeants a compris qu'un tribunal coûte moins cher et dure plus longtemps qu'un coup d'État. Mais réduire ce phénomène à une pathologie africaine, c'est ignorer qui écrit ce droit, qui le finance, et qui, sur le terrain, s'y oppose déjà.

Il y a trente ans, un coup d'État se voyait. Un général en treillis à la télévision nationale, un couvre-feu, parfois un mort. Aujourd'hui, le même résultat s'obtient en costume, avec un dossier de procédure et une décision de justice. Le pouvoir ne se prend plus dans la rue, il se sécurise à l'audience.

Un même répertoire, des histoires différentes

Au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa a vidé l'opposition de l'intérieur : financement de factions rivales, arrestations ciblées, jusqu'à ce que le groupe parlementaire censé incarner la contestation soit tenu par des hommes acquis à la ZANU-PF. Au Togo, Faure Gnassingbé, à l'approche d'un mur constitutionnel après quatre mandats, a fait sauter l'élection présidentielle au suffrage direct au profit d'un régime parlementaire taillé sur mesure. Mnangagwa observe aujourd'hui ce précédent avec intérêt.

Au Nigeria, Bola Tinubu, élu président en 2023 dans un scrutin déjà contesté par l'opposition, a vu deux poids lourds de son propre camp poursuivis pour corruption après avoir rejoint les rangs adverses. Au printemps, ses deux principaux rivaux, Atiku Abubakar et Peter Obi, ont vu leurs partis pris dans un enchevêtrement judiciaire suffisamment opportun pour faire craindre une présidentielle 2027 sans opposition sérieuse. Un compromis a finalement été négocié — mais les partis d'opposition en ressortent exsangues, financièrement et organisationnellement.

Ce sont trois pays, trois systèmes juridiques, trois histoires coloniales distinctes. Les assimiler dans un seul récit — « l'Afrique manipule le droit » — c'est déjà reproduire le geste que l'on prétend dénoncer : faire du continent une illustration interchangeable, plutôt qu'un ensemble de rapports de force précis et documentés.

Ce que la presse occidentale ne raconte pas

Un détail manque systématiquement à ce type d'analyse, produite loin d'Harare, de Lomé ou d'Abuja : le rôle des partenaires extérieurs qui arment, financent ou légitiment ces mêmes régimes. Paul Kagame entame son nouveau mandat au Rwanda après une réélection à un score soviétique — mais reste l'un des partenaires militaires et diplomatiques les plus choyés de plusieurs capitales occidentales, malgré les rapports accablants sur son rôle dans l'est de la RDC. Le FMI et les bailleurs internationaux exigent depuis vingt ans des réformes d'« État de droit » comme condition à leurs financements, sans jamais s'interroger sur qui, localement, contrôle en pratique les nominations judiciaires que ces réformes sont censées sécuriser. On dénonce la guerre juridique en Afrique tout en finançant les infrastructures juridiques qui la rendent possible.

Le boomerang sénégalais, et ce qu'il révèle

Le contre-exemple le plus instructif reste le Sénégal. Macky Sall a poursuivi Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye avec les mêmes outils — arrestations, procédures, inéligibilités frappées à point nommé. Résultat : une popularité décuplée et la victoire de Faye dès 2024. La manipulation judiciaire n'est pas une arme infaillible ; elle dépend d'une société civile, d'une presse et d'une jeunesse capables de retourner la répression en légitimité. C'est cette capacité de résistance — pas seulement la mécanique de la répression — qui mériterait d'être documentée en détail, procès par procès, magistrat par magistrat, plutôt que résumée en une ligne.

Une bombe à retardement en RDC

En RDC, le dossier a franchi une étape décisive : l'Assemblée nationale a adopté début juin, à 348 voix contre 2, une loi organisant les référendums constitutionnels, suivie par le Sénat quelques jours plus tard. Le texte doit encore passer devant la Cour constitutionnelle, mais la mécanique est lancée — et Félix Tshisekedi a lui-même laissé entendre qu'il accepterait un troisième mandat « si le peuple le veut ». Détail qui mérite d'être souligné : le président a publiquement reconnu que les États-Unis exigeaient des réformes judiciaires, en lien avec l'accord de paix de décembre 2025 avec le Rwanda et l'accès aux minerais stratégiques congolais — réformes qui, selon lui, ne peuvent se faire sans réviser la Constitution. L'ingérence extérieure et la manipulation constitutionnelle ne sont donc pas deux phénomènes parallèles : elles s'articulent, ici, dans le même texte de loi.

Le précédent guinéen (le troisième mandat d'Alpha Condé provoquant un coup d'État) et ivoirien (la dissolution de la commission électorale par Gbagbo suivie d'émeutes) rappellent que la guerre juridique ne désamorce pas les conflits : elle les déplace, parfois vers une issue bien plus brutale que celle qu'elle prétendait éviter.

Ce qui reste à écrire

La bataille pour la légalité en Afrique n'oppose pas simplement des autocrates rusés à des institutions dépassées. Elle oppose des appareils d'État instrumentalisés à des contre-pouvoirs qui, parfois, tiennent bon — et parfois cèdent. En RDC, l'Église catholique, via la CENCO et le cardinal Fridolin Ambongo, a longtemps incarné ce rôle de vigie, notamment lors de la crise post-électorale de 2016-2018. Mais en mai 2026, ce front s'est fissuré : une partie des Églises de Réveil, proches du pouvoir, a basculé en faveur de la réforme constitutionnelle. C'est cette bataille-là — la moins spectaculaire, la moins racontée, et jamais définitivement gagnée — qui mériterait un vrai suivi.