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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Mauritanie : le géant discret du Sahara qui mérite d'être redécouvert

 

Entre cités caravanières classées à l'UNESCO, bibliothèques millénaires, oasis cachées et l'un des plus grands ports de pêche d'Afrique, la Mauritanie demeure l'un des pays les moins visités de la planète. Un paradoxe pour ce territoire saharien qui concentre une part essentielle de l'histoire des échanges entre l'Afrique subsaharienne, le Maghreb et le monde arabe.

Lorsque l'on évoque les grandes destinations africaines, les regards se tournent spontanément vers le Maroc, l'Égypte, la Tanzanie ou encore le Sénégal. Plus au nord-ouest du continent, la Mauritanie reste largement absente des itinéraires touristiques internationaux.

Pourtant, ce pays de près de cinq millions d'habitants possède un patrimoine exceptionnel. Couvrant plus d'un million de kilomètres carrés, dont près de 90 % sont engloutis par le Sahara, il offre des paysages parmi les plus spectaculaires du continent, mais aussi un héritage intellectuel et commercial qui a profondément marqué l'histoire de l'Afrique.

Cette faible fréquentation s'explique en partie par l'image sécuritaire du pays, longtemps associée aux tensions qui ont touché la région sahélo-saharienne. Pourtant, la situation actuelle est bien différente de celle des années 2000. Depuis plus d'une décennie, la Mauritanie a considérablement renforcé son dispositif sécuritaire et figure aujourd'hui parmi les États sahéliens les plus stables.

Nouadhibou, capitale d'une richesse venue de l'océan

À première vue, la Mauritanie apparaît comme un immense désert. Pourtant, c'est sur son littoral atlantique que se trouve l'une de ses plus grandes richesses.

La ville de Nouadhibou constitue le principal port de pêche du pays. Grâce au courant froid des Canaries, les eaux mauritaniennes comptent parmi les plus poissonneuses du monde. Sardinelles, maquereaux, poulpes ou encore poissons sabres alimentent une activité économique essentielle pour le pays.

Des milliers de pirogues artisanales et de navires industriels s'y concentrent quotidiennement, formant une impressionnante mosaïque visible jusque sur les images satellites. Cette abondance rappelle combien les ressources halieutiques demeurent stratégiques pour de nombreux pays africains, tout en soulevant la question de leur exploitation durable face aux flottes étrangères.

Nouakchott, une capitale née du désert

Plus au sud, Nouakchott surprend immédiatement.

Contrairement aux grandes métropoles africaines construites autour d'anciens centres coloniaux, la capitale mauritanienne semble avoir émergé directement des dunes. Les avenues modernes côtoient des rues encore sablonneuses, offrant un contraste permanent entre urbanisation contemporaine et environnement désertique.

Près d'un Mauritanien sur trois y réside aujourd'hui, conséquence d'un important exode rural provoqué notamment par les grandes sécheresses des décennies passées.

À quelques kilomètres seulement du centre-ville, le marché aux dromadaires de Beila rappelle que le chameau demeure un pilier économique et culturel. La Mauritanie en compte environ deux millions, utilisés aussi bien pour le transport que pour l'élevage, la production de lait ou encore les déplacements dans les régions désertiques.

La Route de l'Espoir, colonne vertébrale d'un pays immense

Traverser la Mauritanie, c'est mesurer l'immensité du Sahara.

Construite progressivement à partir des années 1970, la Route de l'Espoir relie Nouakchott aux régions orientales jusqu'à Néma, à plus de 1 000 kilomètres de la capitale.

Malgré son importance stratégique, les trajets restent particulièrement longs. Les bus traversent des centaines de kilomètres de paysages minéraux ponctués de rares villages, où les pauses correspondent souvent aux heures de prière.

Cette route constitue aujourd'hui le principal lien entre les populations de l'ouest et celles des régions orientales.

Oualata, mémoire vivante des caravanes du Sahara

À l'extrême est du pays, Oualata apparaît comme un mirage.

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, cette ancienne cité caravanière constituait autrefois une étape incontournable entre Tombouctou, le Maghreb et les grands centres commerciaux d'Afrique du Nord.

Ses maisons de terre rouge décorées de motifs géométriques peints par les femmes du village constituent l'une des signatures architecturales les plus remarquables du Sahara.

Aujourd'hui pourtant, la ville souffre de son isolement. Le ralentissement des échanges transfrontaliers et l'exode des jeunes vers Nouakchott fragilisent progressivement ce patrimoine exceptionnel.

Des bibliothèques familiales qui protègent un trésor africain

L'un des aspects les plus fascinants de la Mauritanie réside dans la conservation de milliers de manuscrits anciens.

Contrairement à de nombreux pays où ces documents sont conservés dans des musées nationaux, une grande partie des textes historiques mauritaniens est toujours préservée par les familles elles-mêmes.

Ces manuscrits abordent des sujets aussi variés que la théologie, l'astronomie, les mathématiques, la médecine, la poésie ou encore le droit.

Ils témoignent du rôle majeur joué par les villes sahariennes dans la circulation des savoirs entre l'Afrique subsaharienne et le monde méditerranéen bien avant la colonisation européenne.

Chinguetti, l'une des grandes capitales intellectuelles du Sahara

Plus accessible qu'Oualata, Chinguetti demeure sans doute la ville historique la plus célèbre de Mauritanie.

Fondée il y a plus de mille ans, elle devint un carrefour majeur des caravanes transsahariennes transportant sel, or, tissus, manuscrits et connaissances.

Son ancienne mosquée, dont le minaret figure parmi les plus anciens encore utilisés dans le monde musulman, symbolise l'importance religieuse de la cité.

Mais Chinguetti est surtout connue pour ses bibliothèques privées.

Derrière des façades de pierre et de terre se cachent des collections uniques de manuscrits rédigés ou copiés entre le Moyen Âge et les siècles suivants. Grâce à des programmes de restauration internationaux et à l'engagement des familles locales, une partie importante de ce patrimoine continue d'être sauvegardée malgré les conditions climatiques extrêmes.

Le principal danger vient désormais du désert lui-même. Année après année, les dunes gagnent du terrain et ensevelissent progressivement certains quartiers historiques.

Les oasis, symbole de la résilience saharienne

Après des centaines de kilomètres de sable, les oasis offrent un contraste saisissant.

Parmi les plus connues figure Terjit, au sud d'Atar.

Entourée de falaises rocheuses, cette oasis abrite une végétation luxuriante alimentée par une source permanente. Depuis des siècles, elle constitue une halte essentielle pour les voyageurs traversant l'Adrar.

Ces îlots de verdure rappellent que le Sahara n'est pas seulement un désert hostile, mais également un territoire habité depuis des millénaires où les populations ont développé des savoir-faire remarquables pour vivre dans des conditions extrêmes.

Une destination encore confidentielle

La Mauritanie ne dispose pas encore d'une industrie touristique comparable à celle de ses voisins. Les infrastructures restent limitées en dehors des principales villes et les déplacements nécessitent souvent une bonne préparation.

Les voyageurs doivent notamment obtenir un visa, disposer de documents d'identité en plusieurs exemplaires pour les nombreux contrôles routiers et, pour les itinéraires les plus isolés, privilégier des guides ou des transporteurs connaissant parfaitement les pistes sahariennes.

Cette relative confidentialité fait aussi partie de son identité. Loin du tourisme de masse, la Mauritanie offre une immersion rare dans un Sahara vivant, où l'histoire des caravanes, des manuscrits, des oasis et des peuples nomades continue de façonner le paysage.

À l'heure où de nombreuses destinations voient leur patrimoine mis sous pression par la surfréquentation touristique, la Mauritanie rappelle qu'il existe encore des territoires où le temps semble s'écouler au rythme du désert, entre mémoire des civilisations africaines et horizons infinis.