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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Pesticides interdits dans nos assiettes : l'État regarde ailleurs

Riz, épices, thé : des produits vendus dans les rayons français dépassent les seuils autorisés de pesticides pourtant bannis en Europe. Plus d'un mois après l'alerte de l'ONG Foodwatch, aucun rappel n'a été effectué. Entre vide juridique, autocontrôle des industriels et lobbying des géants de l'agrochimie, l'État laisse filer.

Du thé vert, des épices et du riz contenant des pesticides interdits en Europe continuent d'être vendus dans les supermarchés français, plus d'un mois après l'alerte lancée par l'ONG Foodwatch. Le 19 mai, l'organisation a rendu publics les résultats d'analyses commandées à un laboratoire indépendant accrédité : sur 15 produits testés, 12 affichaient des traces de pesticides proscrits, dont deux au-delà des limites maximales de résidus fixées pour protéger la santé des consommateurs. Les épices de paprika doux Ducros et le riz thaï Lustucru Taureau ailé auraient dû faire l'objet d'un rappel, selon Foodwatch. Rien n'a été fait.

Un système bâti sur la confiance envers les industriels

La vigilance alimentaire française repose toujours sur l'autocontrôle : ce sont les marques elles-mêmes qui réalisent leurs analyses et décident, ou non, de rappeler leurs produits. Un mécanisme mis à mal par une série de scandales — Buitoni, Kinder, lait infantile — qui ont tous révélé les mêmes lenteurs. Sollicité par nos confrères de Reporterre, le ministère de l'Agriculture n'a pas répondu. Ducros, de son côté, affirme que ses propres analyses, menées avant commercialisation, confirment la conformité de ses produits. La marque s'appuie en réalité sur un coefficient de concentration plus permissif, établi non par une autorité sanitaire mais par le lobby européen des producteurs d'épices — faute de cadre juridique contraignant à l'échelle du continent. Le laboratoire mandaté par Foodwatch se fonde à l'inverse sur la législation néerlandaise, plus stricte. Pour Camille Dorioz, directeur des campagnes de l'ONG, ce flou arrange tout le monde sauf les consommateurs : il appelle l'État à cesser de « privatiser » la santé publique.

Lustucru assure de son côté que ses propres tests écartent toute présence de pesticide sur le lot de riz thaï incriminé. Ni la marque ni Ducros n'ont toutefois transmis ces analyses, qu'elles disent pourtant avoir communiquées aux autorités. Quant aux douze autres produits contaminés relevés par Foodwatch, ils restent commercialisés : sous les seuils maximaux, ils sont légaux, comme le rappellent Casino, Carrefour, Intermarché, Lipton et Twinings. Une légalité qui tient à une faille bien connue : un pesticide interdit d'usage sur le sol européen n'est pas nécessairement interdit dans l'alimentation importée. Les industriels peuvent ainsi faire cultiver ailleurs dans le monde ce qu'ils ne peuvent plus épandre chez eux, puis réimporter le produit fini en toute légalité.

Une loi bloquée, un gouvernement silencieux

Les pouvoirs publics n'ont toujours pas légiféré pour interdire l'importation de denrées traitées avec des pesticides prohibés dans l'Union européenne. Le Sénat a bien intégré une mesure en ce sens dans la loi d'urgence agricole, dont l'avenir se joue le 16 juillet en commission mixte paritaire. Dorioz y voit une alternative claire au débat sur la loi Duplomb, où certains sénateurs préfèrent réautoriser des pesticides interdits plutôt que d'empêcher leur importation — une question, selon lui, de volonté politique plus que de faisabilité technique.

À l'échelle européenne, l'engagement pris par la Commission en 2020, dans le cadre du Pacte vert, de mettre fin à l'exportation de pesticides interdits sur le sol communautaire a depuis été détricoté. Une partie de ces substances est pourtant toujours fabriquée en Europe, et en France : une inspection citoyenne menée le 29 juin dans une usine BASF de Genay, près de Lyon, l'a de nouveau démontré. Selon une enquête de l'ONG Public Eye publiée en septembre 2025, le volume de ces exportations a bondi de 50 % entre 2022 et 2024. La Commission européenne se borne à indiquer qu'elle « continue d'étudier » la question. Pour Camille Dorioz, une interdiction d'exportation aurait pourtant un effet d'entraînement mondial, le marché européen étant trop important pour que les industriels s'en détournent.

Ce déséquilibre nourrit ce que Laurent Gaberell, de Public Eye, qualifie de double standard moralement inacceptable, exposant des populations entières hors d'Europe à des substances que le continent refuse sur son propre sol. Générations futures parle, plus frontalement, de « colonialisme chimique ». En France, l'ancienne ministre de l'Écologie Delphine Batho, aujourd'hui députée, accuse le gouvernement de fermer les yeux sur un empoisonnement alimentaire silencieux de la population. Elle avait fait adopter, dans la loi Duplomb de l'été 2025, un amendement destiné à colmater une faille juridique permettant aux industriels de continuer à produire des substances actives de pesticides interdits en Europe. Une question posée au gouvernement en janvier sur l'application effective de cette interdiction, censée entrer en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026, est restée sans réponse.

Le lobbying, discret mais efficace

Les documents de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique consultés par Reporterre montrent l'ampleur des interventions des géants de l'agrochimie. Bayer, propriétaire de Monsanto, a multiplié les contacts avec des parlementaires et des cabinets ministériels — dont ceux de Matignon et du ministère de l'Agriculture — pendant les débats sur la loi Duplomb, dans l'objectif assumé de préserver un usage encadré de certains produits controversés, notamment l'acétamipride. Syngenta et BASF ont mené des démarches similaires. Pour Jean-Luc Juthier, de la Confédération paysanne, l'État se rend complice de ces manœuvres en laissant les industriels façonner la loi à leur avantage, virgule par virgule.

Face à cette inertie institutionnelle, la vigilance individuelle reste, pour l'heure, la principale ligne de défense des consommateurs. Le bio écarte par nature les produits proscrits en Europe — une option coûteuse mais envisageable pour les épices, consommées en petites quantités. Pour le reste, privilégier une origine européenne, comme le riz italien plutôt qu'asiatique, reste le réflexe le plus accessible. Mais pour Camille Dorioz, seule une volonté politique réelle permettra de protéger durablement la population et l'environnement.