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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Pool Art Fair : la Guadeloupe confirme son statut de carrefour de l'art contemporain dans la Caraïbe

Le terminal de croisière de Pointe-à-Pitre a accueilli, trois jours durant, la 17ᵉ édition de la Pool Art Fair, réunissant plus d'une centaine d'artistes issus de plus d'une dizaine de pays. Au-delà du bilan de fréquentation, cette édition pose une question plus large : celle de la capacité d'un salon caribéen à devenir un véritable pôle de structuration du marché, et non une simple vitrine.

Le chiffre revient dans toutes les bouches du salon : plus d'une centaine d'artistes exposés, une dizaine de pays représentés, une fréquentation en hausse constante depuis dix-sept ans. Pour Vincent Nicaudie, propriétaire de la galerie Kréol West Indies, la dimension a désormais changé d'échelle : le salon serait devenu incontournable non seulement pour la Guadeloupe, mais pour l'ensemble de la Caraïbe. Un constat que partage l'artiste peintre Orane Phédon, pour qui l'événement reste avant tout une vitrine — l'occasion de montrer un travail à un public large et de rencontrer des collectionneurs venus d'horizons différents.

Toguo, ou la question du choix stratégique d'un invité d'honneur

Cette édition avait pour invité d'honneur Barthélémy Toguo, peintre, sculpteur et créateur d'installations camerounais qui expose depuis plus de trente ans dans les plus grands musées internationaux. Sa présence ne relève pas du simple prestige : elle interroge directement la stratégie de légitimation du salon. Faire venir une figure consacrée de la scène africaine internationale à Pointe-à-Pitre, c'est à la fois reconnaître la parenté de trajectoire entre artistes africains et caribéens sur les circuits mondiaux, et employer cette reconnaissance déjà acquise ailleurs pour consolider celle du salon lui-même. Toguo l'a formulé sans détour : les artistes africains et noirs commencent à s'imposer là où se prennent les décisions, parce qu'ils ont démontré, par la force de leur travail, qu'ils pouvaient investir les mêmes espaces que les artistes occidentaux. Une déclaration qui vaut autant comme constat que comme programme — et qui rejoint ce que nous appelons ici la logique du Triple A : la reconnaissance artistique ne suffit pas si elle ne s'accompagne pas d'une réelle prise de position dans les lieux de pouvoir et de marché.

Le nœud non résolu : qui structure réellement le marché ?

C'est précisément là que le bilan de cette édition appelle une lecture plus critique que celle d'une simple success story régionale. Cinthya Phibel, artiste et manager de projets culturels, a posé les termes exacts du problème : il s'agit de considérer l'île non comme une périphérie mais comme un centre, un lieu où s'activent les questions fondamentales de structuration de l'art contemporain, et où se construisent de nouveaux dialogues Sud-Sud sur la création, la diffusion et surtout la mobilité des œuvres et des artistes. Cette phrase, la plus dense de tout le bilan de l'édition, pointe vers ce que le salon ne dit jamais explicitement : la question de savoir qui achète. Un salon peut multiplier les artistes exposés et les nationalités représentées sans que cela change la géographie réelle du capital qui circule — collectionneurs, prix, marchés secondaires. Que la Pool Art Fair se soit offert cette année un affichage dans le métro parisien est un indicateur révélateur de cette tension : le salon cherche sa légitimité et son public solvable autant du côté de la Caraïbe que du côté de la métropole, sans que l'on sache encore lequel de ces deux axes pèsera davantage dans sa consolidation.

Une diversité qui reste à documenter dans la durée

Aux côtés des artistes guadeloupéens, martiniquais et haïtiens, cette édition a accueilli des créateurs venus du Japon, de Madagascar et du Brésil, confirmant l'ouverture internationale revendiquée par l'événement. Thierry Alet, fondateur de la Pool Art Fair, y voit la preuve d'une fidélité des exposants qui réservent leur stand d'une année sur l'autre, moteur selon lui de la pérennité du salon. Cette fidélité est un indicateur solide — mais elle mesure l'attachement des artistes au dispositif, pas nécessairement leur capacité à en vivre. Dix-sept éditions plus tard, la Pool Art Fair a clairement gagné la bataille de la visibilité et du rayonnement symbolique. Reste la bataille suivante, plus silencieuse et plus décisive : celle de la circulation économique réelle des œuvres, seule mesure qui dira si la Guadeloupe est devenue un centre du marché de l'art caribéen, ou seulement sa plus belle vitrine.