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Lancement de l'ECO la monnaie commune de la CEDEAO pour 2027

Réunis à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État de la CEDEAO ont réaffirmé leur ambition de lancer la monnaie unique ECO en 2027 — mais en acceptant, cette fois, de composer avec les réalités du terrain plutôt qu'avec le calendrier. Le sommet de Lungi n'a pas produit de rupture spectaculaire, mais un ajustement de méthode qui en dit long sur l'état réel du projet monétaire ouest-africain. Les dirigeants de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ont confirmé l'objectif de 2027 pour le lancement de l'ECO, tout en actant un principe qui aurait pu être énoncé bien plus tôt : seuls les pays remplissant les critères de convergence macroéconomique entreront dans le dispositif au démarrage. Les autres suivront, accompagnés, à leur rythme. Une convergence qui reste le nœud du problème Ce basculement vers une entrée progressive n'est pas un simple ajustement technique. Il acte l'échec, au moins provisoire, d'une approche unifor...

Rodman et la génération qui a fait de l'algorithme sa première scène

Il y a dix ans, Ronald Claire écrivait ses premières vannes sur la terrasse de sa mère, à Matoury, revenu au pays pour être auprès de son père malade. Devenu Rodman, il incarne aujourd'hui une génération d'humoristes ultramarins qui a inversé l'ordre classique de la reconnaissance : ce n'est plus la scène qui construit l'audience, mais l'audience numérique qui remplit les salles. 


Longtemps, l'humoriste ultramarin devait quitter son territoire pour espérer exister nationalement : les plateaux de télévision, les festivals et les salles parisiennes constituaient le passage obligé. Le parcours de Rodman raconte une autre équation. Ancien ambulancier à l'hôpital de Cayenne, il s'est fait connaître sur Internet pendant la crise du Covid, avant de participer à des scènes collectives comme le Ma Guy Ya, spectacle réunissant humoristes antillais et guyanais. En 2017, il franchit un cap en se lançant en solo avec le producteur Don Miguel. Une décennie plus tard, il fait partie des humoristes les plus suivis sur les réseaux sociaux, avec une notoriété qui dépasse désormais largement les frontières de la Guyane.

L'algorithme comme scène, et comme stratégie

Rodman ne s'en cache pas : les likes et les partages permettent à l'algorithme des réseaux sociaux d'étendre la portée d'une vidéo et de la faire connaître un peu partout, au point qu'il se dit aujourd'hui reconnu en Afrique comme aux Antilles. Cette phrase, en apparence anodine, décrit en réalité un basculement stratégique complet du métier : la vidéo courte, réactive à l'actualité, n'est plus un outil promotionnel secondaire mais le véritable espace de création, celui qui installe un dialogue permanent avec le public et prépare, ensuite seulement, le déplacement en salle. 

Le succès de son premier one-man show, Moi c'est Rodman et toi ?, créé à la Cigale le 26 mars 2023 avant de tourner aux Antilles et en Guyane, illustre ce mécanisme : quand il joue enfin devant son public guyanais au Zéphyr de Cayenne, en juin de la même année, c'est à guichets fermés, avec une standing ovation à la clé. Le spectacle avait alors continué sa route vers la Guadeloupe, la Martinique et un retour à Paris, avant que Rodman ne rejoigne d'autres figures de cette même génération — Mat le Buzz, Bobi — sur la scène des Folies Bergères fin octobre 2024, dans un format construit spécifiquement pour ce public antillo-guyanais installé dans l'Hexagone tout en visant, selon les mots mêmes de ses artistes, des thèmes suffisamment universels pour toucher au-delà.

Un écosystème, pas un cas isolé

Rodman n'est pas une anomalie mais la figure la plus visible d'un écosystème désormais structuré. À ses côtés, Mr Linlin suit une trajectoire comparable entre scène et réseaux ; Cleeveland, humoriste guyano-brésilien connu pour son alter ego féminin Tania, revendique près d'un demi-million d'abonnés sur Instagram ; Mat le Buzz a rempli les salles parisiennes avec son spectacle Mes peurs. Le Friends Comedy Show, tournée lancée en Guyane avant de se poursuivre aux Antilles, a précisément été pensé pour rassembler ces performeurs que l'on qualifie désormais de profils 2.0, à mi-chemin entre influence et stand-up traditionnel — signe que la mutation dépasse largement le cas individuel de Rodman pour devenir un modèle économique et artistique à part entière dans les Outre-mer.

La question que les vues ne résolvent pas

C'est ici que le tableau mérite d'être nuancé. Interrogé sur ce même écosystème, Mr Linlin pointe une réalité moins réjouissante que les chiffres d'audience : tous les créateurs de contenu ne parviennent pas à en vivre, contrairement à Rodman, et la vraie question n'est pas seulement celle de la notoriété mais celle du respect économique du travail fourni — l'achat de matériel, les concessions financières, le temps consacré à l'écriture, au tournage et au montage, rarement rémunéré à la hauteur de l'exposition obtenue. 

Cette tension est au cœur du défi qui s'ouvre désormais pour cette génération : transformer des millions de vues en carrières pérennes, alors même que les plateformes qui construisent leur notoriété ne sont ni pensées ni rémunérées pour cela. Rodman, de ce point de vue, fait figure d'exception plutôt que de règle — sa capacité à enchaîner tournée, apparition dans la série Tropiques criminels sur France 2 et nouvelle date à la Cigale ce mois-ci démontre qu'une bascule réussie du numérique vers une carrière installée reste possible, mais elle demeure loin d'être garantie pour l'ensemble d'un écosystème qui repose encore largement sur la seule force de l'algorithme.