Producteur, arrangeur, multi-instrumentiste non-voyant, Clive Hunt a façonné pendant plus de cinquante ans le son de la musique jamaïcaine sans jamais chercher la lumière. Avec « Undeniably Clive Hunt aka Lizzard », sorti le 14 août, celui que Dennis Brown surnommait le « Quincy Jones jamaïcain » troque enfin les commandes de studio pour le premier plan.
Une voix longtemps mise de côté
Le nom de Clive Hunt ne dira peut-être rien au grand public, mais son empreinte irrigue des pans entiers du patrimoine musical jamaïcain. Sa main se retrouve derrière des enregistrements aussi centraux que « Satta Massagana » des Abyssinians, « I Can See Clearly Now » de Jimmy Cliff, « Putting Up a Resistance » de Beres Hammond ou « You Don't Love Me (No, No, No) » de Dawn Penn. Une discographie de l'ombre, construite depuis 1972, qui traverse les générations et les genres, de Dennis Brown à Chronixx, de Grace Jones à Popcaan.
Pourtant, le chant n'a jamais été totalement étranger à Hunt. Dans sa jeunesse déjà, il enregistre quelques titres qui trouvent un écho au Royaume-Uni et dans la région new-yorkaise. Mais l'homme choisit de rester en retrait, préférant composer pour les autres plutôt que de s'exposer lui-même. « J'ai beaucoup de morceaux inédits et inachevés, mais j'ai composé ceux-ci ces dernières années », confie-t-il. « Je compose beaucoup pendant mon temps libre, et il s'agit de mes dernières créations ; j'ai donc décidé de les partager. »
Un album roots porté par un message
« Undeniably Clive Hunt aka Lizzard » compte onze titres, dont « Earth Run Dry », « Jamaican Party », « Di Valley », « No Peace » ou « Victory ». Hunt en a écrit ou co-écrit l'intégralité, à l'exception de « Waves of War », relecture d'un morceau de Joe Higgs — le mentor historique de Bob Marley, Peter Tosh et Bunny Wailer, et une figure que Hunt reconnaît avoir imitée dans ses propres influences.
Pour l'artiste, ce projet dépasse la simple démonstration technique. « Je pense que c'est le genre de contenu que les gens ont besoin d'entendre et de comprendre. Le reggae, c'est plus qu'un rythme, c'est un message », insiste-t-il. Une déclaration qui résume assez bien la trajectoire d'un musicien resté fidèle, cinq décennies durant, à une conception du reggae roots comme vecteur de sens plutôt que produit de consommation.
Le disque bénéficie déjà d'une caisse de résonance internationale : l'animateur britannique David Rodigan diffuse plusieurs titres sur les ondes de la BBC. Il s'inscrit surtout dans une séquence particulièrement faste pour Hunt, qui a également signé « Fields of Gold: A Reggae Tribute to Sting », nommé aux Grammy Awards 2026 — une reconnaissance qui vient s'ajouter aux certificats Grammy déjà obtenus pour ses contributions à d'autres projets.
Le handicap n'a jamais dicté le tempo
Né en 1952 à Linstead, dans la paroisse de Sainte-Catherine, Hunt entame sa carrière professionnelle en 1972. Non-voyant, il n'a jamais laissé ce handicap ralentir une activité qui reste, à 74 ans, aussi dense qu'à ses débuts : il continue de composer, produire, enregistrer et se produire sur scène à l'international. Il vient d'ailleurs de jouer plusieurs titres de son nouvel album à Cologne, en Allemagne, et une nouvelle tournée est déjà annoncée.
L'album est produit par Clive Hunt lui-même, avec Rowen Johnson comme coproducteur, et distribué par Iconic Azul/Love Injection Production. On y retrouve notamment les guitaristes Lamont « Monty » Savory, Nico Groskopf et Mitchum Khan, les bassistes Val Douglass et Jason Welch, le batteur Kirk Bennett, le claviériste Robbie Lyn, ainsi que les cuivres Oshane Love et Okeil McIntyre.
Pour découvrir ses oeuvres : https://clivehunt.bandcamp.com/