L'Académie canadienne des arts et des sciences de l'enregistrement a annoncé une refonte de ses catégories musicales pour l'édition 2027 des prix JUNO, l'équivalent canadien des Grammy Awards. Parmi les changements : l'intégration explicite du dancehall dans l'intitulé de la catégorie reggae, une évolution saluée par plusieurs artistes et observateurs de la scène.
La catégorie « Enregistrement reggae de l'année » devient « Enregistrement reggae/dancehall de l'année ». L'histoire de cet intitulé raconte à elle seule les hésitations d'une industrie face à ses propres marges : créée en 1985 sous le nom de « Meilleur enregistrement reggae/calypso », rebaptisée « Meilleur enregistrement reggae » en 1994, elle était devenue « Enregistrement reggae de l'année » en 2003, effaçant au passage toute mention explicite du dancehall — pourtant déjà présent dans les nominations depuis des décennies.
Une reconnaissance de façade ou un vrai tournant ?
Pour l'artiste dancehall canadienne Phenique, ces ajustements marquent une évolution positive de l'institution, qui refléterait mieux la diversité des scènes musicales actuelles. Tony Anthony, animateur du classement Reggae North Canadian Reggae/Dancehall Top 20, va plus loin : il y voit une avancée attendue depuis longtemps, portée par des années de mobilisation des professionnels du secteur pour que le dancehall soit reconnu à sa juste valeur sur l'une des grandes scènes musicales canadiennes. Il rappelle toutefois que ce changement de nom n'est qu'une étape, et que la communauté doit continuer à défendre la visibilité des deux genres.
L'artiste Skystar, originaire de la région de Kingston 20 et nominé aux JUNO 2025, situe cette reconnaissance dans un mouvement plus large : le dancehall, dit-il, a dépassé le cadre jamaïcain pour devenir une force culturelle mondiale, influençant musique, mode et langage bien au-delà de ses frontières d'origine. Une lecture qui rejoint un constat récurrent sur ces cultures dont l'influence circule largement sans que leurs créateurs en gardent toujours le contrôle narratif.
Une voix plus critique nuance cependant l'enthousiasme général. Mullings, qui a siégé dix-sept ans dans les instances des JUNO — dont douze à la présidence — rappelle que la catégorie incluait déjà des titres dancehall avant même ce changement d'intitulé. Le vrai problème, selon lui, resterait ailleurs : la persistance d'une catégorie unique regroupant album et single, là où d'autres genres bénéficient d'une distinction claire entre « enregistrement de l'année » et « album/EP de l'année ». Une scission similaire pour le reggae/dancehall permettrait, selon lui, une reconnaissance plus fine de la diversité des formats et des générations d'artistes.
D'autres catégories revues
Le rap voit ses catégories « Album/EP rap de l'année » et « Single rap de l'année » remplacées par « Enregistrement rap mélodique de l'année » et « Enregistrement rap de l'année ». La musique électronique/dance suit une logique similaire, avec de nouvelles catégories Single et Album/EP. La musique chrétienne contemporaine/gospel fusionne ses formats sous un intitulé unique désormais ouvert aux singles, EP et albums.
Les candidatures pour l'édition 2027 des prix JUNO ouvriront le 21 septembre, avec une date limite de soumission fixée au 5 novembre. La cérémonie, 56e du nom, se tiendra le dimanche 4 avril 2027 au Canada Life Centre de Winnipeg, dans le cadre d'une semaine de célébrations prévue du 1er au 4 avril.