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Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar victimes d’un vaste trafic de faux vinyles

Une entreprise clandestine installée à Londres a fabriqué et vendu pendant plusieurs années des milliers de faux vinyles de grands artistes internationaux. Bad Bunny, Drake, Beyoncé, Rihanna et Kendrick Lamar figurent parmi les artistes dont les œuvres ont été contrefaites. Le responsable de cette opération, qui aurait généré près de 2,75 millions de livres sterling, vient d’être condamné à trois ans et demi de prison. Le vinyle connaît une nouvelle jeunesse. Et avec lui, un marché parallèle particulièrement lucratif pour les contrefacteurs. Au Royaume-Uni, l'affaire Rehan Ahmed vient de révéler l'ampleur que peut prendre ce phénomène. Cet homme de 40 ans, originaire de Southall, dans l'ouest de Londres, dirigeait une véritable unité clandestine de fabrication de disques dans le quartier d'Acton, sous le nom de Phoenix of Vinyl. L'installation fonctionnait à une échelle industrielle et produisait des copies non autorisées d'enregistrements appartenant à 108 arti...

Assa Traoré, dix ans de combat face à un système qui se dérobe

Hier, nous avons rencontré Assa Traoré à la Fête de l'Humanité. Moment suspendu où l'on a envie de lui témoigner tout notre respect, nos condoléances et notre soutien. Mais que sommes-nous face à ce drame de vie qu'elle a transformé, dix ans durant, en un combat exemplaire au nom de sa fratrie et d'une quête de justice aveugle, sans cesse renvoyée à plus tard par un système qui se dérobe ?

Assa nous accueille d'un sourire humble au cœur d'un stand plein de photos illustrant ses années de lutte. Le slogan « Justice pour Adama » s'imprime peu à peu dans la rétine, avec le portrait de son frère en filigrane. Au-delà de ces poings levés, de ces manifestations de colère et de soutien, il y a une réalité brute, violente : le déni organisé d'un système qui prône pourtant la droiture, l'impartialité, le traitement égalitaire et la paix sociale.

C'est cette réalité-là — dix ans de bataille judiciaire, d'expertises contradictoires et de mobilisations, jusqu'au non-lieu définitif prononcé en février 2026 — que cet article se propose de retracer.

Le drame : une arrestation, deux heures, une mort

Le 19 juillet 2016, jour de son 24ᵉ anniversaire, Adama Traoré se trouve à Beaumont-sur-Oise, petite ville du Val-d'Oise où il a grandi au sein d'une fratrie de dix-sept enfants d'origine malienne. Des gendarmes recherchent ce jour-là son frère Bagui, visé par une enquête pour extorsion. Lors d'un contrôle d'identité, Adama prend la fuite. Une course-poursuite s'engage sous une chaleur écrasante, près de 37°C ce jour-là.

Rattrapé et interpellé dans un appartement, il est maîtrisé par trois gendarmes qui procèdent, selon la version qui s'imposera au fil de l'instruction, à un plaquage au sol. Adama Traoré dit alors avoir du mal à respirer. Emmené vers la brigade de gendarmerie de Persan, il perd connaissance dans le véhicule. Il est déclaré mort environ deux heures après son interpellation.

Dès les premières heures, la version officielle et celle de la famille divergent radicalement, une divergence qui ne se refermera jamais complètement, quelle que soit l'issue judiciaire. Le procureur de la République de Pontoise indique alors qu'une première autopsie n'a relevé aucune lésion faisant penser à des violences, évoquant une infection grave touchant plusieurs organes. La famille conteste aussitôt cette lecture et réclame une contre-expertise, repoussant l'inhumation du corps, finalement enterré le 7 août 2016 au Mali, dans la région d'origine de sa mère.

Une guerre d'experts qui dure une décennie

Ce qui frappe, en reconstituant le dossier, c'est le nombre inédit d'expertises médicales commandées au fil de l'instruction, une dizaine au total, sans qu'aucune ne parvienne à clore durablement le débat scientifique. En 2016, la première autopsie évoque une infection généralisée, sans trace de violence. Entre 2017 et 2018, une deuxième expertise détecte une cardiomégalie et une maladie inflammatoire préexistante, sans trancher sur le rôle de l'intervention des gendarmes. En décembre 2018, sur la base d'une expertise de synthèse qui exonère les gendarmes, les juges d'instruction referment une première fois l'enquête ; les militaires ne sont jamais mis en examen, seulement placés sous statut de témoin assisté. En mai 2020, une expertise commandée par la justice exclut l'asphyxie positionnelle et retient un œdème cardiogénique ; le jour même, la famille rend publique une contre-expertise indépendante qui, à l'inverse, valide la thèse de l'asphyxie par plaquage ventral. En février 2021, un rapport confié à quatre médecins belges conclut que la technique employée pour immobiliser Adama Traoré, associée à un coup de chaleur, a vraisemblablement contribué au décès. L'avocat de la famille, Yassine Bouzrou, y voit alors un tournant dans l'affaire.

Cette accumulation de conclusions contradictoires illustre la difficulté structurelle qu'ont les juridictions françaises à établir un lien de causalité juridiquement incontestable entre un geste d'interpellation et un décès survenu plusieurs dizaines de minutes plus tard, sur un organisme présentant par ailleurs des fragilités préexistantes. C'est précisément ce point, la causalité directe, et non la réalité des faits eux-mêmes, qui deviendra le nœud de toute la bataille judiciaire.

La rue s'embrase : des émeutes de 2016 aux marches de 2020

La mort d'Adama Traoré ne reste pas confinée à un dossier judiciaire. Dès les jours suivant le décès, des heurts éclatent à Beaumont-sur-Oise entre jeunes du quartier et forces de l'ordre, dans un climat de défiance déjà ancien à l'égard de la police dans les quartiers populaires. Le nom d'Adama Traoré rejoint alors une liste, Zyed et Bouna, Ali Ziri, Amine Bentounsi, de noms devenus, en banlieue parisienne, des points de fixation du contentieux entre jeunes issus de l'immigration et institutions policières.

Mais c'est la création du Comité Vérité et Justice pour Adama, fondé et animé par sa sœur aînée Assa Traoré, qui transforme un fait divers tragique en mouvement structuré. Éducatrice spécialisée de profession, sans engagement militant préalable, Assa Traoré devient en quelques mois la porte-parole inlassable de la famille et la cheville ouvrière d'une mobilisation qui ne faiblira pas pendant une décennie.

Le basculement décisif survient au printemps 2020. Le 29 mai, en pleine crise du Covid-19, les autorités judiciaires rendent publique une expertise qui écarte la responsabilité des gendarmes, la même semaine où le monde entier découvre, sur les images tournées à Minneapolis, l'agonie de George Floyd sous le genou d'un policier, répétant les mots « I can't breathe ». Adama Traoré aurait, selon plusieurs témoignages rapportés dans l'instruction, prononcé une phrase similaire avant de perdre connaissance.

La coïncidence est saisissante et le Comité Adama l'exploite avec un sens politique aigu : quelques jours après la diffusion virale de la vidéo de George Floyd, plus de 20 000 personnes se rassemblent le 2 juin 2020 devant le tribunal judiciaire de Paris, bravant les restrictions sanitaires alors en vigueur qui limitaient les rassemblements à dix personnes. C'est l'une des plus importantes mobilisations antiracistes de l'histoire récente française. D'autres rassemblements suivront, notamment à l'occasion de chaque anniversaire de la mort d'Adama, le 19 juillet.

Ce moment marque un changement d'échelle : ce qui était perçu comme une affaire locale, circonscrite au Val-d'Oise et à sa communauté malienne, devient le porte-étendard français d'une contestation mondiale des violences policières et du racisme institutionnel, mettant en résonance les mots d'ordre nord-américains de Black Lives Matter avec une critique spécifiquement française du maintien de l'ordre et du contrôle au faciès.

Assa Traoré, du deuil à la scène internationale

Le parcours d'Assa Traoré, née en janvier 1985 dans le 9ᵉ arrondissement de Paris, constitue à lui seul un objet d'étude sur la manière dont un deuil personnel peut se muer en engagement politique d'ampleur internationale.

Enseignante et éducatrice spécialisée au moment du décès de son frère, elle apprend la nouvelle alors qu'elle encadre un séjour avec des adolescents en Croatie. Elle fonde dans la foulée le Comité Vérité et Justice pour Adama et devient la voix quasi unique de la famille dans l'espace public, portant le dossier dans les prétoires comme dans les médias, en France et bientôt à l'étranger. En 2017, elle publie avec la journaliste Elsa Vigoureux Lettre à Adama, où elle livre son récit du combat familial. Sa formule, « nous sommes devenus des soldats malgré nous », résume l'ambivalence de cette trajectoire : une mobilisation non choisie, mais assumée avec une constance qui force, y compris chez ses détracteurs, une forme de reconnaissance.

La portée prise par son combat dépasse rapidement les frontières hexagonales. En juin 2020, elle reçoit le BET Global Good Award, décerné par la chaîne américaine BET aux personnalités jugées engagées pour le bien-être de la communauté noire mondiale ; la presse anglo-saxonne la surnomme alors la « Angela Davis française ». En décembre 2020, le magazine américain Time la nomme parmi ses « Guardians of the Year », saluant les personnalités qui se mettent en danger pour défendre les valeurs sacrées de la démocratie, et la présente comme le visage du mouvement français pour la justice raciale, son combat ayant été ravivé par l'onde de choc mondiale de la mort de George Floyd.

Cette dimension internationale a nourri, en retour, des critiques récurrentes en France, où une partie de la classe politique et des syndicats de police lui reprochent une instrumentalisation du dossier ou une lecture jugée trop systématiquement racialisée des institutions françaises. Assa Traoré a elle-même été confrontée à des procédures judiciaires, dont une plainte en diffamation déposée par des gendarmes, dans laquelle elle a été relaxée, illustrant à quel point l'affaire a fonctionné, pendant une décennie, comme un champ de bataille symbolique autant que judiciaire.

Le marathon judiciaire

Peu de dossiers pénaux français auront connu un tel empilement de procédures. L'interpellation et la mort d'Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise datent du 19 juillet 2016. S'ensuivent deux années d'instruction, d'autopsies et de premières expertises contradictoires. En novembre 2018, les trois gendarmes sont placés sous statut de témoin assisté, sans jamais être mis en examen, et l'instruction connaît une première clôture le mois suivant, sur la base d'une expertise de synthèse favorable aux militaires. L'année 2020 voit se succéder de nouvelles expertises contradictoires, entre asphyxie positionnelle et œdème cardiogénique, dans un contexte de mobilisations de masse. En février 2021, le rapport des experts belges évoque un rôle du plaquage dans le décès. Le 30 août 2023, une ordonnance de non-lieu est rendue par les juges d'instruction parisiens en faveur des trois gendarmes. En mai 2024, la cour d'appel de Paris confirme ce non-lieu. Le 11 février 2026 enfin, la Cour de cassation rejette définitivement le pourvoi de la famille : le non-lieu devient définitif.

La décision du 30 août 2023 constitue un moment charnière : après sept ans d'instruction, les juges parisiens écartent toute charge à l'encontre des gendarmes, considérant qu'aucune faute caractérisée ne pouvait leur être imputée. La famille Traoré fait immédiatement appel par la voix de son avocat, Yassine Bouzrou, qui dénonce une décision fondée sur des incertitudes, alors que le stade de la procédure n'exigeait, selon lui, que des charges suffisantes pour justifier un procès contradictoire. En mai 2024, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris confirme le non-lieu ; le parquet général avait, dans ses réquisitions, estimé que les militaires avaient pris les mesures appropriées pour venir en aide de manière effective et bienveillante à Adama Traoré compte tenu de ce qu'ils savaient de son état au moment des faits.

Le point final judiciaire intervient le 11 février 2026. Dans un arrêt de quinze pages, la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français, écarte l'ensemble des arguments de la famille et refuse d'annuler le non-lieu, estimant qu'aucune faute caractérisée exposant Adama Traoré à un risque d'une particulière gravité ne pouvait être établie à la charge des gendarmes. Fait notable, cet arrêt ne nie pas le lien entre l'intervention des gendarmes et la mort du jeune homme : la justice avait reconnu, au fil de l'instruction, que le décès avait été causé par un coup de chaleur qui n'aurait probablement pas été mortel sans l'interpellation. Mais l'absence de faute pénale caractérisée, le critère retenu pour engager la responsabilité individuelle des gendarmes, a suffi à clore, sur le plan strictement judiciaire français, une affaire qui aura mobilisé pas moins de dix expertises médicales en dix ans.

À l'issue de cette décision, l'avocat de la famille a annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme, afin de faire constater, cette fois devant une juridiction internationale, une éventuelle défaillance de l'État français dans le traitement de cette affaire. C'est dans cette voie européenne, désormais, que se concentrent les derniers espoirs judiciaires de la famille Traoré, la voie strictement nationale étant, elle, définitivement épuisée.

Un dossier qui dépasse le dossier

Dix ans après les faits, l'affaire Adama Traoré aura fonctionné comme un révélateur des tensions françaises autour de trois questions structurelles. D'abord, la difficulté d'établir juridiquement la responsabilité individuelle dans les morts en intervention policière : le droit pénal français exige une faute caractérisée et un lien de causalité direct et certain, un standard particulièrement difficile à atteindre lorsque la victime présente, comme c'était le cas ici, des fragilités médicales préexistantes concomitantes à l'intervention des forces de l'ordre. Ce codage juridique explique, plus que toute intention procédurale, l'issue de non-lieu obtenue par les gendarmes malgré la reconnaissance d'un lien causal entre interpellation et décès.

Ensuite, la question, plus large, des techniques d'immobilisation utilisées par les forces de l'ordre : le débat sur le plaquage ventral, sa dangerosité, son encadrement réglementaire, son interdiction ou non, a directement nourri, en France comme ailleurs, les discussions ultérieures sur la doctrine du maintien de l'ordre et sur la formation des forces de sécurité aux gestes d'immobilisation.

Enfin, la dimension raciale du traitement des violences policières. Que l'on partage ou non l'analyse portée par le Comité Adama et sa porte-parole, l'affaire a indéniablement replacé au centre du débat public français la question du contrôle au faciès, de la surexposition des habitants des quartiers populaires aux contrôles de police, et de la manière dont l'institution judiciaire traite les plaintes visant les forces de l'ordre, un débat que la reconnaissance internationale d'Assa Traoré a contribué à faire résonner bien au-delà des frontières nationales.

C'est sans doute là que réside la portée durable de cette affaire, indépendamment de son issue judiciaire strictement pénale : dix ans de mobilisation continue, des rassemblements réunissant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes, une figure, Assa Traoré, devenue une référence internationale du combat contre les violences policières, et un nom, celui d'Adama Traoré, devenu, en France, un symbole que la clôture judiciaire ne suffit manifestement pas à effacer du débat public.

Article rédigé à partir de sources journalistiques et judiciaires publiques (AFP, France 24, Le JDD, L'Essor, Wikipédia, Time, NPR, Slate.fr, Bondy Blog).