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Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

"C'était ça ou mourir" : une polémique IA, ou un vieux réflexe de suspicion qui ne dit pas son nom

 

Le roman phénomène de la rentrée littéraire française, signé par l'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, est accusé depuis lundi d'avoir été rédigé par une intelligence artificielle. Entre outils de détection contradictoires, défense de l'auteur et silence gêné des jurys, une question traverse la polémique sans jamais être posée frontalement : ce doute se serait-il imposé avec la même vitesse si l'auteur n'était pas un Noir haïtien qui cartonne en France.

Il y a une semaine encore, Thélyson Orélien vivait le rêve de tout écrivain. Né aux Gonaïves, installé au Québec, il voyait son premier roman, C'était ça ou mourir, s'écouler à plus de 35 000 exemplaires et s'imposer comme l'un des favoris de la rentrée littéraire 2026. Finaliste du Goncourt, du Médicis, du Femina et du Renaudot, lauréat lundi du prix littéraire de la Fnac : le genre de trajectoire qu'on ne voit qu'une fois par décennie pour un premier livre.

Le même lundi, en fin de journée, tout a basculé.

Une accusation portée par un outil, contestée par un autre

Un compte anonyme sur X, Balance ton Claude, affirme avoir passé plusieurs extraits du roman au crible de Pangram, un logiciel spécialisé dans la détection de textes générés par IA. Le verdict, selon eux : un texte rédigé "presque intégralement" par une machine, avec des scores frôlant les 100 %. France Inter reprend le chiffre, entre 95 et 100 % selon le détecteur utilisé.

Problème : d'autres outils, dont InVID-WeVerify, arrivent à la conclusion inverse et jugent les mêmes passages "très probablement" humains. Les détecteurs de texte IA sont connus pour leur fiabilité inégale, en particulier sur des écritures rythmées, répétitives ou empruntant à l'oralité — exactement les caractéristiques que revendique Orélien pour son propre style.

Les motifs de la défense

Interrogé par Libération, l'écrivain de 38 ans nie en bloc : il dit avoir toujours aimé la création et l'écriture, et ne voit pas pourquoi il aurait eu recours à une machine. Il situe les répétitions et les rythmes qu'on lui reproche dans une parole vivante qui lui appartient, ancrée dans ses traditions haïtiennes et caribéennes.

Son éditeur français, Grasset, refuse d'entrer dans ce qu'il qualifie de campagne de haine, évoquant une possible jalousie derrière l'ampleur soudaine des attaques. Au Québec, les Éditions du Boréal publient un communiqué rappelant que le roman s'inscrit dans une tradition littéraire haïtienne et caribéenne précise — une manière de resituer dans l'histoire littéraire ce que certains lisent comme une anomalie stylistique suspecte.

Du côté des jurys, la prudence domine. La présidente du jury Femina, Brigitte Giraud, juge le roman remarquable et dit ne pas vouloir commenter tant qu'aucune preuve rigoureuse n'est établie.

Le collectif à l'origine des accusations, cinq personnes qui disent n'avoir aucun lien avec le monde de l'édition, présente sa démarche comme une inquiétude légitime face à ce qu'il appelle la bouillie IA envahissant les livres après avoir envahi les écrans. Un discours de vigilance qu'on peut entendre — la question de la transparence sur l'usage de l'IA en littérature est réelle et va continuer de se poser.

Une question qui ne se pose jamais dans les mêmes termes

Mais il y a un angle mort dans cette polémique, et c'est Le Devoir qui a été l'un des seuls à le nommer explicitement : s'agit-il d'un roman réellement écrit par l'IA, ou du salissage du travail d'un écrivain racisé, québécois et haïtien, qui rencontre un succès inattendu en France ?

La question mérite d'être posée sans détour, parce qu'elle ne se pose jamais dans ces termes pour un premier roman signé par un auteur blanc au style singulier. Le rythme, la répétition, l'oralité : ce sont des outils littéraires vieux comme la littérature caribéenne et afro-descendante elle-même, de la tradition du conte à Chamoiseau en passant par le slam. Qu'ils deviennent, du jour au lendemain, la pièce à conviction d'une fraude technologique en dit peut-être moins sur l'IA que sur la difficulté d'une partie du milieu littéraire français à reconnaître une voix caribéenne comme une voix littéraire à part entière, plutôt que comme une anomalie à expliquer.

Ce n'est pas nier la question technique : les outils de détection existent, ils se contredisent ici, et la transparence sur l'usage de l'IA dans l'écriture est un débat légitime qui dépasse largement ce seul roman. Mais un premier roman d'un auteur inconnu, propulsé en tête des ventes et des pronostics de prix en quelques semaines, qui se retrouve soupçonné de fraude avant même qu'on lui accorde le bénéfice du style, ce n'est pas un hasard de calendrier. C'est un réflexe. Et ce réflexe a une histoire.