À LA UNE

Après les « Three Kings », le MMA africain cherche ses héritiers

En 2021 et 2022, trois combattants africains ont détenu en même temps trois ceintures de l’UFC. Quatre ans plus tard, la défaite d’Ateba Gautier rappelle que cette parenthèse n’a pas trouvé de suite, et que le chemin entre le continent et le sommet reste étroit. Un samedi qui referme une porte Le 3 octobre, à Salt Lake City, Ateba Gautier devait confirmer. Le Camerounais de 24 ans arrivait à l’UFC 332 invaincu en cinq combats dans l’organisation, dont quatre gagnés avant la limite. Face à lui, le Russe Roman Kopylov, donné perdant par les bookmakers. Il aura fallu 3 minutes et 12 secondes de premier round pour inverser le scénario. Certains fans l’avaient surnommé « mini Ngannou », un surnom qu’il récuse lui-même. À 24 ans et avec 11 victoires pour 2 défaites en carrière, il a le temps de rebondir. Mais le continent, lui, n’a pas le même luxe : il attendait de cette montée en puissance un visage pour la suite. Les rois ont vieilli Francis Ngannou, Israel Adesanya et Kamaru Usman on...

Jamaïque : des millions de dollars de pénalités minières impayées — et des entreprises qui restent anonymes

Trois sociétés minières doivent près de 2,2 milliards de dollars jamaïcains à l'État pour avoir refusé de réhabiliter des terres épuisées par l'exploitation. Deux autres opérateurs cumulent des arriérés de redevances. Un audit accablant, déposé au Parlement, documente année après année les failles d'un système de contrôle défaillant — sans jamais nommer une seule des entreprises concernées, et sans que le pays voie grand-chose de la richesse qu'il extrait de son propre sous-sol.

Le chiffre, à lui seul, donne la mesure du problème : 13,7 millions de dollars américains — environ 2,2 milliards de dollars jamaïcains — dus par trois sociétés minières à la fin de 2025, pour avoir manqué à leur obligation légale de réhabiliter 264,14 hectares de terres épuisées par l'exploitation minière. Un seul de ces trois exploitants concentre à lui seul 64 % de la surface non réhabilitée et 72 % de l'exposition financière totale — soit près de 9,9 millions de dollars. Dans le même temps, deux autres opérateurs cumulent 828 000 dollars de redevances impayées et 2,58 millions de dollars supplémentaires en intérêts et pénalités. Ce sont les conclusions d'un audit de performance publié en juillet 2026 par le Département du vérificateur général, portant sur les pratiques de délivrance de permis, de surveillance et de mise en application de la Division des mines et de la géologie (MGD) entre 2019 et 2024.

Un système d'application de la loi en état de défaillance chronique

L'audit ne se limite pas à ces chiffres. Il documente un dysfonctionnement systémique : absence de registre unique et vérifiable des obligations de réhabilitation, non-utilisation du mécanisme de dépôt de garantie censé protéger l'État contre les coûts futurs de restauration, et absence de lignes directrices définitives pour la réhabilitation des carrières. Un exploitant a continué de miner pendant six ans après l'expiration de sa licence, en infraction directe avec la loi minière de 1947. Six autres opérateurs de carrières ont poursuivi leur activité après expiration de leur permis — cinq ayant déposé une demande de renouvellement entre 30 et plus de 600 jours en retard, le sixième n'en ayant déposé aucune. Sur huit opérateurs actifs examinés, seuls quatre ont fourni des états financiers à jour ; quatre entreprises non spécialisées dans la bauxite n'ont fourni aucun dépôt de garantie, la MGD ayant assoupli cette exigence sans jamais produire d'autorisation écrite pour le justifier. Le principe pollueur-payeur, pourtant inscrit dans le règlement minier, n'a — selon la vérificatrice générale elle-même — pas été appliqué de façon démontrable.

Ce que l'audit ne dit pas : les noms

C'est là que le rapport, aussi accablant soit-il dans le détail, atteint sa limite la plus frappante. À aucun moment le document déposé au Parlement, ni sa couverture par les deux principaux quotidiens jamaïcains, ne nomme les trois sociétés redevables des 13,7 millions de dollars, ni les deux opérateurs en défaut de paiement de redevances. Le rapport se contente de désigner des « lessees » et des « operators » — des catégories administratives, pas des responsables identifiés.

Ce silence n'est pas un accident isolé. Un autre audit du même Département du vérificateur général, publié en janvier 2026 sur les exonérations fiscales accordées à l'hôpital universitaire des Antilles occidentales (UHWI), avait déjà désigné les entreprises bénéficiaires non pas par leur nom, mais comme « companies 1, 2, 3 et 4 ». Le procédé semble donc relever d'une pratique institutionnelle plus large de l'audit public jamaïcain, qui documente les manquements dans le détail le plus fin — surfaces exactes, montants au dollar près, délais comptés en jours — tout en effaçant systématiquement l'identité de ceux qui en sont responsables.

Le résultat est une transparence à moitié : le citoyen jamaïcain peut savoir, au dollar près, combien son État renonce à percevoir, mais pas de qui. Une asymétrie d'autant plus frappante que le secteur bauxitier jamaïcain compte un nombre restreint d'opérateurs actifs et identifiables — Jamalco (coentreprise entre Century Aluminum et l'État), Windalco (filiale du russe UC Rusal), JISCO/Alpart (groupe chinois Jiuquan Iron & Steel, déjà bénéficiaire par le passé d'une exonération de cinq ans sur le prélèvement bauxite) et Discovery Bauxite Operations/New Day Aluminium (ex-Noranda, à Discovery Bay). Ce n'est pas un secteur opaque composé de centaines d'acteurs impossibles à distinguer : c'est une poignée de multinationales bien connues, dont l'identification précise ne relèverait d'aucune prouesse d'investigation — seulement d'une volonté politique de nommer.

À quoi sert la bauxite qu'on extrait sans compter

Il faut ici sortir du seul registre comptable pour comprendre ce qui se joue réellement. La bauxite jamaïcaine, une fois raffinée en alumine puis transformée en aluminium, ne reste pas dans le pays : elle part alimenter des chaînes de production situées à des milliers de kilomètres — carrosseries automobiles, structures d'avions, canettes de boisson, câblages électriques, châssis de fenêtres, appareils électroménagers. C'est un métal dont la légèreté et la résistance à la corrosion en font un matériau stratégique pour l'aérospatiale et l'automobile mondiales, et dont la demande ne cesse de croître avec l'essor des véhicules électriques et des infrastructures urbaines. Le secteur bauxite-alumine reste, à ce titre, le premier poste d'exportations traditionnelles du pays : il a rapporté 612 millions de dollars américains à la Jamaïque en 2025, et représente à lui seul environ 85 % des exportations traditionnelles du pays, pour seulement environ 2 % du PIB national et un peu plus de 5 000 emplois directs.

Ce que ces chiffres racontent, c'est une économie qui exporte l'essentiel de la valeur qu'elle extrait — le minerai part brut ou à peine transformé, tandis que la valeur ajoutée la plus importante (le métal fini, les pièces automobiles, les composants aéronautiques) se crée ailleurs, dans les usines des pays acheteurs. La Jamaïque touche une part de cette chaîne — royalties, taxes, emplois locaux — mais c'est précisément cette part que l'audit montre comme mal recouvrée, mal surveillée, et dans certains cas, purement et simplement impayée.

Ce que ces millions auraient pu changer

Ramenés à l'échelle du budget national, les 2,2 milliards de dollars jamaïcains de pénalités non recouvrées ne sont pas une somme abstraite. Le budget national jamaïcain pour l'exercice 2026/2027 s'élève à 1,44 billion de dollars jamaïcains au total — mais les lignes concrètes du budget de l'exercice précédent donnent une mesure plus parlante : 1,7 milliard de dollars avait été alloué à l'ensemble du programme national d'infrastructures scolaires primaires et secondaires ; 4,1 milliards de dollars au programme de prévention et de prise en charge des maladies non transmissibles à l'hôpital de Spanish Town ; 3,2 milliards de dollars à l'achat de nouveaux bus pour la compagnie de transport public de Kingston. Autrement dit, la seule ardoise de réhabilitation laissée impayée par trois entreprises minières dépasse, à elle seule, ce que le pays a consacré en une année entière à la rénovation de ses écoles primaires et secondaires — et représente plus de la moitié de ce qu'il a investi dans la lutte contre les maladies chroniques dans l'un de ses hôpitaux publics majeurs. Ce n'est pas une comparaison rhétorique : ce sont des lignes budgétaires réelles, votées la même année, dans le même pays, par le même gouvernement qui peine à faire payer les entreprises concernées.

À cela s'ajoute un coût qui n'apparaît dans aucune colonne comptable : celui des terres elles-mêmes. Un élu de l'opposition, interrogeant récemment le ministre des Mines en Chambre, décrivait certaines zones minées et non réhabilitées, parfois abandonnées depuis plus d'une décennie, comme des paysages où « on dirait qu'une bombe est tombée ». Ces terres, situées dans des zones rurales où l'agriculture reste une source de subsistance essentielle, ne produisent plus rien — ni pour les communautés qui les entourent, ni pour l'État qui aurait dû en percevoir les pénalités destinées, précisément, à financer leur restauration.

Une double peine pour la population

Le mécanisme qui se dessine ici est celui d'une double peine. D'un côté, les communautés vivant à proximité des sites miniers subissent directement les conséquences de l'exploitation — terres dégradées, environnement transformé, et selon certains témoignages recueillis en Chambre, des rapports de force intimidants avec des entreprises qui se présentent parfois accompagnées de sécurité privée plutôt qu'en dialogue. De l'autre, l'ensemble du pays est privé des recettes que ces mêmes entreprises devraient légalement verser — des sommes qui, mises bout à bout, auraient pu financer des écoles, des hôpitaux, des routes, exactement les infrastructures dont le manque nourrit, année après année, le sentiment que la Jamaïque reste pauvre malgré ses ressources.

C'est là que l'anonymat entretenu par l'audit prend tout son sens politique : en ne nommant jamais les responsables, le système protège non seulement leur réputation, mais aussi la possibilité même de faire le lien, dans le débat public, entre une salle de classe qui n'a jamais été rénovée et une entreprise minière qui n'a jamais payé ce qu'elle devait. Tant que les noms resteront hors du rapport, ce lien restera invisible — et la responsabilité, comme la richesse extraite, continuera de filer vers l'extérieur sans jamais revenir à celles et ceux qui vivent sur les terres qu'on a mises à nu.